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Le sophiste Emile de Girardin, le libre-penseut Prévost Paradol et l’impie Lamennais, voilà donc les auteurs où M. Mercier é ait allé puiser ses idées en matière d'instruction et ivait appris à se méfier de certaines influences ‘ qui paralysent, qui étouffent la véritable souveraineté, c:lle du peuple. ”
Cette mauvaise semence jetée en terre vierge, porta ses fruits. Les jeunes membres du Club National r'ecueillirent avec avidité les paroles tombées des lèvres d’un de leurs ainés et s'abreuvèrent à la source empoisonnée du rationalisme,
Témoin, M. Paul G. Martineau, qui écrivait dans la Patrie du 26 novembre 1883 :
‘ L'instruction est nécessaire pour le bon fonctionnement # de nos institutions constitutionnelles, nécessaire pour ren- # dre le peuple heureux et lui permettre de marcher dans la “ voie du progrès. Quelques-uns, et je euis de ceux-là, vou- “ draïent que l'Etet protégent l'enfant que les parents veu- * lent laisser dane l'ignorance. Ue ne serait là empiéter sur “ Je droit de personne, parce qu'on ne saurait soutenir séri- “ eusement que le père de famille a le droit de laisser son “ enfant dans l'ignorance...
C'est bien la même doctrine que celle prêchée par M. Mercier.
Voici ce que dit un autre adepte, en mai 1885, à un banquet donné à Montréal, auquel assistait M. Mercier lui-même. Ces paroles sont de M. Raoul Dandurand, alors président du club libéral.
‘ Mes amis, s'éoriat-il, si nous voulons sauver le peuple ‘ d’une ruine certaine et l’arracher des mains des cormorans *“ politiques qui le pillent et le volent, il faut: d’abord l’ins- ‘* truire en lui imposant un système d'éducation compulsoire “ aussitôt qu'un accident nous ramenera au pouvoir.”
Puis il dit encore,
‘ Le club national réclamait dans le programme qu’il éla- # borait un système d'éducution compulsoire en faveur du- # quel notre vaillant chef l'Hon. M. Mercier s'était déclaré “ en 1876.”
Au mine banquet M. Mercier applaudit aux paroles suivantes du même M. Dandurand.
le
# La majorité que s'était faite sir George Cartier dans le “ pays et qu'il svait façonnée lui-même était composée des ‘“ gens qui... et surtout de la masse ignorante qui, crai. # gnant l'enfer, votait comme monsieur le curé l'entendait."
On ne pouvait être plus explicite et dire plus cartément qu'on adoptait le programme de M, Mercier, J'instruction obligatoire.
Il n’y a que cinq ans de cela, et dans aucun de ses discours depuis qu’il est au pouvoir le Premier ministre de la province de Québec n'a répudié ses paroles de 1876. Lorsqu'il a fait allusion à la question scolaire, il a parlé en termes généraux, mais, par opportunisme, il n’a pas attaqué de front la question de principes, car il sait bien que le clergé est opposé à l’'empiètement de l'Etat sur les droits du père de famille, et que l'opinion publique n’est pas prête à accepter l'instruction compulsoire,
Même dans le discours qu'il prononça devant le club National de Montréal, .en novembre dernier (1889) il fut si peu explicite qu'un de ses organes, l'Etendard, pourtan: fort bien disposé pour lui, ne put s'empêcher de dire:
” Nous aurions voulu plus de clarté dans l'exposé des in= “ tentions du cabinet sur l’importante question de l’éducetion.”
“ M, Mercier s’en est tenu à des généralités qui peuvent ‘{ prendre toutes les formes désirables et non désirables. On ‘“ ne manquera pas d'en tirer des conclusious jacheuses pour “ Je gouvernemeni. Nous regrettons que le Premier Ministre ‘# n'ait pas choisi cette circonstance pour définir d’une fagon ‘“ plus explicite ses sentiments sur ce point de la politique “ future, comme il l’a fait pour les autres. Ce n’ert sans dou- “ te que partie remise.”
