Berthelot, Le Temps du 16 janvier
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Mais à quoi bon insister sur ces vices de l'Enseignement secondaire, dénoncés depuis si longtemps, avoués par la plupart des professeurs et des personnes compétentes? Il est plus utile d'en rechercher les causes et d'établir les responsabilités. Une maladie bien connue est à moitié guérie. Ce serait peut-être avoir déjà porté remède au mal qui mine notre Enseignement secondaire que d'en avoir saisi clairement les origines.
Ici encore, nous ne voulons rechercher, de la crise » de l'Enseignement secondaire, que les causes spécialement afférentes à l'enseignement. Ce n'est pas qu'elles soient les seules, ni même peut-être les plus importantes. Mais nous croyons que mieux vaut borner, pour le mieux explorer, notre champ d'investigation. Et d’ailleurs, le choix même de notre sujet nous impose cette limitation.
$ 1. — Il est hors de doute que les professeurs doivent faire leur meû culpäâ et s'accuser de négligences. Si l'Enseignement secondaire est à ce point désorganisé, c'est, d’abord, parce que les professeurs ne savent pas s'entendre pour une action commune. Rester seuls maîtres de leur enseignement, et, pour cela, se défendre contre toute direction, tout conseil, tout contrôle, voilà assurément l’un de leurs plus chers soucis. Et non seulement ils se gardent de consulter leurs chefs, mais même ils n'ont cure de s'entendre avec leurs collègues sur les méthodes à employer, la direction à donner aux
16 LES PRINCIPES DE L'ENSEIGNEMENT LIBÉRAL élèves. J. Simon se flattait, par l'institulion des assemblées de professeurs, de réaliser celte harmonie si désirable, d'obtenir que tous se concerlassent pour donner une même orientation à l'enseignement. Cette institution décline partout !. La tentative a avorté. Quelques professeurs demandent qu'on la renouvelle ?. Si elle n'a pas réussi, disent-ils, c'est que l'administration n’a rien fait pour encourager, ou plutôt a tout fait pour décourager la bonne volonté des professeurs ?. Ce qu'ils ne disent pas, c'est que les professeurs de leur côté n'ont pas montré grand enthousiasme pour ces réunions #, parce qu'il leur est désagréable de se soumettre à un plan arrêté en commun, parce que leur individualisme se sent lésé dès que s'exerce sur lui la moindre contrainte.
$2. — Ne chargeons pas trop les professeurs. Ils ne sont pas les plus coupables. S'ils n'essaient pas d'agir d'un commun accord, c'est sans doute parce qu'ils n'en ont pas un bien vif désir, mais c'est surtout parce qu'ils sentent bien qu'ils ne le peuvent pas. On semble avoir pris à tâche de leur rendre cette entente impossible. — Voici quatre professeurs, l’un de lettres, l'autre de mathématiques, le troisième d'histoire, le dernier d'allemand. On leur confie les mêmes élèves, et on leur dit : « Entendez-vous pour faire l'éducation de ces Jeunes gens. Agissez comme le ferait un professeur unique qui aurait à donner l'enseignement tout entier ÿ.
. Cf. Ribot, La Réforme de l'Enseignement secondaire, p. 14.
. Cf. Enquêle. Déposition de M. H. Bernès.
. Ibid. Déposition de M. Clairin.
. Ibid. Déposition de M. A. Croiset,
. Ce sont les expressions mêmes des Instructions de 1890. C£., p. xx.