A LÀ FORCE
JÀ JUSTICE AU PAIT ET DE l'iNTELLIGBNCB
Après le Christianisme, rhamanité marche en avant, brillant d'une nouvelle jeunesse. Il est un terme auquel elle est certaine qu'elle doit arriver : le présent répond de l'avenir. (Lbbmimibii et Dacostr.)
La liberté est un acte de foi en Dieu et en son œuvre.
(Basttàt. La Loi.)
La liberté s'acquiert et ne se conquiert pas.
Croire que la liberté peut triompher par la force est une illusion qui n'a jamais eu de lendemain. La force, avant de vaincre, s'est plus d'une fois déguisée; mais victorieuse, elle ne s'est pas démentie une fois. Jamais elle n'est devenue la liberté; toujours elle est restée la force.
(E. DE GiBARDiN. Le Dvoit.)
ime est naturellement sociable : c'est là un 3 admis par tout le monde, qui n'a été comae par un philosophe qui, conscient de son
génie, prétendit se faire une place à part hors du terrain sur lequel s'étaient placés les autres hommes. Rousseau, par son discours sur l'inégalité des conditions et son Contrat social^ fit preuve d'un grand talent; mais il ne démontra, ne mit en évidence aucune vérité, ne détruisit pas le principe établi antérieurement. Intelligent, libre et actif, l'homme doit chercher une place où il puisse élargir le cercle de ses idées, recevoir des sensations agréables, exercer sa volonté : tout cela, il ne peut assurément le réaliser qu'auprès des autres hommes, et non en menant une vie errante et vagabonde, en vivant parmi les bêtes sauvages. Perfectionnement et félicité, voilà le sentiment naturel à l'homme, le but vers lequel tendent ses regards, ses travaux, ses efforts; et c'est dans la société seulement qu'il peut se perfectionner et être heureux.
Parcourez Thistoire des temps les plus reculés; vous trouvez l'homme vivant en société. En cet état, a-t-il toujours élé heureux, a-t-il vécu en possession de droits et sous l'empire de lois dictées par la raison et la justice? Assurément non. Tantôt gémissant dans les fers d'un honteux esclavage, tantôt la proie d'une licence sans frein, il n^a jamais, on peut le dire, savouré la félicité. Partout où nous jetons les yeux, nous ne découvrons qu'une large zone de sang et de dépouilles. — En examinant l'univers, nous l'admirons, ses beautés nous enchantent : de-^ puis le lichen jusqu'au cèdre, depuis l'atome jus-
qu'aux globes célestes, depuis rhomme jusqu'à l'ange^ tout est grand, plein de magnificence et d'harmonie; mais en examinant le monde moral^ que trouvonsnous ? Rien que ruines^ dévastation , misère ; les hommes se détruisant sans pitié les uns les autres ; des peuples dévorant d'aulres peuples. Le monde nous apparaît alors, suivant l'expression de Vergniaud^ comme ces grandes pyramides d'Egypte, que rhomme admire pour leur beauté, parce que ces monuments défient le pouvoir des siècles; mais s'il soulève les pierres qui en ferment l'entrée, il ne trouve dans leurs profondeurs que des cadavres, des cendres et le silence des tombeaux.
Certes il est douloureux, le spectacle que nous offrent les tristes fastes de l'espèce humaine. Les pages sanglantes de son histoire ne nous montrent que peuples vainqueuis et peuples vaincus, persécuteurs et persécutés, bourreaux et martyrs. De toutes parts, dit Dacoste, on ne voit que meurtre, rapine, échafauds, larmes et sang ; une liberté sans frein ou un honteux esclavage. La tyrannie, le fanatisme et l'anarchie engendrent les crimes, et les crimes se disputent le sceptre des nations : à ne voir de tous côtés que servitude et ruines, il semble que la destruction est l'instinct de l'homme, la souffrance son patrimoine. « Ceux qui peuplaient les rives du Jourdain périssent aux bords de TEuphrate ou sont mutilés dans les palais de Babylone. Cyrus annihile les nations, et sa tête nage dans le sang. Thèbes, cité
florissante naguère, n'abrite plus que les oiseaux nocturnes et les descendants de Pindare; PersépoUs n'offre plus qu'un monceau de cendres, et Tempire du roi des rois a disparu. Tyr donne péniblement le jour àCarthage, Carthage est dévorée par l'insatiable Rome, qui à son tour est mise en pièces par les sauvages fils du Nord; et des sables de l'Arabie sortent des phalanges dévastatrices qui donnent le coup mortel à l'empire de Constantin. »
L'univers est un tableau sublime : à une faible lumière on n'y découvre que d'admirables traits de pinceau; il en est ainsi dans Tâge de l'innocence, à l'âge poétique de la jeunesse, non encore souillée par la boue de ce monde; mais tout change d'aspect dès que la raison dans tout son éclat vient éclairer l'homme , dès que l'on a parcouru tous les âges, pénétrant au cœurdes sociétés, l'histoire d'une main, et le crible de la critique dans l'autre ; alors le goût s'est formé , le bandeau est tombé des yeux ; on n'aperçoit plus ni la finesse du pinceau, ni la richesse des couleurs, ni la beauté des formes : tout est couvert de taches énormes, voilé d'ombres épaisses.-
Qu'est-ce donc qui a produit dans le monde une pareille désolation et de si grands désastres ? Quelle est la cause qui a fait verser tant de flots de sang, changé la terre en un théâtre de meurtre et de carnage? n est hors de doute que les bouleversements, tous les grands cataclysmes sociaux, sont produits par le mépris pour les principes, par l'inobservation
des devoirs que la nature a imposés aux hommes et aux nations, comme condition essentielle pour leur bonheur et leur perfectionnement ; c'est parce que la force, et non le droit, a régné dans le monde ; parce que l'homme n'a pas été traité comme un être intelligent, libre et actif ; parce que la vérité a été étouffée par le mensonge, né de Tambition, de la soif du commandement, passion noble peut-être à son début, presque toujours monstrueuse en son développement, — passion qui, suivant le grand capitaine du siècle, est le pont jeté par Satan sur le chaos, pour passer de l'enfer au paradis.