Nous ne saurions terminer nos remarques sur ce sujet, sans rappeler le fait que }'Hon. M. Mercier s’est efforcé d'éliminer du Conseil de l'Instruction publique, composé des évêques de la province et d'autant de laïques, ceux des membres qui étaient reconnus comme étant plus fortement attachés aux. idées conservatrices,
A la demande du gouvernement l’'Hon, M. Chs.
de Boucherville, ultramontain reconnu, et l'Hon.Juge Routhier ont résigné leur charge, et ont été remplacés par l’Hon. M. Mercier lui-même, le partisan de l'instruction obligatoire, et par l'Hon. M. Frs. Langelier, le premier avocat qui ait soulevé devant les tribunaux du pays la question de l'influence iadue du prêtre dans les élections, et le même qui, lorsqu'il avait un siège à l'Assemblée législative, se plaignait du manque de contrôle du gouvernement sur le ministère de l’Instruction publique:
On 2 cherché aussi à éliminer du conseil, mais sans succès, des juges distingués comme les Honorables MM. Bossé et Jetté, Sir N. F. Belleau, ancien lieut.gouverneur de la Provirce, M. E. Crépeau, avocat, Pour les remplacer par qui ? Nous ne savons, mais il n’y a pas à se dissimuler que ces tentatives déplacées de la part du cabinet Mercier n’ont été faites qu’en vertu d’un plan concerté à l’avance et dont on n'a pu pénétrer le mystère.
Les lettres adressées par le Secrétaire de la province, au nom de ses collègues, aux honorables membres du Conseil de l’Instruction publique, sont identiques dans les termes et leur ton révèle une effronterie et une absence de tact peu ordinaires, surtout de la part d’un gouvernement.
Heureusement que la tactique de M. Mercier échoua, et, à l'exception de MM. de Boucherville et Routhier, les membres du Conseil refusèrent de rési-
ner.
è Citons la réponse de l’'Hon. Juge Jetté à la lettre de l’Hon. M. Gagnon qui lui demandait si, vu quelques absences des séances du conseil, 57 croyait remplir à sa satisfaction et à celle du public les devoirs de la charge qu'il occupait commé membre du Conseil de l'Instruction publique,
Montréal, 19 décembre 1838.
L'Hon, C. À. E, Gagron, Fecrétairs de la Province, Monsieur,
Votre lettre du 6 courant ne m'est parvenue que le 17. Je vous avoue que je suis fort surpris de votre demande et je ne vous cache pas que Je la const lère comme: une injure que je ne croyais pas avoir méritée.
Je crois devoir vou: informer cependant que depuis que j'ai eu l'honneur d'êt:e appelé au Conseil de l’Instruction publique par l'administration présidée nar l’hon. M. Joly,en 1878, j'ai assisté à presque tontes les sessions du éoinité 01. tholique de ce conseil, et que si j'ai été absent de quelquesunes des séances de ces sessions, c’est parce que les affaires importantes ayant été expédiées, je covsidérais que ma présence n'était pas nécessaire pour les matières &e routine résorvées pour les séances complémentaires.
Je n'hésite donc pas à dire que la statistique que l'ox a bien voulu faire de mes absences ne m'a pas convaincu que l'intérêt public on ait souftert.
En conséquence je me permecs de ne pas partager votre opinion ni celles de vos collègues à ce rujet, et sans avoir une idée exagérée de mon utilité, je crois devoir refuser la démission que vous semblez me demander.
J'ai l'honneur, ete.
(Signé) L. A. JETTE.
Le Vote Obligatoire
Ce n’est pas seulement en matière d'éducation que M. Mercier a émis des principes avancés, Dans son discours du 25 octobre 1875, emboitant le pas derrière l'Hon. M. Blake, il se prononça en faveur du vof obligatoire dans les élections.
‘ La franchise électorsle, dit-il, n’est pas seulement un “ droit, mais encore un devoir ; cette franchise, d’après l’éco- ‘“ nomie de notre système constitutionnel, appartient plutôt ‘au pags qu’à l'électeur. En effet d’après ee système, c’est ‘la majorité qui doit diriger le chose publique, or pour que ‘“ eette majorité dirige, il fant qu’elle parle par son vote, Si ‘elle se tait c’est la minorité qui parle... De à la né- “ cessité d’obliger tout électeur, à moins d’excuses légales, à “se rendre au poll pour remplir ce devoir sacré envers son “ pays et le forcer à dire par qui et comment il veut être “gouverné.”
