‹ Les principes de L'Enseignement libéral dans leur application à la question de l'Enseignement secondaireChapitre 51 sur 73 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les principes généraux,

L'histoire des doctrines pédagogiques nous a révélé deux grands principes d'éducation, entre lesquels nous avons dû choisir. Nous avons choisi le principe libéral. Mais, puisque les systèmes libéraux existants ne représentent qu'imparfaitement l'idée libérale, il nous faut maintenant chercher ce que serait, dans ses grands traits, une pédagogie libérale vraiment fidèle à son principe.

Nous avons, croyons-nous, donné à la pédagogie libérale son vrai fondement, en l’appuyant sur une philosophie de la liberté, en établissant que « former des hommes » signifie « former des hommes libres ». Mais qu'est-ce qu’un homme libre, quel est cet homme idéal que l’éducateur doit instituer en chacun de ses élèves, voilà ce qu’il nous faut maintenant déterminer.

N'oublions pas qu'il s'agit ici d’une démarche d'ordre tout pratique. Nous n'avons point à discuter, en philosophes, le problème de la liberté. Nous acceptons la liberté comme un fait réel, quoique indémontrable. Ce que nous voulons faire, c'est simplement, en consultant sans doute la réalité, mais plus encore en interrogeant notre conscience morale et notre raison, fixer avec quelque précision les traits auxquels se reconnaît un homme libre.

Le premier élément que le sens commun et l'observation découvrent dans la liberté, c'est l'activité. On n'est point un homme libre si l'on n'agit point, si l'énergie intérieure ne se répand pas en actes, ne s'épanouit pas en œuvres. L'homme libre est celui qui, à travers les obstacles que lui opposent les hommes et les choses, accomplit volontairement une tâche, humble ou grande : c'est un créateur.

Il est vrai qu'ici les philosophes s'inscrivent en faux contre le sens commun. Sans doute, nous disent-ils, la liberté est essentiellement activité. Mais l’activité ne consiste pas dans l’action, elle est tout entière dans le vouloir. Pour être un homme libre, il suffit que la volonté se hausse jusqu’à la décision; peu importe ensuite si des obstacles la désarment et l'empèchent d'exécuter ce qu'elle à décidé. Il ne faut pas dire, avec le sens commun, que l'homme libre est celui qui agit. Il faut dire : l'homme libre est celui qui choisit et qui veut.

Les philosophes ont raison et le sens commun n'a pas tort. Les philosophes ont raison de rappeler que l’action S'alimente aux sources profondes de l'énergie, qu'agir,

c'est d'abord et avant tout vouloir fortement. Mais le sens Commun n à pas tort d'affirmer que l'homme qui se borne à vouloir, sans agir, est un homme qui ne veut pas assez. Une décision qui ne s’extériorise pas en un acte n'est qu'une décision faible. Une volonté vraiment forte ne s'épuise pas tout entière dans la décision: elle se prolonge et se répand au delà; c'est l'intensité de l'effort tenté pour passer de la décision à l'acte qui mesure, pour ainsi dire, le degré de liberté contenue dans la décision. L'énergie intérieure du vouloir est donc bien la racine de la liberté, mais l’action en est le fruit; bien loin d'établir un divorce entre le vouloir et l’action, il faut les lier étroitement et déclarer que l’une est la suite naturelle et comme l’efflorescence de l’autre !. Nous conserverons donc notre première définition, en la corrigeant un peu. L'homme libre, dirons-nous, est celui qui veut et qui agit, celui dont la vie féconde en œuvres manifeste la puissance d'une volonté forte.

Mais pénétrons plus avant. À quoi se reconnaît une volonté forte? Ce n'est pas seulement à l'intensité du vouloir, c'est encore à sa constance. Ceux qui veulent avec intensité et brièveté sont des passionnés, non des volontaires. C’est le désir qui soutient leur volonté, — le désir, c'est-à-dire le plus mobile, le plus instable des appuis. Dès que le désir manque, leur volonté s’affaisse, épuisée. Le sens commun ne s'y trompe pas. Il ne les appelle pas des forts, ces hommes impétueux qui se jettent à la poursuite d'un objet, y dépensent d'abord avec une obstination passionnée leur temps et leurs forces, puis soudain s’en détournent, repartent, avec

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