‹ LES PRINCIPES DE 1789 EN AMERIQUEChapitre 4 sur 40 · L'AUTORITÉ ET LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

L'AUTORITÉ ET LA LIBERTÉ

La nature et la destinée de rhomme, c'eit Tobéissance morale, c'est-à-dire robéiisance dans la liberté. Dieu a créé Thomme pour qu'il obéit à ses lois* et il Ta créé libre pour qu'il obéît moralement. La liberté est d'institution diyine, comme l'autorité; ce qui est d'œuyre humaine, c'est la révolte et la tyrannie.

Au jour de la création, Dieu a prescrit l'obéissance à l'homme sous peine de perdition; au jour de la régénération, Dieu a mis la liberté de l'homme en mouvement pour commencer l'œuvre de salut.

(Gdizot, Méditations et Éttides moraîet.)

L'autorité» c'est la force raisonnable et nécessaire; le despotisme, c'est la force absurde.

(Creuzé de Lesser, De la Liberté.)

L'Autorité et la Liberté , voilà la clef de l'histoire h monde : voilà les deux bannières qui ont flotté sur d'immenses champs de bataille, théâtres de luttes sanglantes.

Au nom de l'Autorité, des milliers d'hommes ont

disparu de la face du globe , la tête tranchée par la

hache des bourreaux ; au nom de la Liberté, la guillotine est restée pendant des mois entiers dressée au grand jour au milieu de villes populeuses.

La lutte a été cruelle, acharnée , sanglante. La liberté a cependant remporté victoire sur victoire. Qui peut nier que le monde, tel qu'il existe aujourd'hui, n'ait plus de liberté , nous ne dirons pas que le monde païen, mais que le monde du moyen âge?

Mais^ par cela même qu'on a gagné en liberté civile et politique, il convient de bien fixer les idées sur la relation qui existe entre TAutorité et la Liberté, et d'examiner la filiation de chacune d'elles.

D'abord fut proclamé le principe de la souveraineté de droit divin des rois, ceux qui le soutenaient se fondant sur le chap. viii, verset 15 des Proverbes; au nom de ce principe disparurent la liberté individuelle et la liberté des majorités.

Vint ensuite le principe qui soutient la souveraineté populaire; et ses partisans, comme tous les partisans des systèmes absolus ^ arrivèrent directement, par une nécessité logique, au règne des multitudes barbares in habitu et in actu. Si la souveraineté du droit divin produisait le despotisme du petit nombre , la souveraineté populaire mal comprise pro-

duisit le degpoti^me du grand nombre. Avec le prez^ierpTipcipe, il y qvait plus Ç^e prpbabUité de govi-r vernement par Tintelligei^ce ; avec le secQud, 1(B9 probabilités étaient pour la force ; et , coname le^ hommes gui ont des intentions mauvaises sont pour la plupart doués d'activité et d'audace, il était 4 craindre que ces hommes ne convertissent en instruments de leurs mauvais desseins les masses ignor rentes représentant la force.

C'est Pe qui est arrivé partout où le principe de I4 souveraineté populaire s'est établi, à l'exception des EtatSrlJnis; exception cs^usée par les circonstances toutes particulières dans lesquelles se trouva cette association dès qu'elle se constitua indépendante, Parnai ces circonstances se trouvent, entre autres, les suivantes : il n'y a pas de citoyen qui , dans ces Etats, n^ sache lire et écrire, et ne connaisse ses devoirs et s^es droits; ensuite, les intérêts comnierciaux, si développés dans l'Union américaine, grâce aux habitudes héréditaires et à la position topograpMque , éloignent les Américains du Nord de la manie des emplois, véritable lèpre des autres nations.

Pour nous, le véritable principe serait celui qui proclamerait la souveraineté basée à la fois sur l'intelligenc!^ et sur la force : ce serait le principe de la souveraineté individuelle, qui pourrait à juste titre s'appeler principe de droit divin. Ce serait le gouvernement de chacun par soi-même, du municipe par le municipe , de la province par la province, de la na-

tion par la nation ; et cela, sans que le gouvernement perdît de son unité , ni le citoyen de sa liberté individuelle. Mais comme il n'est pas à propos d'exposer ici ce système, nous nous bornerons à dire seulement que nous admettons comme base du nouveau système la simplification des attributions du pouvoir , ce qui diminuerait Tambition du commandement et empêcherait les révolutions!