Les sociétés antiques ne jouirent d'aucun droit, d'aucune garantie. Leur civilisation immobile, sta* tionnaire, ne leur fournissait aucun élément de progrès, de prospérité, de bonheur; chaque peuple n'avait qu'une manière d'être : despotisme ou licence. Et chez ces peuples même qui jouissaient d'une liberté, dans quel état la société se trouvait-elle? En proie à une maladie mortelle, elle était abattue, avilie. Les dejix principaux éléments de la société, l'individu et la famille, ne figuraient pas, ou pour mieux dire n'existaient pas. L'esclavage était dans les lois, et souvent le nombre des esclaves était double de celui des citoyens. La femme, base de la famille, se trou* vait dégradée, réduite à la plus humble servitude. Le père exerçait sur ses enfants des pouvoirs que ne lui avait pas donnés la nature : au lieu d'un père, c'était un tyran.
Nous avons parlé en passant de rindividu et de la famille pour mettre plus en relief l'état douloureux dans lequel se trouvaient ces sociétés, minées par leurs bases. En commençant par Lycurgue et Minos et finissant même par la législation non chrétienne des Romains, on découvrira mieux le véritable état de ces sociétés gangrenées, où l'esclavage le plus atroce était sanctionné, la femme dégradée, le foyer domestique avili. Avec leurs mœurs corrompues, ces peuples ne pouvaient avoir qu'un droit public vicié. N'ayant en eux aucun élément puissant de civilisalion qui les poussât vers tm champ plus vaste, qui les portât à étendre leurs relations, ils ne pouvaient se perfectionner, ou plutôt ils devaient forcément rétrograder. Si nous examinons les relations des peuples entre eux, nous verrons qu'elles manquaient absolument. « Le traité que la Grèce conclut avec la Perse, dit Donoso Cortès, fut le traité de Marathon, ratifié à Salamine. » Quelques alliances faites dans im but guerrier et rarement observées, presque toujours violées, au contraire, quelques stipulations relatives au commerce, et dans lesquelles les intérêts des peuples faibles étaient fréquemment sacrifiés à l'ambition des peuples forts, — voilà tout ce que l'on trouve ; et Ton ne saurait dire que cela formât un code de droit universel, ni même général.
Du reste, le droit des gens, conséquence nécessaire du droit naturel, appliqué aux peuples avec de légères modifications, — le droit des gens ne pouvait
exister qu'à Tétat embryonnaire dans ces sociétés ou les premiers principes du droit naturel étaient enveloppés de ténèbres. Et même, en admettant que le droit des gens ait existé parmi ces peuples qui n'ad* mettaient pas le principe d'égalité entre les hommes, sans lequel on ne saurait établir l'égalité entre les nations , ce droit n'aurait pu être qu'informe^ injuste et arbitraire^ puisque ces bases Tétaient ellesmêmes.
C est une conséquence nécessaire du cours naturel des événements. L'exercice de la souveraineté d'un peuple, à l'intérieur comme à l'extérieur, ne peut être légitimement réglé, ainsi que le veut l'essence de l'homme et de la société, tant que la femme est considérée comme un vil instrument déplaisir^ ou une fastueuse ostentation d'une vaine opulence. La société no peut marcher dans ces conditions ; elle est minée par ses fondements, le moindre mouvement la renversera. Un célèbre publiciste espagnol a déjà exprimé cette idée, en examinant les sociétés anciennes. • On « ne peut, a dit l'illustre Balmes, concevoir des soi ciétés bien établies^ ayant un gouvernement libre
• et maintenant des relations avec les autres, partout « où n'existe pas une véritable civilisation ; dans les
• lieux où l'homme reste dans un état abject, où il « est mis au niveau de la brute^ il est impossible de « créer et d'organiser une civilisation pleine de « grandeur et de dignité, car partout où Ton voit un « homme accroupi aux pieds d'un autre homme, at-
« tendant , TcBil inquiet, les ordres de son maître ou « tremblant de peur au seul mouvement d'un fouet, « — partout où l'homme est vendu comme une « bête, moyennant quelques pièces de monnaie en « échange de ses facultés, de sa vie même, — partout « où la femme a le même sort que l'esclave, où cette « aimable moitié du genre humain, la plus faible, la t plus sensible, la plus digne d'un protecteur et non « d'un tyran, tremble sous le regard de Thomme
• qui devrait être son compagnon et son soutien,— « jamais la civilisation ne se développera convena- « blement ; elle sera toujours faible, fausse, mala-
• dive, parce qu'en ces lieux ITiumanité porte au
• front un sceau d'ignominie ; il ne peut y exister t de nations libres communiquant entre elles comme
• des sœurs. La force, et non le droit, domine dans « ces* sociétés; la force les précipitera dans l'abîme « de l'ignorance ; de telles sociétés portent en elles « des symptômes de destruction et de mort.
« Tel était l'état dans lequel se trouvaient les socié-
• tés anciennes, sans autre principe, sans autre imt pulsion que le ressort faible et usé de Tidolâtrie, « qui avait déjà perdu toute sa force par l'effet du « temps et par l'usage grossier qu'en avaient fait les
• passions humaines. Exposé au feu dissolvant de « l'observation philosophique , s'il exerçait encore « sur l'esprit des peuples quelque machinale in- « fluencepar suite d'habitudes enracinées, il n'était « capable ni de rétablir l'harmonie de la société, ni
« de produire ce fougueux enthousiasme qui inspire « les grandes actions, enthousiasme qui, dans les « cœurs vierges, peut être excité même par la super- • stition la plus irrationnelle et la plus absurde. »
C'est au milieu de cette déplorable situation qu'ap^ parut le christianisme, religion de paix et de charité, religion sublime, qui, proclamant le principe de l'égalité de tous les hommes devant Dieu, présageait rinfluence qu'elle devait avoir sur Tavenir des peuples. En effet, bannir l'erreur, refoimer et adoucir les mœurs, corriger les vices de la législation, imposer un frein au pouvoir et le mettre en harmonie avec les intérêts pûbUcs, donner une vie nouvelle à Tindividu, réorganiser la famille et la société,— telle fut la mission du christianisme, mission d*une grandeur colossale, immense, infinie.
