Cf, plus haut, p. 129 et
2. Ce sont ces méthodes d’exposition qui, fatalement, devaient
Mais quels pourront être les résultats d'un pareil enseignement? Il aboutit forcément, d'un côté, à un exercice démesuré de la mémoire, de l'autre, à une atrophie des forces vives de l'intelligence. L'élève reçoit, enregistre, absorbe; mais il ne pense pas, n'agit pas, ne crée pas. Son cerveau est meublé, encombré d'une foule de connaissances, utiles il est vrai, mais dont l'amas pesant étouffe la pensée et la réflexion. Son esprit, pour employer une métaphore prosaïque, ressemble à ces docks où s’entassent les produits de toutes les industries, non à une usine frémissante de force qui transforme ce qu'elle reçoit, qui vit et qui produit. L'’enseignement utilitaire demeure donc à la surface de l'intelligence, et s'y dépose, et s'y accumule; mais il ne pénètre pas jusqu’à la force vivante de l'esprit, jusqu'à son énergie pensante. Il engendre la passivité, non l’actüvité. Il aboutit à faire de l'intelligence un mécanisme exact et docile, non un agent libre et créateur. Issue d'une conception déterministe de l'esprit, l'éducation utilitaire crée dans les esprits le déterminisme.
Ainsi, de multiples liens enchaînent la pédagogie utilitaire à une philosophie déterministe. Nous venons d'en faire la preuve dans le détail, et ne suffira-t-il pas, pour résumer et achever la démonstration, d'observer que toute doctrine pédagogique dont la méthode veut être uniquement expérimentale et scientifique est invinciblement liée à l'hypothèse de la nécessité? La péda-
gogie utilitaire, on l'a vu, qu'il s'agisse de l'éducation
s'introduire dans notre Enseignement secondaire en même temps que les tendances utilitaires. Cf. Fouillée, L’Enseignement au point «de vue national, p. 79 et suiv.
utilitaire de Spencer, de l'éducation positive de Comte, de l'éducation scientifique de Bain, se défend de toute spéculation sur la nature de l'esprit et prétend se construire sur les seules données positives de l'expérience; elle élimine soigneusement tout à priori, s'interdit toute spéculation métaphysique; elle part de la science, aboutit. à la science, fait de la science l'unique matière de l'enseignement; elle se considère elle-même et veut être considérée comme une science. Or, toute science tend, comme à son point d'appui naturel, à une métaphysique déterministe. Sans doute, tant que le savant se confine dans une science particulière, tant qu'il ne prétend appliquer qu'à un ordre déterminé de phénomènes ses procédés et ses méthodes, il demeure sur le terrain du positivisme pur et n'empiète point sur celui de la métaphysique. Mais n'est-il pas presque inévitable que ce même savant soit tenté d'étendre à l'ensemble des phénomènes l'explication qu'il donne de quelques-uns? N'est-il pas fatal qu'il soit amené à généraliser ses conclusions? Dès qu'il le fait, dès que, prolongeant témérairement au delà de leur sphère respective les sciences particulières, il les confond pour ainsi dire en une vaste trame sans solution de continuité, dès qu'il admet l’existence d'une synthèse totale qu’il nomme /a Science, dès. que, pour remplir ce concept de /a Science, il y place la lot suprême, la loi de laquelle on voit, « comme d'une source, se dérouler, par des canaux distincts et ramifiés, le torrent éternel des événements et la mer infinie des choses ! », dès lors, il renonce à la position de spectateur impartial des luttes métaphysiques, il