Le gouvernement doit faire ce que chaque individu ne peut faire par lui-même, mais qui tourne au profit individuel et commun. L'État, comme dit Tauteur de la Politique universelle^ être abstrait et collectif, n'a le droit de régir et de régler que ce qui est nécessairement indivisible, par conséquent indivis, essentiellement collectif, exclusivement public. Nous partageons ridée émise par Bastiat dans son livre sur les Harmonies économiques et dans sa brochure La Loi : le gouvernement n'a pour attributions que de veiller à la sûreté publique , percevoir les contributions , administrer les biens de la communauté.

Mais au milieu de toutes les formes de gouvernement possibles, au sein de toutes les associations, sous le manteau de la loi, apparaît un monstre qui menace de ruine les nations, qui porte sur sa bannière le mot Liberté^ mais qui, par ses actes, produit la

tyrannie la plus sanglante, les plus épouvantables excès : le vol, la mort, le déshonneur! Ce monstre, c'est la démagogie.

Aristote disait que les démagogues, courtisans du peuple, étaient plus à redouter que les adulateurs des tyrans. Cette vérité, répétée par Louis-Philippe dans les premiers jours de son gouvernement de roi-citoyen, fut développée par M. de Lamartine, au commencement de la République, dans les magnifiques termes qui suivent , et que nous empruntons à un article « La Démocratie et la Démagogie » publié dans le Conseiller du Peuple,

« Les démagogues sont les flatteurs, les courtisans

« du peuple, quand le peuple est souverain. IJs le

« pervertissent pour exploiter Ses vices et ses crimes.

t Ils Tenivrent pour le précipiter dans tous les

« abîmes. Ils exaltent ses ressentiments, ses misères

« et ses ambitions jusqu'à la tyrannie, contre les

« autres classes de citoyens. Ils le poussent aux

« conspirations et aux violences contre son propre

« gouvernement , le lendemain même d'une révolu-

« tion faite pour donner la liberté légale et Tégalité

■ politique. Ils Tarment contre ses représentants,

•I contre sa constitution, contre le suffrage universel,

« contre les bourgeois aisés, contre Tindustrie, con-

« tre le commerce , contre la prospérité , contre lui-

• même; contre tout ce qui constitue le travail, la

t production, la consommation, le salaire, le bien-

t être et la vie des peuples. Ils lui conseillent le sui-

« cide. Ils lui doonent des armes pour qu'il se déchire « de sesproprps mains!

« Tels sont les courtisans de la multitude ; pires, « s'il est possible , que les courtisans des rois. Par « les courtisans des rois ne pervertissent qu'un seul «! homme, tandis que les autres s'efforcent de per- « yertir toute une nation ! Apprenez 4 yous défief des « anarchistes , si vous voulez rester répuhUcains 1 *

Ce furent les démagogues qui, en agitant le peuple de rAnxérique du Nord, le firent appuser de concusgiou et de trahison Washington lui-mpme, qui venait de cimenter de sa fortune et de son sang la liberté de la république ; ce furent eux qui poussèrent le peuple à le proscrire, à le jeter dans une sorte d'exil napral 4es affaires publiques, pour appeler à sa place des soldats insubordonnés , des agitateurs des places publiques et des faillis de Boston, la lie de l'Europe rejetée par le mépris public sur les côtes de TAtlantique.

ft Mon ami, » r-r écrivait alors Washington à un de ses compagnons d'armes : — « je verse des krmes « de sang sur Tavepir de mon pays , si la sagesse du « peuple américain ne parvient pas à le soustraire à « Tinfluence de pareils hommes. Il nous sera plus « difBcile de vaincre les démagogues que les Anglais^ « Les démagogues conapromettpnt tput ce que nous « avons fait. Ils établissent un gquveruement d'agi- « t^tion perniauente, et fles sociétés démagogiques « vis-à-vis du congrès uatioual , imperium in imperio.

