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LE PRINCIPE DE SPECIFICITE

grande partie dans la spéculation générale, car on ne peut en faire un certain usage philosophique sans sacrifier le principe antagoniste, également fondé, également nécessaire, et sans invoquer sciemment ou non, d'autres hypothèses. L'unité et la diversité sont en effet comme deux pôles de tout ce qui existe, aussi bien que deux faces corrélatives de toute classification ; et l'idée môme de Tespèce, c'est-à-dire de la différence dans le genre, n'exprime pas autre chose. Geoffroy démôle les titres d'une unité mal connue avant lui ; en d'autres termes, il étend Tidée de genre appliquée à Forganisation : aussitôt, dans l'ivresse de la découverte, il veut que le genre soit tout, ou du moins il retranche à la dillerence tout ce qu'il peut y retrancher, il s'efforce de tout expliquer par le genre, et ne pouvant cependant nier l'espèce, il prend le parti de l'exclure de la science dont il s'occupe et d'en rapporter la production accidentelle à l'état des forces physiques ambiantes, desquelles triomphe plus ou moins la virtualité vitale inhérente à toute organisation. Lors de la discussion qui s'éleva entre Geoffroy et Cuvier sur les questions de méthode, celui-ci put aisément prendre le contre-pied, et soutenir qu'il n'y a d'essentiel dans la nature que les différences spécifiques, au lieu que le genre ou les ressemblances sont des accidents dus à la similitude du but assigné à plu^sieurs es[)èces. : [1 est

bien entendu que je prends ici le mot genre en un sens moins restreint qu'on ne le fait pour les classifications, où l'on est obligé d'en subdiviser l'idée].

Un philosophe, à la place de Cuvier, n'eût pas manqué de soutenir que les individus seuls existent, et que non seulement les genres, mais les espèces mômes sont de pures abstractions destinées à représenter des caractères communs. Mais Cuvier, en vrai naturaliste, devait maintenir l'espèce, dont la réalité est établie par la loi de la génération : il fit plus, il maintint en quelque manière le genre, puisqu'il le fonda sur l'existence d'une harmonie entre les organes des êtres, leurs fonctions et les fins qui leur sont proposées. Un philosophe, à la place de Geoffroy, eût à son tour nié rindividu, l'espèce, enfin le genre organique tout entier, pour tout envelopper dans un {jenns gcneralissimitm de l'ôtre , et par là aboutir au panthéisme. Geolfroy n'entendait pas sacrifier ainsi Yunitc de composition à cette môme logique en vertu de laquelle il la posait, et. quoique très hostile aux causes finales de Cuvier, il aimait à se représenter un Dieu créant la nature vivante sur un modèle unique dont les actions de la nature brute étaient appelées à varier les types. Il ne serait donc pas tout à fait exact de comparer cette discussion académique à

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