DE LA FORCE PUBLIQUE
a ART. 12. La garantie des droits de l'homme et flu citoyen nécessite une force publique. Celte force est donc instituée pour F avantage de tous et non pour Futilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »
De quelque côté que Ton envisage les propositions renfermées dans cet article, on n'y aperçoit pas la moindre apparence d'opposition avec la doctrine catholique. Il est évident que la société a besoin d'une force armée pour sa conservation et le maintien des lois; elle en a besoin contre les ennemis intérieurs et extérieurs. C'est dire équivalemment qu'elle ne saurait, privée de ce moyen, garantir les droits d'aucun de ses membres, puisqu'elle ne pourrait ni arrêter ni punir les attaques dirigées contre eux, ni prévenir efficacement celles
dont ils seraient menacés. Or les théologiens enseignant que rhomme vit de droit naturel en société, ils reconnaissent par là même la nécessité de la force publique. Aussi l'Église a des bénédictions pour les chevaliers, pour les armes et les drapeaux ; elle adore et invoque Dieu sous le titre de Dieu des armées, et, avec saint Paul» elle nous dit : c< Le prince est le ministre de Dieu pour le bien. Que si vous faites mal, vous avez raison de craindre, parce que ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive. Car il est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance contre celui qui fait de mauvaises actions ^ » Ainsi le pouvoir est légitimement armé dans la communauté civile; mais il Test pour le bien, ce qu'on ne peut entendre que du bien public.
D'ailleurs, c'est la loi qui organise la force publique et en détermine l'emploi. Or les théologiens nous ont enseigné qu'il est de l'essence de loule loi qu'elle ait pour but le bien commun ; ils ont d'ailleurs défini le tyran : Celui qui cherche, en gouvernant, son avantage particulier et non le •bien de la multitude qui lui est soumise'. Us condamnent, par conséquent, tout individu qui dé-
^ Dei enim mînister est tibî in bonum. Si autem malum fecer's, tîme; non cnim sine causa gladium portât. Dei enim minister est, vindex iniram ei qui malum agit. Ad Roiri., xni, 4.
^ Qui sua commoda ex regimine quaerit, non autem bonum multitudinis sibi subject», talis rector tyrannus vocatur. D. Thomas, de Regim.princ, lib. I, c. vi.
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tournerai l la force publique à son profit, pour satisfaire son ambition personnelle ou commettre une injustice.
Que si la personne du souverain est spécialement entourée et protégée par cette force, si le souverain en a le commandement en chef, c'est en vue du bien commun dont Tidée est inséparable de l'éclat qui environne le trône et des prérogatives accordées au pouvoir. « En effet, dit saint Thomas, le royaume n'est pas pour le roi, mais le roi pour le royaume ; car la Providence confie aux princes le pouvoir pour régir et gouverner l'État et conserver chacun dans son dî^oit. C'est le but du gouvernement. Si les princes agissent avec d'autres vues, en tournant le pouvoir à leur profit, ils ne sont pas des rois, mais des tyrans S »
Tout débat serait superflu. L'article 12 n'y prête pas du côté sous lequel nous l'envisageons, et nous n'apercevons pas de contradicteur.
* Regnum non est propter regem, sed rex propter regnum, quia ad hoc proYidit de eis, ut regnum regant et gubement, et unumquemque in suo jure conservent et hic est finis regiminis : quod si ad aliud faciunt in seipsos commodum retorquendo, non sunt reges, sed tyranni. De Beg. princ, lib. HI, c. xi.