LK DARWINISME
fussent retenus dsns l'erreur par un respect mal entendu de la tradition. Mais dès ce moment, et depuis lors, la même hypothèse a repris faveur, comme s'adaptant le mieux aux principes généraux de la doctrine de l'évolution, auprès de ceux qui la repoussaient le plus énergiquement, et qui ne s'aperçoivent pas que leurs nouvelles opinions les ramènent, avec Dieu et la création en moins seulement, aux mômes idées qui leur déplaisaient sous l'ancienne forme, et dont le déterminisme et le pantliéisnie sont les dénominations usuelles.
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Ainsi que d'autres découvertes illustres, l'idée de Charles Darwin de transporter à l'histoire naturelle la loi de population de Malthus, est une idée de génie qui i)araît toute simple et naturelle après que quelqu'un y a songé. Elle est plus évidente, sur ce terrain commun de la distribution de la vie à la surface du glohe, (|ue sur celui de la propagation de l'espèce humaine et de l'économie sociale, où cependant elle ne peut guère être contestée. Les grandes ressources d'esprit de l'éminent naturaliste ont été bien moins employées à mettre hois de doute la loi de la lulte pour Vexistence^ et ra})plication de cette loi à l'action combinée de Vadaptation et de Vhérédllé, pour conclure à une sélection naturelle exercée
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entre les races des êtres vivants, bien moins, dis-je, qu'à essayer de t)rouver qu'il serait possible d'expliquer, au moyen d'une suite de telles sélections, opérant depuis l'origine de la vie, la formation des espèces, et de tracer la ligne des variations supposées, par où elles sont parvenues, dans les deux règnes, à l'état de distribution où nous les voyons sur la terre.
Que Darwin ait développé son idée-mère, l'idée de la sélection elfectuée par les seules voies de la nature (1). en se servant de ces deux lois physiologiques reconnues, hérédité et variation par adaptation, dont, avant lui , Lamarck avait déjà étendu les elfets à Textrénie, c'était son droit de naturaliste: mais il n'en faut pas juger de même des hypothèses d'ordre philosophique qu'il a introduites dans sa théorie. La l)lus importante est celle qui porte sur l'origine des formes de la vie. Darwin, comme Lamarck, concevant une manière dont des espèces diverses peu-
[l] Ou a critiqué à tort loinploi do co mot sélection, qui implique, disait-on, un choix, c'est-à-dire quelque chose d'étranj^er à une loi uaturelie quelle qu'elle puisse être. On ne voulait pas voir qu'il ne s'agit là ({ue d'une comparaison, faite au point de vue de la conservation ou destruclion des produits de la génération, et des résultats de cette opération fatale ; et la conq:)araison entre l'o'uvre de la nature et r(euvre de l'éleveur, à ce point de vue, est fort juste. Ce n'est que s'il s'a-^issait du progrès des espèces et de leur amèlioi'ation générale à atteindre par la voie des sélections, (prune idée de Jinalité interviendrait. Darwin a admis lexistence de ce progrès, nuiis seulement comme fait naturel, inintentionnel.
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venl descendre d'une même espèce antérieure, a tiré de cette pensée cette iriférence extraordinaire, que les espèces ont foutes procédé généalogiquement les unes des autres, et qu'elles remontent, comme origine commune, non pas à une pluralité analogue au spectacle présent de la vie, mais à un très petit nombre de formes, à vne seule peul-étre. L'indication de ce peitt-êlre était une réserve destinée cà s'altaiblir à mesure que devaient aller croissant le crédit de la doctrine de « la descendance » et Finlluence des « idées monistiques « des disciples allemands de Darwin. Les adversaires objectaient que tout ce que l'observation et l'expérience peuvent nous olîrir d'exemples de variations dans les espèces ne forme qu'une base insullisante pour supporter l'hypothèse extra -scientifique de leurs transformations sans limites.
Une seconde hypothèse est celle de la continuité des changements, qu'on suppose ne revêtir le caractère spécifique qu'après avoir traversé une suite de degrés de variation très rapprochés. C'est là proprement le transfnr}nisme^ tel qu'il se présente en histoire naturelle, c'est-à-dire la confusion, l'absorption de l'espèce dans le devenir indéfini de la forme (1). Comme il existe des caractères réellement
(1) Il existe une autre sorte de trcmsformisme pour les spéculations de physique générale ; c'est celle dont les Premiers principes de IL Spencer offrent le plus parfait modèle. Elle consiste à représenter les diilerentes classes de phénomènes comme les produits de forces qui ne sont toutes ipio des transformations de la Force,