Proclamer la liberté de l'individu et l'égalité de tous les hommes^ parce qu'ils ont tous même origine et même fin, parce que tous ils sont doués de facultés égales, c'était proclamer aussi l'égalité des nations, l'indépendance des peuples. Aucun résultat n'était encore obtenu, mais un pas de géant était fait pour l'atteindre.— La tâche dure encore; et pour arriver où nous sommes arrivés, pour voir mis en pratique quelques-uns des grands et bienfaisants principes apportés par le christianisme, il a fallu que le monde traversât plusieurs siècles, que l'humanité subît de grandes épreuves ; pour 7oir briller un horizon plus vaste et plus clair, les sociétés ont été en-
veloppées de ténèbres épaisses^ la terre a été imbibée de sang. Un jour viendra où toutes les institutions politiques et sociales seront absolument calquées sur les doctrines préchées en Judée et scellées sur le Golgotha; • parce que, après le christianisme, Thu- « manité marche en avant, brillant d'une nouvelle n jeunesse : il est un terme auquel il est certain « qu'elle doit arriver; le présent répond de Tave- « nir. »
La destruction de Tunité romaine, lorsque l'empire tomba sous les coups des barbares, plongea l'Europe dans la plus profonde ignorance. Alors vim^nt ces siècles maudits sur les lesquels pèse Tanathème; ce moyen âge qui fut comme ime obscure caverne placée entre la civiUsation ancienne et la civilisation moderne ; « époque aux deux extrêmes de laquelle
• on voit d*un côté les républiques grecques et ro-
• maine, rayonnant de gloire, et de l'autre Torgani- « sation de la société européenne, qui se lève d'un « seul coup; sans préparation, sans enfance, sans « jeunesse ; époque nommée avec raison sépulcre et f berceau de la civiUsation : sépulcre de la ciTi- « lisation ancienne, berceau de la civilisation mo-
• deme. »
Mais ils passèrent, ces siècles de deuil et de ténèbres> ils passèrent ces temps où malgré Texistence des principes chrétiens, qui étaient en fusion, la force avait assujetti le droit, où les lances et les masses d^armes décidaient les questions comme pre-
mière et dernière raison. Les âges chevaleresques sont passés^ et déjà le voile se soulève, la véritable civilisation se laisse entrevoir. Dès la fin des croisades on a commencé à sentir la nécessité des associations^ élément de vie qui a'est progressivement développé depuis que, suivant l'expression de M. Guizot, une même muraille a formé un intérêt commun. Déjà les rayons du soleil ne venaient plus heurter les hauts créneaux des demeures féodales.
Vint enfin le temps où les doctrines chrétiennes devaient commencer à porter des fruits abondants et magnifiques. De la lutte de tant de siècles^ de cette lutte de principes si mêlés, devait naître la civilisation moderne. Les fondements de l'édifice étaient déjà jetés ; ilallaît en peu de temps s'élever fier et majestueux. Alors, ditDacoste, est inventée la poudre, fille de l'enfer, dont la voix est celle du tonnerre et qui détruit et consume instantanément. Un morceau de fer saturé d'aimant ouvre d'immenses routes sur les abîmes de l'Océan, et Cortez traverse l'Atlantique. Les Lusitaniens vont bouleverser la terre des parfums, et les Castillans immolent les jeunes fils du Soleil.
Déjà se montrent les éléments si divers de cette civilisation qui nous frappe d'étonnement! Mais ce n'est pas tout : plus tard, dit Balmes, est inventé un véhicule rapide, unmoyen d'exploitation, de multiplication et d'expansion de toutes les pensées, de toutes les affections humaines ; un moyen qui vient de surgir de la tête d'un homme, comme un miraculeux
rayon, plein de colossales destinées : l'imprimerie!
Voilà, à côté d'un élément de mort, un élément de vie, de liberté, de bonheur. L'un représente la force; l'autre, représentant T intelligence, est appelé à devenir le rempart contre le despotisme, la barrière contre l'ambition, le véhicule le plus propre à répandre les droits des peuples et à protester contre les abus du pouvgir. Le genre humain est entré dans la voie du salut.
C'est à dessein que nous avons parcouru légèrement tous ces éléments de notre civilisation. Il n'a pas été non plus inutile pour notre sujet de montrer rétat des sociétés anciennes, et les immenses bienfaits apportés par le christianisme : cela nous a été nécessaire pour arriver au point par lequel nous devons commencer : l'établissement du droit des gens européen.
Nous avons va Taspact que présentaient les sociétés non chrétiennes^ dans lesquelles dominait non le droit, mais la force. Comme nous Tavons dit> i« droit des gens n'y existait véritablement pas ; car, dérivant du droit naturel, obscurci chez ces peuples, qui n'en faisaient que des applications barbares, il devait nécessairement être injuste et arbitraire-. Les savants assurent qu'Aristote a écrit un traité sur la
guerre, lequel ne nous a pas été transmis ; mais cela ne détruit point ce que nous venons de dire. En effet, Montesquieu affirme que les Iroquois , bien qu'ils aient la coutume de manger leurs prisonniers, ont un droit des gens à leur façon et professent quelques principes sur la guerre et la paix ; mais ce droit, improprement appelé droit des gens, pas plus que celui des anciens, n'est pas basé sur les principes. On peut en dire presque autant du droit fécial des Romains , quoique à la vérité, malgré ses irrégularités, celui-ci puisse être considéré comme la première base du droit des gens actuel.