« Et quel empire 1 Tempire des plus audacieux, des « plus pervers. Si TAmérique permet cette anarchie, « si le congrès ne refrène pas les clubs, la république « est perdue. »

Après un an d'agitation et de folie qui compromit son indépendance , l'An^érique eut la sagesse de refréner et même de prohiber les clubs. Une fois les démagogues vaincus , cette république apparut cpmn^e \^ plus grande pf la plus solide des démocraties. Le grand Bolivar n'eut pas , comme le modestp Washji^gton, le bpriheur de mourir en voyant les pays qu'il ayait 4éUvrés purgés dp démagogues.

Les dénaagogues ont creusé partout la tombe des institutions libérales. Nous ne nous lasserons jamais de le répéter : à notre époque, où le monde a marché dans la voie de la liberté, les obstacle^ que celle-ci pourra rencontrer d^ps son déy^Jpppement;, les commo^pus que pq^rront éprouver les sppiétés, viendront des excès des 4éu]agpgues. Uan^rphie amène toujours après elle le despotisme du sabpe.

Les démagogues , disait un puhlioiste hispanoaméricain en 1847, pnt toujours com|:i^ttu lia liberté, parce qu'ils ont combattu la civilisatiqn et }a vérité. J^u Pny? d'Atl^èries , au C^pilole et ^u Vatican de I^pme, aux Tuileries de Paris, au parlei^iept de Londres, au Palais-Planc de Washington, dans toutes les républiques de TAmérique espagnole, lesdéms^gogues ont profané 1^ libp^^té ; ils Tout blessée mortellement, en commettant en çon nom des crimes immenses. La

liberté de Rome, la république d'Athènes , la Dationalité de Carthage, tombèrent sous les coups des démagogues. La France républicaine, en 1793, donna au monde des jours de scandale et de honte; elle traversa les désastres de la Terreur, la dictature du Consulat. — Marat, Robespierre, Saint- Just, Couthon, etc., furent démagogues, et, comme tels, tyrans exécrables.

Danton disait au nom de la liberté : « Il faut faire peur », et pour réaliser son expression, ce digne ministre de la justice fit exécuter les boucheries du 2 et du 3 septembre. Peu de temps après, la tête de la princesse de Lamballe fut portée en triomphe sous les fenêtres de Tinfortuné Louis XVI, qui attendait son triste sort.

C'est au sujet des excès commis par les démagogues dans les journées tristement mémorables des 10 août, 2 et 3 septembre, que Je poëte Schiller écrivit ce passage qui a eu tant d'écho : « Il ne faut « pas réveiller le lion ; la serre de Taigle est san- « glante et terrible ; mais ce qu'il y a de plus terrible « et de plus effrayant, c'est l'homme dans le délire « de la liberté! »

Nous pensons avec Creuzé que ce n'était pas là le délire de la liberté. Il ne faut pas profaner un nom aussi sacré. Ce fut le délire de la plus féroce et de la plus infâme tyrannie ! Et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les démagogues, après avoir exercé leur tyrannie sur les bons citoyens, après les avoir

pillés et assassinés, unissaient par s'assassiner les uns les autres. Ainsi Marat, qui demandait publiquement 300,000 têtes, meurt assassiné ; Danton, pris comme un géant dans son sommeil, est immolé par le petit Robespierre; Robespierre, à son tour, est immolé par Tailien. A cette époque, le bourreau était devenu le véritable souverain de la France. Aussi, quandDanton comparut à son tour, les mains liées, devant le bourreau auquel il commandait la veille, et lui dit avec un regard sinistre : « Quoi! c^est toi, misérable! » — • Console-toi, lui répliqua Phomme-supplice, tu ne seras pas le dernier qui tomberas sous ma main... » Et cependant, dans cette ère heureuse d'échafauds et de guillotines, on entonnait de belles strophes en Thonneur de la déesse Raison, de la déesse Liberté, de la déesse Vérité. Voici des vers à la Liberté :

Quels accents I quels transports 1 partout la gaité brille, La France est-elle donc une seule famille?