Il est faux de dire, comme M. Mercier, que la franchise électorale appartient à l'Etat plutôt qu’à l'électeur. Le vote obligatoire serait une atteinte très grave à la liberté individuelle.
L'électeur, dans les franchises qu’il a à exercer, agit comme le représentant de sa famille ; il iui faut sauvegarder les intérêts et l'honneur de éette famille visà-vis les autres familles ou la société civile, et ce droit qu'il possède comme chef est un droit naturel que l'Etat ne saurait fouler aux pieds, Lorsqu'il nomme telle ou telle personne aux emplois, civils, il use du droit qu'il a de se faire représenter, droit qui lui appai‘ient en propre et que l’état ne peut entraver sans user de tyrannie. S'il en était autrement rien n’em-
pêcherait l'Etat de s'arroger également le droit de dicter à l'électeur le nom de celui qui serait appelé à remplir les fonctions de législateur.
Il peut arriver des circonstances où l'électeur ne
voudrait donner sa voix ni pour un candidat ni pour l'autre ; que l’abstention serait pour lui un devoir.
Serait-il juste de le forcer à voter en faveur de personnes en qui il ne reposerait aucune confiance ? La loi civile dans ce cas empiéterait sur le domaine de la conscience ; elle mettrait ce citoyen dans la nécéssité de désobéir à l'état et le forcerait à payer une amende pour avoir refusé d’'obéir aux hommes plutôt qu'à Dicu.
M. Mercier à donc proclamé un mauvais principe en se prononçant pour le vote obligatoire.
Il est singulier que uxX qui se disent le plus favorablés à la liberté et pour cela prennent le titre de libéral, soient les premiers à vouloir gêner cetliberté et l'étouffer même sous l'omnipotence de "Etat,
HI Les Hégistres de l'État Civil
A propos des régistres dits ‘“ de l'Etat Civil ”, le Journal des Trois-Rivières publiait le 22 décembre 188, un article remarquable dans lequel on reconnait une plume familière avec la matière importante dont il s'agit. Nous y lisons que dans la tenue des régistres de baptêmes, mariages et sépultures, c'est comme curé ayant charge d'âmes que le prêtre agit, c'est à l'autorité de l'Eglise qu'il obéit.
Non seulement l'Eglise ordonne aux curés d’enrégistrer soigneusement ces actes importants de leur saint ministère, mais Elle précise avec soin tout ce
ui doit y rentrer. :
L'Eglise et l'Etat ayant un grand intérêt à s'entendre sur les matières mixtes et d'une utilité commune, l'autorité religieuse n'a point d'objection à obliger ses curés à tenir ces régistres en double à la demande de l'autorité civile et à lui en faire remettre une copie pour ses greffes, gardant l'autre pour ses propres archives.
En agissant ainsi l'Eglise n'entend pas soumettre ses prêtres à l'autorité civile ni en faire des fonctionnatres publics, et c'est une erreur de croire et de dire que le prêtre tombe sous la juridiction de l'autorité civile qui peut l’'admonester et le punir, s’il vient à négliger quelque chose de ce devoir.
Ces réflexions étaient faites à l’occasion d’une circulaire envoyée par M. Mercier, comme Procureur Général, en décembre 1887, aux Protonotaires de la province, se plaignant de la manière irrégulière dont les régistres de l'Etat civil étaient tenus, et assimilant les curés à des fonctionnaires publics, Il employait même l'épithète de “ définqguant ” à leur LUN égard. [T1
Les idées gallicanes et partant libérales du Pre. [| mier-ministre ne devaient point se borner à cette cir- |
culaire. Durant la session de 1888, le gouverne- |
nn, (I
ment présenta un projet de loi qui fut considéré comme contraire au droit canonique et au droit na turel, de même qu'injuste et insultant pour l'Eglise et ses ministres,
Ce bill avait pour objet de séculariser les régistres des baptêmes, mariages et sépultures, de mettre le clergé sous la férule de l'Etat, et d’infliger, au mépris des lois de l'Eglise, des pénalités aux curés transformés en fonctionnaires publics.