Nous dirons encore, au sujet du droit coutumier, qu'on trouve déjà dans le moyen âge des espèces de trêves entre Saladin et les chrétiens, permettant à ceux-ci d'entrer dans Jérusalem ; mais on ne doit pas tenir compte de cela en traitant de la science. Le droit des gens ne commença véritablement que lorsque la civilisation eut déjà pris quelque développement, lorsque les principes du droit naturel et du christianisme eurent pénétré un peu plus au cœur des sociétés. Nous croyons que c'est du xii« siècle que date l'établissement du droit conventionnel européen. Il existe un monument qui prouve qxie le droit des gens n'était pas inconnu aux républiques italiennes florissant à cette époque : c'est le célèbre traité connu sous le nom de <• Paix de Constance, • conclu à la fin du xu** siècle (25 juin 1183) entre Tempereur Frédéric Barberousse et ses vassaux, et clans
lequel intervint le pape Alexandre III. Ce traité, fait à Venise après la déroute de Frédéric à Lugnano, eut une grande influence sur la partie de TEurope alors civilisée. 11 est très-important par les graves sujets poliques et religieux dont il est question, par les stipulations libérales qu'il contient au sujet du commerce, par les droits concédés au peuple, par l'abdication de certains droits royaux, et surtout parce que, comme le dit Sismondi, « ainsi se ter- « mina, par l'établissement d'une liberté légale, la t première et la plus noble lutte que les nations de « l'Europe moderne aient soutenue contre le despo- « tisme; parce que ce fut le premier pacte entre un « monarque et ses vassaux dont l'Europe ait été té^ « moin ; la première ligne tracée entre l'autorité et « la liberté ; le premier hommage solennel rendu t aux droits de Thomme; le premier coup porté • aux gouvernements fondés sur la force. »
Après ce fameux traité, nolis n'en trouvons pas d'autre qui ait fondé la liberté en Italie et lui ait donné plus d'impulsion, si ce n'est celui delà célèbre ligue de la Lombardie, par lequel les diverses républiques italiennes convinrent de réunir leurs forces et leurs ressources pour chasser du pays les tyrans français et allemands, qui, foulant aux pieds leurs droits, détruisaient la liberté. Dans cette ligue, comme dans toutes les grandes et nobles actions qui illustrent cette époque, ce fut Florence qui prit l'initiative.
Tous les autres traités que l'on trouve en parcou-
rant l'histoire des républiques italiennes n'ont pour but que le règlement d'intérêts dumoment, par suite d'une existence fugace et précaire ; ou bien ils sont conclus entre les tyrans qui étouffaient la liberté de ce beau pays. Il faut citer parmi eux celui conclu entre Cosme de Médicis, tyran de Florence, et François Sforza, duc de Milan par intrusion.
Plus tard, nous voyons qu'en 1645 on connaissait l'ouvrage du célèbre publiciste Grotius, plein en général de saines idées. C'est donc au xvii* siècle que les principes ont été posés avec plus de solidité. Ce siècle fut grand par ses événements politiques et religieux, par l'essor que prirent les lettres, en France surtout, et par Tinfluence qu'il exerça sur les destinées ultérieures des peuples. Au commencement de ce siècle (7 avril 1609) fut signé le traité par lequel l'Espagne reconnut l'indépendance des Provinces- Unies de Hollande. C'est là un des traités les plus importants, et l'un des faits qui attestent la substitution de la justice et de l'intelligence à l'injustice et à la force. Mais ce n'est qu'au milieu de ce siècle (25 octobre 1648) que nous trotivons le monument grandiose qui scella les travaux de tant d'autres siècles, l'une des premières sources d'où émane le droit coutumier, et, suivant l'abbé Despradt, la hase de la diplomatie; nous voulons parler de la « Paix de Weslphalie. »
Cen'est pas ici le lieu d'exposer les causes qui produisirent la conclusion de ce traité. On connaît l'état dans lequel se trouvait l'Allemagne à cette époque,
par 3uitO des doctrines prêchées par Lulher ; oji sait aussi quel était Tétat politique de ce pays ; des principes politiques, et surtout des principes religieux se Jieurtaient daus l'empire. Les luthériens et réfoç' ^listes s'étaient levés deux fois, et deux fois, presque $aDS obtenir aucun privilège, ils avaient cédé de leurs droits, par le traité de Nuremberg (1532) d'abord, plus tard par celui de Passau (2 août 1552). Enfin, par une nécessité de TËtat, ou pour mieux dire de l'Europe, puisque sous divers prétextes les principales puissances européennes s'étaient engagées dans une guerre acharnée, la paix de Westphalie fut conclue en 1648. Ce traité mit fin à la guerre de Trente-Ans, et fixa les relations de l'Empereur avec l'Empire, eu établissant les bases.de la Constitution fédérative de TAUemagne, qui alors, phis qu'aujourd'hui, pesait d'un grand poids dans la balance européenne. 11 définit les rapports entre la religion catholique et la religion protestante, celle-ci restant admise comme religion d'Etat. Par ses clauses et par la manière dont il fut conclu, ce traité est un monfr ment célèbre, que Ton appela avec raison le Code de l'Europe ; jamais, en effet, on n'a discuté d'intérêts ni des principes plus vastes que ceux dont on s'occupa à Munster et ùOsnabruck. '
Ce traité fut suivi de celui des « Pyrénées, * qui n'est qu'un appendice à celui de Westphalie, et fut conclu onze ans après celui-ci (25 septembre 1659), Le traité des Pyrénées changea la politique euro^
péenne, en faisant descendre TEspagne au rang de nation de second ordre^ détruisant ainsi Tancien système d'équilibre de l'Europe, et donnant plus de puissance à la France. Il fit au commerce des concessions libérales, et décida le mariage de Marie-Tbérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, avec le roi Louis XIV.