Au lieu même où les rois étalaient leur fierté, On adore la Liberté, etc., etc.

Mais laissons de côté les démagogues, gens, pour lesquels nous avons eu dès Tenfance la plus vive répulsion, et voyons la filiation de TAutorité et delà Liberté, leur origine et leur objet.

M. Emile de Girardin a imprimé, dans son écrit sur V Abolition de Vautoriléj etc., les phrases suivantes :

« Les deux principes qui se disputent Tempire des « sociétés sont : l'Autorité absolue , la Liberté ab- » solue.

« Ces deux génies antagonistes s'excluent muluel- « lemejit et sont tout à fait incompatibles. Il ne peut « jamais y avoir le moindre accord entre eux. — Ils « sont fatalement logiques et conséquents par leur « natvire. L'essence de chacun d'eux consiste dans la « destruction de l'autre.

« L'Autorité, fille de la force, se fonde sur la con- « quête.

« La Liberté, fille du travail et de la raison, se « développe par l'économie.

« L'Autorité est assise immobile sur la foi; — la « Liberté marche appuyée sur l'examen.

• L'Autorité proclame le mal et l'enferme dans son « sein ; — la Liberté proclame le bien et le répand sur « le monde.

« L'Autorité favorise Tignorance ; — la Liberté in- « spire la science.

« L'Autorité protège Terreur et poursuit la vérité;

« — la Liberté protège la vérité et poursuit l'erreur.

» L*Aiitorité éët Tihé invention de rhommé ; — la » Liberté est lin ptésëtit de Dieu.

« Il faut choisir entre cefe deux ennemis irréconci- » liables. Il n y â pas de milieu , pas de transaction « possible entre eux.L'uh est legénie dubien, Taûtre « est le génie du mai; -^ l'un est là lumière, lailtre k est iës iénèbres. delûi-ci a conçu et produit le « passé * "— Tauti^e abrite et féconde TaVenir. » Ëiitehdôns-nous avec M. de Girardin.

Si l'Autorité est rejetée absolument, la véritable Liberté Bst aussi i*ejétéé d'ûiie inaiiiére absolue ; là propriété, rêconomie, là raison et lé tt'àvall, basés de là libetié, d'après M. de ÛiràMin lui-inéine, sont rejetés aussi; Onrejetle ddiic là civilisation, oii rejette doncià sotîété.

La îiibérté est un présent que Dieu légua â l'homme-, rAutôrité est un attribut de la bivinitè.

Qu'est là droite raison dahs rhommé? Là droite toison est l'institutrice dé là liberté: c'est là lumière qilî montre à l'homme le chemin tjù'îl doit Suivre, c'est la souveraine delà liberté, c'est Tautorité de l'iiomme sur lui-inêmé. Éclairer la raison, c'est diminuer les probabilités d'erreur, en diminuant les chances de mauvais exercice de la volonté; par conséquent , c'est donner à l'Autorité là prépondérance sur la Liberté.

De iiiéme, qU'éSt-ce que la libei'té dànS l'homme ? C'est la preuve de Timperfection de son intelligeu(*e et de sa volonté. La perfection de l'intelligence et dé

la volonté exclut l'existence de la liberté d'élection, puisque la liberté consiste à choisir entre deux voies: celle de la vérité et celle de Terreur; et, pour une intelligence et une volonté parfaites, il n'y a qu'une voie possible, celle de la vérité.

Si la Liberté est sainte, PAutorité est sacrée. L'être pensant ne peut arriver à sa destinée imnoiorteJle, s'il n'imite pas les perfections du Créateur; s'il ne fait pas usage de son intelligence et ne règle pas tout d'après elle. — L'intelligence proclame la nécessité de l'autorité, parce qu'elle proclame la nécessité de Tordre, et qu'il ne peut y avoir d'ordre sans autorité. L'ordre est la félicité du ciel, comme il en est la loi. — Sans ordre, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de bonheur. L'Autorité, fille de l'intelligence divine et appui de la liberté humaine, est la reine du ciel. C'est l'Autorité qui rend possible l'existence sociale.