La clause 4 de ce projet de loi statuait :
‘ Toute personne autorisée à tenir régistre des actes de 4 l'Etat civil et tout propriétaire ou administrateur de ci- ‘“ metière doivent remplir et coxapléter les blancs ou formes ‘# d'informations qui leur ont été transmises et les remettre ‘ dans les premiers huit jours de chaque mois au secrétaire ‘“ du conseil provincial d'hygiène, lequel est tenu de les ex- “ pédier dans les cours des mois de Janvier et de juillet de “ chaque année au régittrateur général. ?
Il était donc ordonné aux curés de faire un rapport mensuei au Conseil provincial d'hygiène. Eux qui tiennent ces régistres gratuitement, on leur imposait cette obligation, les traitant par là comme employés du gouvernement.
De plus ces rapports devaient être faits sous peine d'amende, La clause 17 disait :
‘“ Lorsqu'un chef de maison ou de famille, un ministre de “ culte, un médecin ou une personne qui doit en vertu du # présent acte faire rapport des naissances, mariages et dé. “ cès, refuse ou néglige volontairement de le faire au tem)s « fixé, cette personne, pour chaque offense, doit payer une ‘ somme de pas moins d'une piastre, ni de plus de vingt “ piastres, à la discrétion du juge, et il est du devoir de 0e- «foi prénosé à l'enregistrement dans chaque district de “ poursuivre telles personnes négligeant ou refusant de faire # les rapports requis. ”
Tel était le fonds de la loi du cabinet Mercier — amendes, poursuiles etc. :
C'était renchérir sur les principes radicaux procla-
D 0 qq 0e ns 0 mr MR 4
més par le Premier ministre.au sujet du vote et del'instruction obligatoire.
Ce qui ajouta de l’odieux à la mesure, ce fut pour le cabinet de vouloir la-faire adopter sous le prétexte mensonger que Son Eminence . le. cardinal : Taschereau y avait donné son assentiment,
L’hon:; M. Flynn s'étant -objecté dans l’Assemblée législative aux clauses du. bill, l'honorable :M. .Gagnon:lui répondit qu’il l'avait-soumis au cardinal et que celui-ci. l’avait approuvé,
Cela me: surprend, ” spa le député de Gaspé:
Lorsque plus tard le bill fut présenté aw, Conseil législatif, l'hon: M; L, P: Pelletier, parlant: au noræ du gouvernement, dit : “ Cette mesure à reçu l'an
“ probation des évêques catholiques:et.des: ministres | -“-protéstants.”
# L/HON. M: LARUE-—-Par tous:les. Evêques ?”
“ L'HON. M. PELLETIER Le projet: de oi à été: “approuvé à,une réunion :dévêques, mais je ne sais:
“ pas:si tous les évêques étaient présents, ”
L'HON. M. DE BOUCHERVILLE se/levant-dit : .
“Vous voulez-imposer une.aménde aux membr “ du clergé-—je parle ici des: catholiques, —mais vèus “oubliez; que le. clergé tient ces-régistres volontaire -.#mentet;sans rémunération, -et vous.venez lui dires « Si.vous-né faites pas cela, vous serez puni. : Est-ce- “juste d'imposer une,pénalité:à des! personnes: quê fe Cds rendent des services gratuitement. et; qui ne- “ sont pas du tout vos serviteurs .?,C'est là un: âcte- “ arbitraires On dit-que les autorités religieuses ont - “ été consultées sur cette mesure, Je ne le nie: pas. “ mais-il peut fort bien artiver, que les autorités ‘reli… “ gieuses n'aient pas examiné, suffisamment ce projet: ‘“ de loi et que cette disposition soit passée. pout:: “ ainsi dire i inaperçue, Si cette clause n’est pas. 20s- = “ difiée, je serai forcé de voter contre la mesure:”
L’HON. M. PELLETIER répliqua :
“ Le gouvernement à déposé celte mesure après. ævoisr “pris l'opinion des évêques. ?