Il prépara un autre traité non moins important : celui que Ton connaît souslenomde «Paix dTtrecht,» conclu au commencement du siècle dernier (ll<ivril 1713). Celui-ci termina la guerre dite de Succession, dans laquelle avaient figuré les premières puissances européennes; la dynastie autrichienne fut remplacée en Espagne par celle des Bourbons ; quelques concessions furent faites au commerce neutre, enlre autres celle qui stipule que le pavillon couvre la propriété. Il faut noter surtout, dans ce traité, le pacte dit traite des nègreSy par lequel l'Espagne permit à l'Angleterre d'introduire chaque année en Amérique 4,800 nègres d'Afrique, en payant 100 livres tournois par tête; stipulation contraire aux principes du christianisme, aviUssant la dignité de Thomme, opprobre de la civilisation moderne, (resta cette stipulation inique que quelques-unes des républiques américaines doivent cette gangrène qui les a rongées lentement et qui est un germe de destruction.
Au début de noire siècle, notre attention est appelée par le célèbre traité do ûTilsltl, » conclu ks 7 et 9 juillet 1807, après les trois impcrtantcs bataillies
d'Iéna (14 octobre 1806), d'Eylau (8 février 1807) et de Friedland (14 juin 1807), qui portèrent Napoléon à Tapogée de sa gloire militaire. Sa conclusion fut précédée de la mystérieuse conférence qu'eurent sur le Niémen le guerrier français et l'empereur russe, dans laquelle ils s'entretinrent peut-être du gigantesque projet de partager le monde en deux grands empires de l'Orient à l'Occident, Tun pour l'empereur russe, Tautre pour l'empereur français. C'est encore là un traité dans lequel, malgré les progrès de la civilisation et l'existence du droit des gens, on voit la force domptant le droit; la puissance des baïonnettes et du canon étouffant les droits et les libertés des peuples.
Après avoir parlé de ces traités qui font, pour ainsi dire, époque dansThistoire, nousne nous arrêterons pas pour examiner ceux qui portent le nom de « Sainte-Alliance. » Cène fut que Talliance impie des rois, dans le but d'escamoter la liberté des peuples. La Sainte-Alliance avait à remplir une mission autrement sublime : celle de cimenter le droit public des nations sur les bases indestructibles de la liberté et des principes; mais ce conciliabule de politiques n'eut en vue que ses intérêts propres, au détriment des droits des peuple^. Ces hommes qui naguère faisaient appel à la liberté contre le despotisme et l'as-
cendant militaire de Napoléon, dès qu'ils sentirent sous leurs pieds un terrain solide, oublièrent la liberté, les garanties sociales, et ne pensèrent qu'à river les fers de ces mêmes peuples qui leur avaient servi d'échelon pour renverser le colosse; couvrant leur perfidie des épithètes sacrées de paix et de charité, invoquant la religion et des noms augustes. Ils furent traîtres, ceux qui au sein de la paix oublièrent leur mission et tyrannisèrent la société; car « Napo- • léon sut du moins dorer les chaînes de l'esclavage t par l'éclat de sa gloire et Tascendant de son génie. • Ce fut dans les congrès de Vienne (1815) et d'Aix-la- Chapelle (1818), que la diplomatie reçut une forme véritable; mais cela n'entre pas dans notre objet.
Nous avons vu l'état des sociétés anciennes, où dominait la force et non le droit; nous avons montré les principes de vie qu'apporta au monde la sublime religion du Christ et la régénération qu'elle effectua dans les sociétés. Nous ne nous sommes arrêté, après l'établissement de cette magnifique institution, que sur les siècles où nous pouvions trouver quelque chose d'à-propos pour le sujet que nous traitons. Nous avons laissé de côté l'examen des siècles intermédiaires, parce que,îmalgré l'existence des principes chrétiens, le moyen âge ne fut dominé que par la force, par suite de circonstances morales que l'histoire a consignées dans ses annales. Les éléments de vie et de progrès ne produisent pas leurs effets au moment même où ils apparaissent; le temps est un élément
indispensable pour qu'ils puissent produire leurç bienfaisants résultats.
Nous laissons également de côté les sociétés orientales, où règne le mahométisme> parce que les limites étroites dans lesquelles nous devons nous renfermer ici ne nous permettent pas ces investigations. Il suffit de savoir que ces peuples présentent les mémesi symptômes de destruction que les sociétés anciennes: avilissement de Tinàividu, dégradation de la femme, par conséquent de la famille et de la société ; conséquence nécessaire, comme le remarque Bucbanan, chez les peuples où ne règne par le christianisme. Aussi, voyons-nous TOrient immobile • comme \m majestueux cadavre couché sur un lit de fleure, • Mentionnons ce qu'a dit un écrivain en parlant de cette partie du monde ; il s'exprime ainsi : « On yoU • dans rOrient les vieilles sociétés, superbes, monu- « mentales, où tout porte le sceau des siècles, où les « mœurs semblent immobiles sous le poids de rhis- « toire et des traditions; sociétés essentiellement « hiérarchiques, dans lesquelles l'homme s'élève « aux nues et se fait l'égal des dieux, tout eu restant « au niveau de son sol, confondu dans la boue, diffé- « rant à peine de la brute ; nations touteç pleines de ■ silence, de mystère, d'immobiUté, comme leurs py-: « ramides, leurs temples immenses, et chez les- « quelles le puissant, rempli d'orgueil et de fanatisme, « sacrifie à ses magnifiques plaisirs les intérêts du « peuple, la liberté des faibles, la dignité des vierges;
• nations où la rudesse et la majesté vivent en per-
• pétuel contraste, au milieu de ce luxe si conforme t à leur caractère, et dans lequel Téclat et la valeur « intrinsèque sont plus admirés que la délicatesse du « travail. »
La plus grande preuve des progrès de la civilisation, dé ia substitution de la justice au fait, ou de Tintelligence à la force, est dans la manière dont commença et se Continua la guerre que les puissances occidentaleô firent, en 1854, à la Russie pour secourir le faible contre le fort. Quelle puissance civilisatrice que celle du christianisme ! la croix défendant le croissant pour soutenir les principes universels de justice Bst un des plus grands faits qu'ait vus le monde et qui feront Padmiration des peuples â venir I
Piiisque dans celte lutte formidable entre les plus grandes et les plus fortes puissance* de la terre, il ne fut question que d'intérêts moraux : protection d'une nation faible , maintieù de Thonneùr européen , défense de la civilisation occidentale, il est juste d'affirmer que le monde a fait de grands progrès, et qu'il tend à la paix par une gravitation irrésistible.
