‹ Les principes de 1789 et la science socialeChapitre 7 sur 36 · VALEUR DES IDÉES DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

VALEUR DES IDÉES DE LA RÉVOLUTION

Voilà en quoi la Révolution française, malgré ses erreurs théoriques, malgré ses fautes de conduite et ses crimes, mérite de garder une place d'honneur dans les annales du peuple français; voilà en quoi nos pères de 1789, malgré les échecs partiels de leurs hautes visées, malgré les démentis trop souvent infligés par la réalité à leurs plans de régénération sociale, ont acquis un droit éternel à la reconnaissance de la postérité. La science aura beau battre en brèche les principes de 89, le devoir strict des contemporains sera encore de recueillir pieusement dans l'héritage de la Révolution ces trésors inappréciables de foi patriotique, de dévouement à la chose publique, de solidarité nationale que nos pères y ont déposés pour l'exemple de leurs descendants.

Mais, précisément parce que la Révolution française fut, avant tout, un produit de l'inspiration et du sentiment spontané, elle devait se heurter au courant de la sociologie moderne, qui tend à fonder les sciences morales et sociales, non pas sur les conceptions abstraites de la raison théori(jue, ou sur les suggestions arbitraires du sentiment, mais sur l'analyse patiente et minutieuse des faits, sur les données expérimentales et positives de la raison pratique.

Aux yeux des hommes de 1789, les sociétés humaines étaient autant de créations de la logique abstraite, de simples agglomérations d'individus juxtaposés, sans racines dans le passé , sans liens avec l'avenir, concluant un contrat formel pour la défense de leurs droits naturels et la garantie de leur indépendance.

Dans cette conception, l'individu était le point de départ, le centre du tout; il devait donc subordonner la société et son représentant principal, l'État, à ses fins particulières.

Aux yeux du sociologue moderne, les sociétés humaine? revêtent le caractère d'organismes vivants, ayant leurs lois propres de conservation et de développement, leurs fonctions spéciales accomplies par les divers organes qui constituent la structure du corps social. Dans ces organismes, l'individu et l'État ne s'opposent ni ne se subordonnent l'un à l'autre : de leur action simultanée et concordante résultent la vitalité et l'harmonie du corps social. L'existence de la communauté repose non sur des idées abstraites et des principes métaphysiques, mais plonge bien plus avant ses racines dans la sphère des instincts fixés par l'hérédité et des habitudes consolidées par l'expérience.

Les membres d'une société n'ont jamais été appelés à débattre entre eux les termes d'un contrat social que l'imagination d'un métaphysicien, ou d'un politicien, comme Rousseau, a arbitrairement placé au berceau de l'histoire; ils n'ont fait que subir les conditions de l'état social transmises par le passé et s'assimiler les traditions et les coutumes de leurs ancêtres en les accommodant à leurs besoins matériels et moraux.

Sans doute, le régime des contrats volontaires tend (à se substituer progressivement dans la vie des sociétés modernes au règne du militarisme ou de la contrainte légale; mais ce sont là des contrats partiels et relatifs à un objet spécial, à un acte déterminé de la vie sociale, tout différents de ce contrat de forme générale et universelle qu'a représenté l'école de Rousseau.

11 y a donc contradiction flagrante et profonde entre les idées de la Révolution et les données de la sociologie moderne, et, par suite, entre la méthode politique tirée des principes de 1781) et celle que recommandent les conclusions scientifiques des penseurs contemporains. Or il est inévitable que des doctrines

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