Lite
L’HON. M. ROSS, ex-premier ministre, fit, à son
tour la remarque suivante :
:# Quand un membre du clergé est en défaut, on le “cite devant un tribunal ecclésiastique, et aujour-
— “d'hui les évêques consentiraient à donner à l'Etat
“ le droit de punir le clergé sans recourir à ce tribu-
* # nal ? Je ne crois pas que les évêques aient parfaite-
“# ment compris toute la portée de cette mesure ; au-
# trement ils n'auraient point accepté ce principe. ” (Débats du Conseil, page 224.)
Eh bien cette prétendue approbation du projet de loi par l’épiscopat éfait un subterfuge. Il n’y avait point eu réunion d'évêques ; au contraire, plusieurs
. membres de l’ épiscopat protestèrent contre cet odieux - projet de loi qui expira au Conseil législatif,
Cependant M. Mercier, malgré ces échecs et ces
protestations, ne se tint pas pour battu. Un nouveau LAll fut présenté dans la session de 1880.
"Al parait qu'on y tenait beaucoup.
“Ce bill portant lé*No 19 imposait les mêmes obligations aux membres du clergé, et les mêmes péna-
« lités contre eux, -
Ayant été sévèrement dénoncé, les membres du wouvernement prétendirent qu'ils avaient été trompés par certains employés publics et que le bill pré-
: senté à la Chambre n'était pas celui qui devait l'être,
L'hon. M. Taillon suggéra aux ministres de faire -écrire une lettre à tous les évêques et aux autres personnes-intéressées, leur expliquant ce qui était arrivé. : (Débats de 1889, p. 1224.)
: - M. Mercier refusa cette suggestion et le bill fut “æatiré,
“Les principés dé M. Mercier en semblable matière
2saériténteils Vapprobadion du clergé: ?
M. Mercier et l’Orangisme
M. Mercier, afin d'apparaître aux yeux de ses eompatriotes canadiens-français comme un ami extraordinaire de sa nationalité et de sa religion, a dénoncé l'orangisme à plusieurs reprises et représenté Sir John McDonald comme le pire adver:2're du peuple de la province de Québec,
Nous ne ferons pas reproche au Premier ministre de réprouver l’orangisme qui n’a pas sa raison d’être au Canada, pas plus qu'ailleurs, mais il nous sera permis de faire voir à ce sujet sa duplicité et son hypocrisie,
Il accuse sans cesse les conservateurs de marcher sous la houlette de Sir John McDonald qu'il surnomme ‘“ le vieil orangiste. ”
Nous pouvons retorquer l'argument et accuser tout aussi bien M. Mercier de pactiser avec M. Mowat, le chef libéral d’Ontario, qui, en 1874, a favorisé dans la législature de sa province la passation de deux bills, l’un ponr constituer légalement l'association orangiste de l'Est d'Ontario, et l’autre, l'association orangiste de l'Ouest,
Ces bills furent réservés par le Lieut-Gouverneur pour le bon plaisir de Son Excellence le Gouverneur Général.
Citons le Globe, l'organe de M. Laurier à Toronto, dénonçant à ce sujet sir John McDonald à la vindicte des orangistes et défendant son chef, M. Mowat.
C'est le Globe du 15 avril 1880.