Pour voir combien les principes du christianisme ont pénétré au cœur des sociétés, il suffit d^éntimérer les avantages obtenus et ceux qui doivent résulter encore de cette lutte gigan tesque du droit contre la force.
Ces avantages se résument ainsi :
Nouveaux éléments de paix et de civilisation âcqtiîft par l'alliance anglo-fï'ançaise ;
Nouveaux éléments de vie portés au sein de la Turquie, pouvant contribuer à sa régénération, qui exercera sur l'avenir du monde une grande influence;
Diminution des horreurs de la guerre, comme le prouve la douceur des alliés, ne faisant, à Odessa, d'autre mal que celui strictement nécessaire pour mettre l'ennemi armé dans l'impossibilité de continuer ses attaques , et comme le démontre le cri d'indignation poussé d'un bout à l'autre des pays civilisés contre les auteurs de l'incendie et des atrocités de Sinope ;
Avantages pour le commerce, tels que ce principe admis par les grandes puissances maritimes (sinon comme règle universelle de droit des gens, au moins comme concession du moment), que le pavillon couvre la propriété et que les navires libres rendent litre la marchandise, à l'exception de la contrebande de guerre ; plus encore : les marchandises des neutres sur des vaisseaux ennemis sont réputées libres;
Amoindrissement de puissance pour cette nation monstre, qui menaçait d'absorber la civilisation occidentale; mémorable leçon pour les gouvernements ambitieux;
Rupture entre la Russie et les puissances allemandes; coup de mort porté à l'absolutisme; nouvelle brèche ouverte aux sains principes libéraux;
Paix du monde assurée par l'affaiblissement de la puissance russe, et par l'impossibilité dans laquelle elle est mise de troubler le repos européen ;
Libre navigation du Danube et de la mer Noire.
Chacun de ces avantages obtenus est une preuve évidente en faveur de notre thèse ; ils démontrent que, « après le christianisme, l'humanité marche en « avant brillant d'une nouvelle jeunesse ; il est un • terme auquel elle est certaine qu'elle doit arriver : t le présent répond de Tavenir. »
Ce qui nous enthousiasme le plus au milieu de cette lutte prodigieuse, ce qui nous console des maux que l'humanité souffre en ces instants, c'est de voir combien d'éléments de bonheur et de civilisation surgissent de toutes parts : ce même Orient immobile et gangrené, ce pays que l'empereur de Russie, dans une conversation avec l'ambassadeur anglais, appelait « un malade à l'extrémité qui allait mourir soudainement, » a donné une grande preuve de vitalité, produite sans doute par son contact avec les nations civilisées d'Occident, et qui contribuera puissamment à faire revivre de ses cendres cette belle portion du monde , qui peut-être lui fera substituer au fanatisme la liberté; aux sérails, la dignité de la femme; au croissant, la croix; au voluptueux paradis des houris et du prophète , le ciel de la vraie religion.
Ce mouvement dans une meilleure voie , cet acte de vie, ce fruit qui prouve que la civilisation occidentale s'est greffée sur l'arbre à moitié desséché de l'empire ottoman, avec sa sève vivifiante, — c'est le firman adressé par le sultan à Mustapha-Pacha, commandant en chef de Tarmée impériale de Batoum et
deâ côteâ de Sàkoum, pour lui ordonner de prendre les mesures nécessaires afin de mettre un terme au trafic des escFaves en Géorgie et en Circassie. Ce docuïnent est d'une importance extrême ; il contient les passages suivants :
« L'homme est la plus noble de toutes les créatures issues de Dieu, qui l'a destiné à être heureux en le faisant naître libre. Mais, contrairement à cette destination primitive , les Circassienâ otit l'étrange coutume de vendre comme esclaves leurs enfants et leurs parents, et même de se voler entre eux les enfants pour les vendre comme des animaux ou des objets mobiliers.
« Ces procédés, incompatibles avec la dignité de rhomme et contraires à la volonté du souveraiïi créateur, sont extrêmement mauvais et censurables. »
Le halii-hoùmmûioum qui rend les chrétiens indépendants mérite le même éloge. Bien que cet édit n^ait eu jusqu'à présent aucune application pratique, par suite du fanatisme musulman, il slifBt que le principe de tolérance ait été reconnu par le gouvernement dû peuple le plus intolérant du monde pour que les conséquences en soient immenses en faveur de la cause du droit et de la civilisation. Nous ne devons pas non plus passer sous silence le grand principe posé par le congrès de Paris, établissant le recours à l'arbitrage des puissances amies avant que les États ne se jettent dans les hasards de la guerre.
Une conséquence des grands principes qni triomphent aujourd'hui, c'est la question qui tient actuellement TEuropo en suspens, question qjLii, depuis des siècles, et principalement depuis le règne de Henri IV^ appelle Tattenlion de tous les penseurs, — la question italienne, plus grande et plus noble que celle d'Orient, par la position qu'occupe la Péninsule , par ses mérites au temps de la renaissance des lettres, comme aussi par ses glorieuses traditions, ses terribles souffrances et ses légitimes aspirations; cette question est trop int-éressante pour pouvoir être traitée en quelques lignes; elle nécessite le développement des principes généraux de la loi naturelle et l'examen des regrettables traités de 1815, œuvre de la force opprimant le droit.
Disons maintenant quelques mots du rôle que l'Amérique a joué et est appelée à jouer dans le développement des principes, dans la marche des civili-r cations et dans les progrès du droit des gens.