Sans l'Autorité, la société serait un chaos ; elle serait le règne des ténèbres, la proie des plus forts, par conséquent des plus barbares.

L'Autorité assure la liberté, parce qu'elle protège le plus faible contre les attaques des plus forts.

L'Autorité veille sur l'honneur des familles, et châtie les torts faits à chacun de leurs membres.

L'Autorité couvre la propriété de son égide sainte j, et punit sévèrement le voleur et le larron.

L'Autorité donne l'impulsion au développement des éléments de prospérité publique , en favorisant les progrès des particuliers.

L'Autorité protège les talents et leur prête un ferme appui.

L'Autorité poursuit le criminel et protège Tinnocent.

La Liberté n'est pas un sentiment dépourvu de noblesse, qui consacre les excès et fait germer les iniquités. C'est un sentiment pur comme la vertu, gui^ rendant l'homme maître de ses actions, le met dans la voie du bien et le rend le digne ûls du Créateur, par les vertus qu'il pratique. La liberté que possède Thomme de faire le mal est une liberté égarée ; c'est le pouvoir de Luzbel pour se révolter contre Dieu; c*est l'envie de Caln le poussant à jeter la mort sur la terre. Ce n'est pas l'ange du bien descendu du ciel pour consoler l'homme ; c'est le génie du mal sorti de l'enfer pour torturer l'existence humaine !

La liberté qui vivifie et qui fait progresser, la liberté qui conserve, n'est pas, suivant l'expression d'un écrivain américain, la licence qui, couverte du bonnet rouge, foule aux pieds le cadavre de son frère pour planter sur lui son étendard ensanglanté. Ce n'est pas la démagogie, qui regarde les gouvernements comme les ennemis naturels des peuples. Ce n'est pas l'impuissance, formulée de fait en principe de gouvernement; ce n'est pas l'orgueil, qui veut faire au peuple l'aumône de ce qui lui appartient de droit. Non; la Liberté, c'est l'individu sacrifiant une partie de son droit en faveui de la communauté; c'est l'Evangile mis en pratique; c'est le bien de tous

et dfe chacun, èàiis lé iiial du dernier dés îiieînbtes de la communauté politique ; son origine est dans le désir de bonheur et sa limité dans le pi^éjudice du prochain. Telle est la Liberté : le reste est licence, vanité où mensonge I

Mais lés tyrans ne sont pas les seuls éiinemis de la Liberté ; les jiassions sont les Véritables tyrans dé rhoininé. Quâtid là raison et l'iiitélligèht^e sont subjuguées par les passions, l'individu riiànque delibei^lé; alors il perd lé Sceptre que le ôiëî lui dônùâ pôtii* qu'il rùt le ri)i des créatures, et il dévient le dernier dés êtres créés. Là tyràfanie des fois, disait un écrivain français éd 1849, est moins lourde que la tyràûnié des passiotis. Joseph, aii fond d'un dbéciir cachot d'ésclàve,eët plus libre que rofgueillelii Phài*àèn stif son trôtîè ; Jéati-Béptiste et ses frères étaient môiûs esclaves qu'Hét^dë aîi comble du trîôfnphé dé sa volupté', Piérfê, suspendu à une croix, était plus libre que lé sanguinaire Néron.

. Là première et la plus désirable deà liberté! èSt ^elle que l'on obtient par le triomphé remporté slif soi-mémè ; de même (JUe resclàvagé lé plus dégradant est Celui qui hôus assujettit àii despotlsiîié des passions, qiii nous fait suivre leut^ impulsions comibë lés bêtes suivent les instincts dé leùi* grossièi^e M^ turé.

L'avâfe qui Veille 'poût thésauriser èst-il libi*ë î Non ; àVidé d'orj il n'éprôtive dé plaisir qti'éâ éîitéË-» dant le son du métal; il est T esclave de cette hidétitiâ

et insatiable passiou. L'ambitieux est-il libre, lui qui perd tout repos, toute quiétude, en cherchant les moyens les plus convenables pour arriver à ses fins? Où est la liberté de cet homme ? La fièvre le consume ; chaque obstacle qu'il rencontre dans sa carrière le remplit de soucis, lui fait maudire l'existence. Il est l'esclave de sa folle passion.