En réservant, dit-il, ses bills à la sanction du Gouverneur- Général, M. Mowat n'opposa pas son veto à l’action de l’Assemblée, il donna tout simplement an Gouverneur-Général le droit de dire si ces bills deviendraient en vigueur. En vertu de l'acte de l'Amérique Britannique du Nord, tout acte qui n’est pas confirmé dans l’année suivant son adoption devient lettre morte. La question est de savoir en guelles
mains se trouvait le bill des orangistes au mo ment de sa mort. Assurément M. Mowat ne l'avait pas. Dans une dépêche signée par Sir John MoDonald en qualité de ministre de la Justice, co dérnier déclare qu'il a examiné ces deux bille. Et dans la même dépêche Sir J. A. McDonald svise comme suit le Gouverneur-Général : ‘ Le soussigné recommande qué le Lieut;-Gouverneur d’Ontario soit informé que votre Excel-. lenoe ne se propose pas de faire connaître ses intentions au aujet le ses actes réservés (les bills des oraugistes) ni ne
rendre aucun parti sur iceux.” Ainsi 47 est clair que les
ils des oravgistes passèrent à l'Asremb.ée Législative, qu'ils reçurent le vote individuel au moins -du ‘procureur-général [M; Mowat}; qu'ils s/'äreut naturellement et suivant la constitution à Ottawa comme bills réservés; qu'ils auraient
w recevoir l'approbation du Gouvérneur-Ginéral, si Sir John
oDonald, en qualité de ministre de Ja Justice l’en avait avisé ; que Sir John MoDonald ne l'en avisa pas et que par conséquent les bills furent perdus. Ce ne fut certainement pas M. Mowat qui donna le coup de mort aux bills d:s .oranqistes, »»
D'après l’aveu du Globe, Sir John McDonald que M. Mercier dénonce comme un fanatique de la pire espèce, serait donc cause que les orangistes n’ont pas été incorporés dans Ontario, pendant qu'ils ont , eu Le vote de M. Mowat.
Nonobstant cela, celui-ci n’en continue pas moins à être l'ami intime de M. Mercier, tous deux: mar-— chant de concert prur la plus: grande: gloire libérale, L'un exploite le sentiment : orangiste : à; son: profit ; l'autre l’exploite en sens contraire ; mais ils $’entendent comme larrons en foire.
Du reste, en dépit de ses. attaques farouches contre les orangistes,-M. Mercier a su:les courtiser à son “heure et s’en servit comme de marchepied pour arriver au pouvoir,
C'était en 1877. La procession des orangistes avait donné lieu à des troubles à Montréal.
Quel remède proposa l'Hon, M." Joly, alors chef du parti libéral, pour apaiser. ces troubles ?
De supprimer les processions nationales, celles de la St-Jéan-Baptiste, de la Saint Patrice, etc, comme
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s'illeut pu'y avoir la moindre similitude entre ces 's0ciétés et la secte des orangistes.
4 Des désordres sérieux; écrivait: M ; Joly, le 24 décembre 1877, ont éolaté à Montréal dans le mois de juillet dernier, ou la procession des orangistes. ‘ Les esprits sont loin
être .calmés ; qu'il surgisse une nouvelle occasion du même gonre.et jo.crains que ces dérordres ne re renouvellent: aves plus de w.lence.
‘“ La meilleure manière da les éviter c'est de ne pas-renouveler la procession qui li ; a causés, Si toutes les: Seciétés Nationales renong sient volontirement à leurs procesions actuelles, il me semble évident que les orangistes: y renonceraient aussi.
‘“ En m'adressant à tous les membres de la chambre, qui représentent toutes les nuances d'oninions et de sentiments, je leur ai demandé s'ils ne croyaient pas que les Sociétés Nationales consentiraient pour assurer Féotos et la paix, à rem noncer à leurs processions annuelles. (Lettre aa rédaotour de l’Evènement).
Si un des chefs du parti conservateur venait’à exprimer maintenant semblable opinion, vous verriez l'Electeur chercher à soulever le sentiment national des Canadiens-francais et représenter cet homme comme un ami de l’orangisme et un ennemi du catholicisme, M. Mercier lui-même monterait sur le husting pour dénoncer ce conservateur et le traiter de renégat.
Qui, au temps où M. Joly demandait aux canadiens français de renoncer à iéur procession nationale, proposa et fit adopter une loi pour empêcher dans la cité de Montréal des processions semblables à celles des orangistes ? Ce fut l'Hon, M. Taillon, le chef actuel des conservateurs.
Cette loi est le chapitre 9 du statut 41-42. Victoria {1878) et porte le titre de ‘“ Acte pour réprimer des processions de parti. ”
Qui opposa le projet de loi de M. Taillon ?