L'Amérique du Nord, où la souveraineté nationalQ a été plus respectée, où les droits et les devoirs soni restés en parfait accord, où les principes chrétiens se sont largement développés , où la force n'a pas opprimé le droit, où l'autorité et la liberté sont restées dans de sages hmites,-— a avancé, dans l'espaCQ
de soixante ans, comme ne Ta fait jusqu'à présent aucune autre nation.
Grâce à la tolérance qui règne dans les mœurs de ce peuple et se reflète dans chaque acte de sa vie publique, tout y est libre : locomotion, associations, travail, parole, presse, élections, conscience. Le respect pour le droit d'autrui et le zèle pour le maintien du droit propre ont fait de celte nation le siège de la liberté et de la richesse. Paix, travail^ liberté^ telle est la triple devise de l'Américain du Nord; jouissant de ces trois précieux biens, il marche toujours en avant, mettant en pratique son expression nationale si laconique et si énergique : Go ahead * !
C'est pour cela que, en cinquante-sept ans, c'est-àdire jusqu'en 1851 , époque jusqu'à laquelle arrivent nos données statistiques, les Etats-Unis du Nord ont
ï Nous parlons des progrès que l'Union Américaine doit non-seulement à ses bienfaisantes institutions, mais aussi, au caractère que surent lui imprimer ses fondateurs et ses premiers hommes d'Etat, Washington, Franklin, Hamilton, Jefferson, Jay, etc., etc. Malheureusement, les institutions ne sont pas tout: les meilleures exigent des hommes honnêtes, des citoyens vertueux ; la république ne peut exister qu'à force de patriotisme et de vertu. Eh bien ! depuis quelques années, le principe utilitariste a pénétré au cœur de cette société ; le désir de jouissances matérielles domine une grande partie de ces hommes si actifs ; rien ne peut apaiser leur soif de l'or. Les hommes honnêtes et vraiment patriotes, voyant la tournure que prennent les esprits, se retirent de l'arène politique, prennent en horreur les charges publiques et laissent ainsi le champ libre aux plus audacieux qui sont partout les plus pervers. Malgré ses belles institutions politiques, l'Union Américaine va dégénérant, parce que le sen-
progressé d\ine façon prodigieuse, comme nous allons le voir par les chiffres suivauls, tirés de VAlma-nach américain de Boston et du discours prononcé à Washington par M. Webster, secrétaire d'Etat, le 4 janvier 1851.
Nombre d'Etats 15 31
Membres du Congrès 135 S95
Population des États-Unis 3.95^.328 23.267.499
Entrées au trésor (dollars) 5 . 720 . 624 43. 774 .848
Dépenses de l'État 7.629.583 39.355.268
Importations 31.000.000 178.138.318
Exportations 26.109.000 151.898.720
Marine marchande (tonneaux) 520. 764 3 . 535 . 454
Etendue des États-Unis en milles carrés 803.461 8.314.365
Effectif de l'armée 5.120 10.000
Milice nationale.... Nulle. 2.006.456
Marine (yaisseaux) » 76
Armement (artillerie).... « » 2.013
Traités ayec les populations étrangères 90
Phares et raisseaux-phares 12 379
Frais de «ces phares (dollars) 12.061 529.263
Superficie du Capitole 1/2 acre. 4 acres 1/3.
Milles de yoies ferrées en activité < * Nuls. 10.287
liment moral j est altéré ; de là proviennent la corruption et la vénalité des hauts fonctionnaires publics, le peu de loyauté dans les transactions particulières, la flihusterie appliquée dans les relations de cet Ëtat avec les États plus faibles. Nous avons déjà publié quelques écrits sur les causes perturbatrices de Tordre dans les États-Unis de TAmérique du Nord ; nous commencerons bientôt la publication d'un vaste travail sur la situation politique, sociale et religieuse actuelle de cette nation, comparée à la situation que lui firent, par leurs nobles vertus, les patriarches de son indépendance. Pour le moment, nous ne nous proposons que de donner une idée générale des progrès réels qu'a faits cette jeune nation, i M. Victor Meunier publia en 1855 les lignes suivantes: c Le premier chemin de fer américain fut ouvert en dé- < cepibre 1829. •• C'était une modeste ligne de 13 milles de
Dépenses de ces voies (dollars) > 306.607.954
Milles de voies ferrées en construction » 10.093
Lignts télégraphiques (milles) > 15.000
Nombre des bureaux de poste 209 21 .551
Milles de routes de poste 5.643 178.769
Revenus des postes (dollars) 104.747 5.592.971
Dépenses de ce département 72.040 6.212.953
Nombre de milles pour le transport.. » 46.541 .423
Collèges 19 121
Bibliothèques publiques 35 694
Volumes contenus dans les bibliothèques... 75.000 2.201.639
Bibliothèques d'écoles > 10.000
Volumes de ces bibliothèques. . : 3.000.000
Émigrants d'Europe aux États-Unis (par an). 10.000 315.333
Dans les États du Nord de rUnion Américaine, dit l'annuaire d'Économie Politique de 1853, rinstruclion primaire est l'objet principal des efforts intellectuels et financiers du gouvernement. Il y attache autant
« long entre Baltimore et les moulins de Elicott. Comment « cette période de 25 ans a-t-elle été remplie? Qu'on en juge :
« En 1848, on comptait aux Etats-Unis 8,472 kilomètres en « service :
« Le P' janvier 1855, il y avait 23,010 kilomètres.
« 12,067 kilomètres sont en consiruction.
« En 1859, ils pourront produire des bénéfices, et l'Amé- « rique se trouvera sillonnée par 43,549 kilomètres de chC' « mins de fer, c^cst-à-dire beaucoup plus que la circonférence « de la terre.
«c Aujourd'hui même, les Etats-Unis possèdent un système « de chemins de fer tel que si toutes les lignes qui le corn- « posent, au nombre de 300 ou 400, étaient ajoutées les unes « aux autres, elles sufliraient pour faire au globe entier une « ceinture de fer.
