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L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE ACTUEL 1x
Maintenez ainsi entre toutes les parties du programme général la proportion et l'équilibre nécessaires ». Le conseil est judicieux. Mais le professeur de lettres, ancien élève d'une Université, s'est « spécialisé » dès sa sortie du lycée; il ne sait d'histoire, de mathématliques, d'allemand, que ce qu'il en faut pour être bachelier, c'est-à-dire presque point. Le professeur d'histoire, ancien élève de l'École normale supérieure, a reçu une solide culture générale. Le professeur de mathématiques, issu de l'Enseignement moderne, est étranger, ou presque, à toute culture littéraire. Le professeur de langues vivantes est un ancien élève de l'Enseignement primaire, qui, après avoir obtenu une bourse de séjour à l'étranger, s’est fait recevoir à l'agrégation spéciale d'allemand. — Comment des maîtres sortis de milieux si différents, nourris d’études spéciales, intellectuellement étrangers les uns aux autres, pourront-ils concerter leurs efforts et agir « comme le ferait un professeur unique qui aurait à donner l’enseignement tout entier »? Comment pourront-ils se mettre d'accord sur la place, le rôle, le rang de leurs enseignements respectifs? Leur origine, leur éducation, la structure de leur esprit, tout les sépare. Ils n'ont et ne peuvent avoir aucune vue commune. Pour que des professeurs puissent s'entendre et s'unir pour une action convergente, ne faudrait-il pas qu'une éducation générale semblable ait rendu cette entente possible? Mais on n'a point cru que cela fût nécessaire. On n'a pas vu que, pour que l'Enseignement secondaire fat un et harmonieux, il fallait d'abord que le corps enseignant fût homogène. On a commis la faute de faire de l'examen d'agrégation un examen spécial et tech-
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nique !, alors qu'il eût fallu y maintenir, à côté des études spéciales, une partie générale et commune. Comment s'étonner que d’un assemblage de maîtres si divers, venus des quatre coins de l'horizon intellectuel, il sorte autre chose qu'un enseignement bariolé et incohérent?
Si c'est une grave faute que de ne point exiger de tous les professeurs des lycées une solide culture générale, c'en est une plus grave encore que de ne pas les préparer à leur métier. On a déjà maintes fois signalé ce mal ?; on a même proposé des remèdes. Il ne semble pas que le temps approche où les mesures indiquées par d'excellents esprits entreront enfin dans la pratique. Ne serait-ce pas là cependant une des premières, une des plus urgentes réformes — d'aucuns disent la seule réforme — qu’appelle notre Enseignement secondaire *?
Il est au moins étrange que l'examen qui donne accès au professorat ne renferme pas une seule épreuve pédagogique. On requiert du futur professeur une haute culture littéraire ou scientifique, mais non des idées précises sur le métier qui va être le sien, non la preuve qu'il saura l'exercer. L'art d'enseigner ne fait point partie du programme de l'agrégation ‘.
1. Cf. Enquéle. Dépositions de MM. Léon Bourgeois, A. Croiset, Bossert, etc.
2. Dans un très grand nombre des dépositions faites devant la Commission d'enquête, on insiste sur l'insuffisance de la préparation pédagogique des professeurs. C’est dans la déposition de M. Lavisse que se trouve l’exposé le meilleur et le plus complet de la question.
3. « L'éducation philosophique et pédagogique des maîtres, écrit M. Langlois, voilà la solution à la fois la plus simple, la plus élégante et la plus radicale du problème de l’Enseignement secondaire. » Revue de Paris du 15 janvier 1900, p. 380.
4. L'Enseignement primaire est bien mieux partagé que l’Ensei-
Aussi bien, comment les jurys d'agrégation pourraient-ils exiger des candidats une instruction professionnelle ? Où ces jeunes gens l'auraient-ils puisée, cette instruction? Leur a-t-on Jamais fait connaître la nature, les besoins, les limites des esprits qu'ils auront à former? Leur a-t-on parlé des diverses méthodes d'enseignement? Leur a-t-on fait comprendre la nécessité et leur a-t-on indiqué les moyens d'adapter leurs leçons à la nature d'intelligence et au degré de développement de leurs élèves? Leur a-t-on fait voir l'importance des questions d'éducation dans une démocratie? Soupçonnent-ils seulement l'existence de la science pédagogique !?
Beaucoup de personnes, il est vrai, professent à l'endroit de cette préparation professionnelle un certain scepticisme. « On naît professeur, va-t-on répétant, et tous les cours de pédagogie du monde ne sauraient remplacer le don ?. Au reste, il suffit de bien savoir pour bien enseigner, et l'instruction que reçoivent dans les Universités les futurs professeurs est la meilleure des préparations pédagogiques. Enfin les candidats à l’agrégation sont tenus d’aller faire un stage dans un lycée. »
Il est trop facile de répondre que, si la science péda-
gnement secondaire. Les élèves-maîtres des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices, outre les cours de pédagogie qui sont inscrits dans leurs programmes, vont à tour de rôle, sous le contrôle d’un maitre, s'exercer à la pratique de l’enseignement dans une école primaire, annexée à l’école normale.
1. Nous savons qu’il existe, dans quelques Universités, une chaire de pédagogie, et, à la Sorbonne, des conférences pratiques à l’usage des candidats aux agrégations. Mais ce n’est encore qu’une organisation embryonnaire et il reste vrai, d’une manière générale, qu’il n’y a pas, en France, de préparation professionnelle au professorat de l'Enseignement secondaire.