M. Joly, comme de raison, puis. l'Hon. Fransois Langelier, alors député de la législature de Québec,:et Commissaire des. Terres de la. Couronne. Voici en quels termes, l'Evèrement, organe du gou-
rnnrniornlissnren ennemie
vernement libéral, rendait compte du discours de M. Langelier.
“ Le député de Portneuf a été à la fois mordant et éloquent. J{ a protesté au nom ‘1e la liberté, au nom aussi des enseignements et de l’histoire contre les mesures d'exception comme celle proposée par M. Taillon, et il a montré qu’elles avaient produits de pius grands maux que ceux que l'on cherchait à éviter. Si vous interdisez une manifestation, d’autres voudront en interdire aussi, et d'exception en exception vous arriverez à la suppression du droit général, C’est la démonstrat'on déplorable du 12 juillet qui est frappée aujourd’hui, ce sera la fête glorieuse du 24 juin qui sera atteinte demain, ””............
A voir aujourd’hui M, Mercier lancer ses foudres contre l’orangisme, on pourrait croire qu’alors il ac: cepta le bill de M. Taillon pour supprimer les processions orangistes à Montréal.
Pas du tout ; il accepta de M. Joly un portefeuillede ministre, profitant en même temps des sympathies des sectes orangistes pour le cabinet libéral,
Opportunisme et politique payante !
En effet on trouve la preuve de cette sympathie dans un banquet offert par les orangistes de Toronto à leurs confrères de Montréal en août 1878 Une adresse fut présentée à cette occasion aw frère David Grant, Maître de l'Association Loyale Orangiste de la cité de Montréal,
Nous empruntons le compte-rendu suivant au journal libéral le Witness.
Au frère David Grant, Maître de l’ Association Loyale Orangiste de la Cité de Montréal. Cher Monsieur et Frère,
Au nom des oraugistes de Toronto, rous vous souhaitons de tout notre cœur à vous et à vos frères de Montréal la bienveuue dans cette ‘ Cité Reine ” de l’ouest—une cité où vous. pouvez paraître vêtu de votre régalia orange et où les mignons de Rome n'oseront pas vous arrêter ni vous insulter, mais où uos institutions protestantes respirent le véritable esprit de la liberté civile et religieuse, qui a été conquise par: nos ancêtres à Derry, à Aughrim et à la Boyne. Nous es-. pérons sincèrement que, dans un avenir peu éloigné, les té
nèbres de la papanté seront dissipés de la Province de Québec par les tribunaux de l’équité et de la justice anglaise, que les descendants de ceux qui ont vaincu si bravement sur les plaines d'Abraham, affirmeront de nouvean leurs droits comme sujets britagniques, et que le Maire Beaudry et sa brigade papiste devront trembler devant ls marche des hommes libres................, dense nos onu 00e
0000000000 00000 0000000000 0000 LLALELELELELZX]
Au nom des orangistes du comité de Toronto, Nous demeurons, Cher Monsieur et Frère, Les V ôtres avec fraternité, W. ArAmgon, C. M.
Toronto, 13 août 1878. E. F. Carxs, Sec. du Comité.
M. Grant, eu réponse, offrit des remerciements au nom: des orangistes de Montréal, pour l'honneur qu'on leur faisait. 1]! expliqua la position des affaires à Montréal et dit ques nou-seulement tous les oraugistes de cette ville possé
aient une instruction passable, mais que quelques-uns d’entre sux possédaient une éducation plus qu'ordinaire. Qu'il n'était pas vrai que les orangistes de Montréal no fréquen-— taient aucune église, maïs que le contraire était la vérité, Qu'il avait toujours fait tout en son pouvoir pour persuaderà ses frères de Montréal qu'ils devraient être chrétiens d'a. bord et orangistes ensuite. Qu’autrefois, à Montréal, cela. ne payait pas un homme, financièrement parlant, que d’être orargiste et qu'il avait souffert dans so1 commerce, il ya cinq aus, pour avoir pris une part active dans les démonstrations orangistes, mais que les choses ont changé depuis. Il recommarnda aux marchands de s'abstenir de faire affaires ave; les maisons catholiques de Montréal. La politique: fature de l'Association à Montréal sera d’avoir une proces-. sion Je 12 juillet prochain- Le pouvoir de la presse doit à, l'avenir être employé de préférence aux armes charnelles (sic) et il serait à désirer qu’il y eut uu journal orangiste publié à Montréal pour l'avancement de leur cause, Æéférant à la poiitique il dit qu'il était à Québec ce qui était connu en Haut-Canadu sous le nom de rouge et qu’il espérait que: personne ne s'offenserait de cette admission. Les orangistes.
