Ibid., p
« L'éducation libérale, affirme-t-il, ne peut pas être séparée de l'éducation chrétienne », et, ailleurs, « le christianisme est une armure pour la personnalité humaine ! ». Ainsi, tandis que nous eroyions avoir à faire à une doctrine philosophique, nous nous trouvons soudainement mis en face d'une doctrine théologique. Ce système qui se proposait de former des « intelligences libres » n'aboutit, en fait, qu'à tyranniser les esprits.
On devine quelles incertitudes et quelles faiblesses cette première inconséquence introduit dans tout le système. Quand de Laprade en vient à établir les programmes et à choisir les méthodes d'enseignement, c'est par des raisons assez bizarres qu'il défend son choix, souvent excellent d'ailleurs et qui pouvait se justifier par de plus solides arguments. Si, par exemple, il préconise l'étude des langues anciennes, c'est surtout parce que « la Grèce a été chargée de préparer l'esprit humain à la doctrine chrétienne, de même que Rome a été chargée de préparer l'Occident à la discipline, à l'autorité de l'Église ? ». N'insistons pas davantage. Mais retenons de notre examen cette idée que, si le livre de de Laprade n’a fait qu'ajouter un brillant et inutile plaidoyer à tous ceux qui existaient déjà en faveur de l'éducation libérale, c’est parce que l’auteur n'a pas su s attacher fermement au principe de sa doctrine.
Jules Simon est un esprit autrement souple et libre que de Laprade. Les habitudes philosophiques de son esprit le rendaient capable de soutenir des discussions
4. Victor de Laprade, L'Éducalion libérale, p. 341. 2, Ibid., p. 208.
plus substantielles, plus appuyées aux principes. D'autre part, défenseur, en politique, des idées libérales, il semblait mieux préparé que quiconque à les défendre aussien pédagogie. Entre le libéralisme politique et le libéralisme pédagogique, les affinités sont nombreuses et étroites.
C'est en vain toutefois que l’on chercherait, dans la Réforme de l'Enseignement secondaire, une exposition ferme de la doctrine libérale. On a dit que l'école libérale, sous l'Empire, avait été amenée par les circonstances politiques à faire « surtout la théorie de la résistance au despotisme, despotisme démocratique ou despotisme césarien », et que sa doctrine reflète cette « disposition négative ! ». C'est également pour des raisons historiques, croyons-nous, que la pédagogie libérale se présente chez J. Simon sous une forme amoindrie et comme rétrécie. La rivalité naissante entre l'Enseignement spécial et l'Enseignement classique, le sourd malaise qui travaillait déjà celui-ci, l'état de l'opinion, enfin, qui s'engouait alors d'un nouvel idéal d’éducation, emprunté à nos vainqueurs de la veille, — toutes ces circonstances rendent compte de l'importance que prennent, aux yeux de J. Simon, les problèmes pratiques, et de l'esprit conciliant des solutions qu'il en donne. Elles expliquent aussi l'insuffisance, surprenante chez un philosophe, de la doctrine proprement dite. Sans doute J. Simon ne néglige pas de remonter aux principes. Il se réclame des grands patrons de l'éducation libérale, de ceux qui en ont posé les fondements, de Platon, de Montaigne, de Descartes, de Rousseau. Après eux, il déclare que le but de l'éducation peut se résumer