Est-il libre, le sensualiste qui, pour un instant de plaisir éphémère, perd le sentiment de la gloire, du grand et du beau ; qui abjure tout avenir et toute espérance? Voyez-le toujours taciturne, toujours chagrin; il cherche le plaisir, et le inonde ne lui donne que dédains et ipépris.

Non; il n'y a de liberté ni pour l'envieux, ni pour l'avare, ni pour le sensualiste, ni pour celui qu'agite l'infernale soif delà vengeance. Nous ne devons donc pas rechercher avec autant de soin la liberté politique, consistant dans les formes de gouvernement, que la liberté de l ame ; celle-ci produit nécessairement la première.

La liberté individuelle consiste à se mettre au-dessus de soi-même, à suivre les impulsions de Tdme, et non les mouvements déréglés de la matière. L'homme qui sait maîtriser ses passions aime la liberté, la liberté pure, ce sentiment qui élève l'âme, qui lui fait comprendre s^ destinée immortelle, qui l'assimile à l'ange.

Un peuple composé d'hommes de ce genre doit nécessairement être libre et républicain, parce que

la tyrannie politique natt delà tyrannie des passions, de même que la liberté sociale naît de la pratique de la vertu, de la victoire sur les instincts déréglés.

On ne peut jouir de la liberté qu'au sein de la société, et la société ne peut exister sans autorité. Là où Ton n'est pas certain de sa propriété, où personne ne peut dire : cela est à moi, ceci est à toi ; où l'époux n'est pas sûr de Thonneur de Tépouse ; où le père n'a pas les moyens d'assurer la pureté de ses filles ; où les liens sociaux ne sont pas resserrés par les lois; où les lois ne sont pas respectées et exécutées par l'autorité, — la liberté ne peut exister; parce que là où ne régnent pas la sécurité, la propriété, l'honneur, il y a tous les éléments de la plus rude tyrannie.

La société sans autorité ne peut se comprendre, parce qu'elle n'est pas possible. « Une société sans « autorité, est un corps dans lequel les yeux sont les « pieds, les pieds sont les yeux, le bras est la langue, « le ventre est la tête, tout est confusion et forme un « composé monstrueux, » auquel peut parfaitement s'appliquer le vers 658 du 111» livre de YÉnéide :

Monstrum borrendum, informe, ingens, cul lumen ademptum.

De la Liberté naît nécessairement TAutorilé. La Liberté crée l'Autorité pour que celle-ci la défende et protège son développement normal. La Liberté et rAutoritémarcheDtuniesjiln'ya que les anarchistes capables d'assurer qu'elles sont incompatibles.

Les familles sont le type, la base des sociétés, et

c'est dans les familles que Tautorité est le mieux établie. Dans celles où Tautorité s'est relâchée, il n*y a pas la paix : les intérêts souffrent, les enfants se pervertissent. Il en est de même dans les sociétés : celles où règne l'anarchie perdent leur existence et s'effacent du livre des nations indépendantes.

La religion chrétienne, qui apporta au monde la véritable liberté, qui rendit à la femme ses droits perdus, qui en fit la compagne et non plus l'esclave de l'homme, — s'appuie sur l'autorité divine.

Sur quoi s'appuient les sciences, les arts, les belleslettres, la civilisation enfin? Sur l'autorité des savants et des maîtres.

Ceux-là même qui soutiennent les doctrines antisociales ne s'appuient - ils pas sur Tautorité de leurs maîtres, Campanella, Owen, Fourier, Proudhon, etc.?