de Québec et de Montréal sont liés à voter dans la province:
de Québec pour le gouvernement de la Réforme, car s'ils ne votaient pas ainsi ils ne pourraient exister, puisque les ultramontains sont en réalité le parti conservateur de cette
ALELLLETELELLIEELLLLRL
does gran sa se
En 7 re
-mprofinee.” ‘Illes assura que ohaque orangisté de la province
« de Quêëbec avait voté pour soutenir le gouvernement Joly
- ot dit qu'il était certain que personse.d'entre. ses suditeürs : ‘ne ferait fâché de ce qu'ils Avaieht voté pour, chasser on horbme tel que DeBoucherville. Il termin en remerciänt . ses Lôtes pour la réception dont lui et ses frères de Mont.
. réal avaient été l'objet. ”
Il s'en suit donc que l'Hon. M. Mercier, ayant ace
- cépté un portefeuille de M. Jciy, éprouva une douce
jouissance à la pensée que chaque orangiste avait voté pour.chasser du pouvoir #» Lomme tel que M. de Bouchevviile.
La conduite tenue, l'an passé, par Sir John McDo-
* mald én ne désavouant pas la loi concernant les biens
des Jésuiteset:le remarquabie discours qu'il pronon-
. £a sur la question dans la Chambre des Communes,
où il rallia 188 députés sur 201 en faveur de sa politique, devraient, il nous semble, refroidir le zèle de M. Mercier à l’attaquer sans cesse, surtout en jetant un regard sur la conduite des orangistes en 1878. Tout homme sincère admettra que M. Taillon par -sa loi pour réprimer les processions de parti à Montréal, eut le plus beau role à cette époque, et M. : Mercier le rôle le:plus hypocrite, “Opportunisme et politique payante 1
ones cnprmmgnretpmenearamenee
V ; Les 'Asiles d’Aliénés
Il s'est fait un grand bruit dans la province au’sujet de la loi de 1885 concernant les asiles d'aliénés. Les passions politiques . aidant, les choses ont été grossies outre mesure, et, dans les élections générales de 1886, les .adversaires du gouvernement Ross -ont exploité cette loi avec une ardeur et une audace incroyables.
Nous ne voulons pas entreprendre, dans ce chapitre, de discuter les clauses de cette Joi.
Ce que nous désirons c’est de démontrer la mauvaise foi et la duplicité de M. Mercier, le rôle hypocrite qu'il a joué dans cette question des asiles.
Si les adversaires de la loi ont pu croire qu'elle violait la justice et qu'elle avait pour origine un fonds de libéralisme trop accentué, M. Mercier a été tout aussi fautif que les promoteurs de cette législation, —car il a favorisé son adoption et poussé le gouvernement d'alors à persévérer. dans la voie qu'il avait prise d'assumer le contrôle médical dans les asiles. |
M. Mercier n’a pas changé d'opinion depuis. Ila nommé, il est vrai, une commission pour apaiser Îes exigences de ses alliés politiques, et gagner du temps, mais comme d'habitude, 57 a joué double. La fin de tout L tapage se résume en définitive à conserver äntacte la loi du cabinet Ross, sauf, en ce: qui concérne l'asile St-Jean de Dieu, à qui on a laissé le contrôle médical jusqu'à l'expiration de son contrat, mais pas plus longtémps.
Quant à l'asile de Beauport, il n’en a pas été ques tion dans la loi de 1589, M. Mercier n'ayant pas d'interét,à pousser. jusque là Z’opportunisme.
Voÿons quelles étaient les idées du Premier ministre actuel, lorsque fut discuté le grujet de loi des asiles'en 1885.
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