DE LA PUOPRIETÉ MOBILIÈRE
ce ([ui concerne la propriété mobilière. Tout d'abord celle-ci semble revendiquer une origine plus avouable que la propriété foncière, et dériver tout entière du travail individuel ; mais cette impression disparait bientôt devant la réalité des choses. On se convainc que des sources moins pures ont contribué à la former, et que le plus sage est encore de la défendre par des arguments pratiques, tels que Tintérét général, le bien-être permanent de la race ou de la nation. En effet, tant qu'on se borne à invoquer des principes a priori en faveur de la propriété, on laisse la porte ouverte aux revendications des masses qui réclament comme un droit inaliénable l'appropriation collective du sol et, à défaut de cette propriété commune, le privilège de la rente foncière, ou qui veulent s'attribuer lintégralité de la production industrielle, comme la rémunération légitime de leur travail.
Puisque nos efforts assurent l'existence de la communauté, nous avons, disent les classes ouvrières, « le droit de vivre par notre travail, et ce droit, nous l'exerçons vis-à-vis de la société, qui a le devoir de nous garantir les moyens de vivre ». Les représentants des classes privilégiées essayent de combattre cette prétention par des arguments a priori. « Vous avez bien le droit de vous procurer par votre travail les objets nécessaires à votre subsistance, mais rien ne nous oblige à vous les fournir, attendu que ni nous, ni nos devanciers n'avons jamais pris l'engagement de nourrir tous les êtres qu'il vous plaira de procréer, et d'appeler au partage des biens de ce monde. D'ailleurs, la propriété du sol et du capital nous appartient par droit de prescription et comme récompense de la valeur que nos efforts ont incorporée au sol ou à la richesse générale. »
«< C'est possible, répliciuent les classes laborieuses;^
mais, de même qu"il vous a convenu, ([uancl vous étiez la majorité, d'accaparer le monopole de la terre et du capital, et de réduire nos salaires à un minimum qui nous permet à peine de ne pas mourir de faim, ainsi vous trouverez bon qu'aujourd'hui, où nous avons à mdrc tour la majorité numérique, nous abolissions votre pouvoir de léguer et d'hériter, nous laissions porter tout le poids de l'impôt sur le capital, en un mot nous prenions toutes les mesures pour empêcher l'accumulation de la richesse dans les mêmes mains. »
La controverse continuera ainsi vainement entre les classes laborieuses et les classes privilégiées, tant qu'on se maintiendra sur le terrain stérile des principes a priori, tant qu'on évitera d'aborder le domaine des faits et de la pratique. Il ne s'agit pas, en effet, de savoir si les masses ont une action juridiijue à exercer contre la société et le dr(»it de réclamer d"(dl(; leurs moyens de subsistance, ou si le devoir incombe aux classes privilégiées de fournir des instruments de travail à tous les membres du corps social. Le problème consiste à déterminer la fonction respective du travail et du capital dans la production, et à peser les avantages et les inconvénients (jni peuvent résulter de leur harmonie ou de leur antagonisme, non pas seulement pour telle ou telle classe sociale, mais pour la communauté tout entière.
Les privilégiés ont sans doute le droit dabuser de leur situation, de se réserver le produit intégral de la rente foncière ou du capital, et (k; condamner les classes ouvrières à une» condition voisine de la misère. De même, les ouvriers peuvent se croire fondés à user de représailles contre les propriétaires, et à réduire le profit du capital à un minimum assez faible pour en entraver la formation et la circulation. Mais cet