« Un quart de siècle et un peuple qui ne forme environ que c la vingtième partie de la population disséminée sur la « terre ont suffi pour exécuter un travail d'une aussi prodi- « gieuse étendue. Cette puissance paraît même hors depro-
d'importance que les gouvernements de TEurope an payement et à Tentretien de leurs armées. Ainsi, par exemple :
Maine. — Population, 583,167 âmes; budget des écoles, 264, 351 dollars.
Les rapports de 1850 affirment qu'il existe 3,608 écoles, fréquentées par 230,274 enfants, dout 91,519 les suivent régulièrement.
New^Hampshire. — Population, 317,976 âmes^^ budget des écoles, 189,925 dollars.
En 1852, le nombre des enfants qui fréquentaient les écoles s'élevait à 84,900, donnant en été 58,805 présents en moyenne, et 55,770 en hiver. .
Vermont. — Population, 314,120 âmes; budget des écoles, 217,402 dollars. — Nombre d'enfants fréqueA-r
« portion avec les dimensions du théâtre sur lequel elle « s'exerce.
« Cette terre , qui apparut à l'ignorance des premiers « hommes comme une immensité sans limites, parait à peine « assez grande pour contenir leurs descendants; ce n'est que « le piédestal d'un géant. Et qui a créé ce géant? Ce n'est « ni un guerrier, ni le père, ni le descendant d'une série de « rois: c'est le plébéien qui, dans son enfance, observait < attentivement les gpultos de vapeur qui se condensaient « sur le couvercle d'une théière. En présence de ces chiffres « éloquents, comment ne pas être frappé des moyens dont « dispose l'homme, grâce à la science? Après Watt, viennent « Stephenson, Seguin. Derrière eux sont ces grands hommes, « ces saints et ces martyrs de la démocratie qui ont labo- « rieusement étudié les conditions de la production de la « force; ces prolétaires sans nombre et sans nom qui, par « les perfectionnements dont toutes les sciences leur sont « redevables, ont rendu réalisables les théoriçs. »
tant les écoles, 90,110; honoraires d'instituteurs et institutrices, 127,071 dollars.
Massachussetts. — Population, 994,499 âmes; budget des écoles, 965,494 dollars.
Nombre d'écoles en 1851, 3,987; instituteurs, 6,694. Moyenne d'enfants présents en hiver, 182,564; en été, 132,422. — Nombre de volumes composant les bibliothèques des écoles, 91,539. Les dépenses pour construction d'édifices consacrés à Tinstruction primaire s'élevaient, en 1848, à 2,750,000 dollars, dont 2,200,000 avaient été employés après l'année 1838.
Rhode-Island. — Population, 147,544 âmes; budget des écoles, 109,767 dollars; nombre d'écoliers, 26,712.
New-York. — Population, 3,097,394 âmes ; budget
des écoles, 1,052,923 dollars.
Nombre d'enfants fréquentant les écoles, 800,430. — Nombre de volumes composant les bibliothèques des écoles 1,507,077.
Que l'on considère les résultats- prodigieux que produit l'existence d'institutions basées sur la justice et imprégnées de la sainteté des principes chrétiens. Quel merveilleux progrès I
La grave question de l'esclavage, elle-même, toute hérissée de difficultés, tend de jour en jour à recevoir une solution plus conforme aux principes ; un moment viendra où elle cessera définitivement d'exister par soustraction de matière. Les proprié-
taîres d'esclaves dans les États du Sud ont adouci le traitement de ces malheureux, et les philanthropes des Etats du Nord savent concilier leurs idées humanitaires avec celle du respect à la propriété. Ainsi tout n'est qu'harmonie dans celte heureuse terre. La flibusterie, les sentiments agressifs contre les sociétés politiques voisines n'élant que l'expression d'un nombre restreint , et recevant toujours Tana- Ihème de la sanction publique , quelquefois même réprimés parles autorités, ne peuvent détruire l'harmonie de principes et de faits qui domine dans les États de l'Union américaine. Relativement à notre sujet, il ne faut pas oublier que les État- Unis ont été les premiers à proclamer comme principe de droit des gens, que le vaisseau libre fait la marchandise libre ; que tous leurs traités sont basés sur les sains principes de la justice universelle, et par conséquent, de l'égalité des nations entre elles.
L'autre partie de l'Amérique, par suite de circonstances moins heureuses, des habitudes dont elle hérita, enfermée dans les Andes, n'ayant jamais reçu d'émigration comme celle qui se fit de France aux États-Unis à la fin du siècle dernier, émigration composée de savants et de capitalistes qui aidèrent à développer ses immenses éléments de félicité; par suite aussi de la diversité de caractère de ses habitants, les nos froids et impassibles, les autres ardents et belliqueux; — enfin par mille autres circonstances physiques et morales, n'a pas prospéré avec
auquel peut arriver l'homme après la malédiction céleste ; le monde sera régi par Tintelligence , dominant pour toujours la force; le commerce, ce levier des temps modernes, remplira son véritable rôle, et ce qui se décide aujourd'hui par les baïonnettes et les canons sera jugé par la raison : ces peuples formeront alors une grande république dans laquelle ne retentiront que des hymnes à la Liberté. — L'Amérique peut réaliser tout cela : ses fils n'ont qu'à le vouloir; et ce noble but sera atteint quand chaque citoyen apprendra à détester la démagogie autant que la tyrannie, à voir avec une égale aversion les adulateurs du peuple et les sbires des tyrans; quand chacun saura qu'il ne peut y avoir de liberté sans obéissance à la loi, que la véritable liberté est le bien pour tous sans mal pour le dernier même des membres de la communauté politique; qu'elle a son origine dans le désir du bonheur et sa limite dans le préjudice du prochain.
Telle est notre espérance ; et elle se réalisera, car, « après le christianisme, l'humanité marche brilt lant d'une nouvelle jeunesse; il est un terme t auquel elle est certaine qu'elle doit arriver, lepré- « sent répond de l'avenir, •