Mais si, d'après M. de Girardin, « l'autorité favorise • l'ignorance, protège l'erreur, proclame le mal et « poursuit la vérité, » comment M. de Girardin veutil arriver à « l'économie , au travail organisé , à l'accroissement de la consommation, au développement de la production, à l'affermissement de la paix, à la disparition de la misère, à la transformation de l'impôt, à l'organisation de la démocratie, à l'élévation de l'humanité, à l'extension de la civilisation, à l'universalité du bien-être, à l'unité du monde obtenue par le pouvoir de la science, à l'ordre obtenu par

l'unité du genre humain? » Tout cela est inconciliable avec ce qu'on appelle liberté absolue *•

Si r Autorité est un crime, une usurpation, pour? quoi parler d'économie, de démocratie, de droits, de république? La république n'est-elle pas un gouvernement? N'est-ce pas un contre-sens que de parier de consommation, de travail, d'impôt, d unité du moûj de, etc., en môme temps que Ton renie toute sujétion, que Ion cherche avidement à rompre tous les liens sociaux? « L'Autorité, fille delà force, se fond^ par la conquête; » de sorte que le gouvernement de l'Amérique du Nord devrait, d'après M. deGirardin, tomber parce qu'il fut fondé par la conquête. Quelles sont grandes, les erreurs des hommes d'un grand talent !

L'Autorité est sainte, elle est nécessaire pour con-

' 1. M. Charles Dunoyer, dans son magnifique ouvrage sur les Relations de V Industrie avec la Liberté et la Morale^ a dit, à propos de la liberté absolue : « Le mot liberté n'exprime ja- « mais qu'une quantité relative, car il n'y a pas 4e liberté abso; « lue. Tput étrp créé est soumis à certaines lojs, et ne peut « agir que dans des limites fixes et précises. L'expression libre X comme Vair^ dont nous nous servons quelquefois pour « désigner une liberté illimitée, n'exprime qu'une quantité < très-limitée. L'atmosphère, en effet, est invinciblement « unie à la terre ; les vents sont soumis à des lois inflexibles; « l'air n'est donc pas indéfiniment libre, pas plus qu'un au- « tre corps matériel; les êtres animés ne le sont pas 4&van- « tage, et l'homme ne l'est pas plus que le reste de la € création. De même que les animaux et que toutes les « forces de la nature, il n'est susceptible que d'une certaine « espèce 4'ezten8ion d'action. »

server l'ordre, la liberté, la science. -r L'anarchie, fui est Tabsence de toute autorité, est le chaos de la société, Tabsence de la lunûère, de la liberté et du Uen.

Il est yrai qu'il y a des pouvoirs tyranniques, des pouvoirs oppresseurs; mais c'est parce que dans le inonde le bien existe à côté du mal : ces pouvoirs n'ont du re^te qu'une existence éphémère; Thistoirp le prouve. Nous voulons l'autorité avec la loi pour limite, avec la justice pour règle, avec le bien public pour point de départ et pour borne, avec l'absence de partis mesquins et d'intérêts personnels, avec des vues élevées. Voilà le véritable gouvernement et la véritable autorité. Nous sommes loin de vouloir un gouvernement qui tende, même d'une manière éloignée, au despotisme ; mais nous sommes loin aussi de renier le principe sauveur de l'Autorité.

Pour combattre le principe de l'Autorité, M. de Girardin cite, dans son livre Le Droite le texte de l'Evangile de saint Matthieu : « Les derniers seront les pre- « miers, et les premiers seront les derniers. » Sans répondre à M. de Girardin que le Christ voulut seulement donner un conseil d'humilité, sans faire appel aux nombreux textes que l'on pourrait puiser dans tous les livres saints pour soutenir le principe de l'autorité, nous nous contenterons de tirer la réponse de l'objection même. Puisqu'on dit : «Les premiers seront les derniers, etc., » c'est que l'on reconnaît qu'il y a des premiers et des derniers, qu'il y en a qui doi-

vent commander et d'autres obéir ; qu'il y a Autori en un mot, et autorité légitime.

Nous terminerons en citant les paroles d' éloquent écrivain espagnol : « La véritable cai « du mal profond dont souffre l'Europe, est dans « disparition de l'idée d'autorité divine et d'autoi « humaine. Voilà le mal dont l'Europe, dont la « ciété, dont le monde entier sont affectéfe. •

Page 1