Michelet, Le Peuple, 1. I, ch. vu
il ne serait que trop facile de le montrer. Arrêter cette décomposition des classes moyennes, rétablir en elles l'unité, les rallier autour d'une tâche commune, c'est là une œuvre urgente, et à laquelle peut et doit travailler, pour sa part, l'éducation.
$ 3. — Lorsque nous déplorons l'anarchie des classes moyennes, lorsque nous disons qu'il serait désirable de rétablir en elles l'unité, nous ne recommençons pas le rève des penseurs du milieu du siècle et ne souhaitons pas, comme A. Comte, la constitution d'un nouveau « pouvoir spirituel ».
I ne s'agit pas, dans notre pensée, de grouper les classes moyennes autour d’une doctrine, d'un credo. Une telle entreprise, nous le savons, ne peut manquer de se briser contre l'élan qui emporte les nations modernes vers l’individualisme. « À rien au monde le siècle actuel n'est plus rebelle qu'à une direction morale '. »
Et même, nous ne croyons pas que cette unité, si elle était possible, serait désirable. Une unité de cette sorte s'appelle uniformité. Elle peut être féconde en résultats. Elle l’a été. Mais, pour notre part, nous attendons plus encore d'une unité plus large et tout organique, résultant, non pas de l'identité des croyances, mais des libres efforts vers le vrai de pensées autonomes qui s'entrainent, se contredisent, s’excitent. La forme la plus riche et la meilleure de la vie sociale nous paraît être celle qui laisse le plus de jeu à l'activité individuelle et qui fait fond sur les forces spontanées de l'homme, sur les ressources vives des esprits et des cœurs pour réaliser l'harmonie sociale.