‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 118 sur 199 · REDUIT A SA PLUS SIMPLE EXPRESSION · texte numérisé non relu

REDUIT A SA PLUS SIMPLE EXPRESSION

s'éliminent. La- seule généralisation que permette l'application du principe nouveau de la survivance des plus aptes aux principes anciens de l'adaptation et de riiérédité, c'est que, partout et toujours, quelles qu'elles soient et d'où qu'elles dérivent, ces espèces durent et régnent (^ue les variations individuelles, de génération en génération, ne rendent ni plus aptes ni moins aptes à lutter, dans les milieux qu'elles traversent, contre les autres espèces qui sont en concurrence vitale avcc elles. Celles-là se forment, se transforment ou périssent, pour lesquelles ces variations et les changements extéiieurs créent des conditions décidément favorables ou défavorables de survie. L'utilité pour la lutte est le critère unique des variations ca2)ables de se conserver ou de se prolonger dans un même sens. Je n'ai point à entrer dans l'examen des raisons bonnes ou mauvaises qu'on peut alléguer pour rendre compte de la distribution actuelle des espèces dans ce système. Reste seulement la question profondément philosophique de la cause des variations individuelles. Rapporter exclusivement et d'une manière vague les plus élémentaires de ces variations à des agents physiques, à Faction des milieux, c'est ce que Darwin devait faire, conformément aux tendances communes des savants; mais remarquons que les dilférences, considérées séparément, n'avaient pour lui aucune importance ; leurs accumulations dans une direction constante intéressaient seules sa théorie; et comme, en

U: DAUWIMSME

ce cas, l'effet des sélections naturelles intervenait, les conditions pliysi-iues cessaient de renfermer les causes véritables de la production des espèces. « Les passages d'nu de ces V.tats de dilférence à un autre peuvent dans certains cas être le simple résultat de l'action prolongée de diverses actions physi.iues;mais le plus souvent c'est à Yaction graduelle et accmuulalrice de la séleclion ruUurelle sur la variabUUe floUanle ciu'ils doivc.it être attribués. On peut doue consi,lérer une variété bien prononcée comme une espèce naissante (1). » Darvvin semble s'être prononce d'une manière plus forte contre la doctrine de 1 influence des milieux sur la formation des espèces, dans la première édition de son ouvrage capital (2) . „ La transition d'un degré de dilïérence à un antre plus élevé peut être attribuée simplement, en quelques cas, à l'aclion longtemps continuée des conditions physiques eu deux dillerentes régions; .uns je nai pas une urande mapance en l'aclion de tels agents ; et j'attribue plutôt les modilications successives d'une variété qui i-asse d'un état très peu diiïérent de celui de Tespèce-mére à une forme qui en diiïere davantage, à l'élection naturelle agissant -le manière à accumuler dans une direction donnée des dilïércnces d'organisation pres.iue insensibles. » On

a, WOn.ine .les .s.ec.s. p. r.U do la U-aductiou M,>u- Iriio fiitc sur les .")« ut & éditions anglaises (l»/.i).

Sïala^e parallèle au précèdont. dans la 1^= trad. fran,. (due à M"" lloyer en 180:i), p. 79.

UÉDUir A .SA PLUS SIMPLE i;Xl>HESSIOX. 75

voit que le véritable esprit de la conception originale de Darwin consiste à regarder les variations" premières comme de simples faits, des accidents de variahililê fUdlanle (expression curieu.so), à quelque cause qu'ils soient dus. La tliéorie est indépendante de ce qu'on peut penser de cette cause. Et certainement cela n'en diminue pas l'intérêt.

Ce .sont deux questions très diverses, d'autant plus qu'on les soumettrait à une méthode expérimentale plus sévère, de savoir si l'espèce peut varier, et dans quelles limites, sous l'action des agents physiques, principalement exercée sur Fœuf ou l'embryon : et de savoir si l'espèce peut être amenée à changer à l'aide de sélections artlûcielles longtemps prolongées. La première de ces questions a été admirablement formulée par Claude Lernard,(iui u'en a pas regardé l'exploration comme au-dessus des ressources de l'analyse chimique et physiologique (I). La seconde, a la.iuelle est suspendue, après tout, la véritication de l'hypothèse de Darwin, semble inabordable, à moins d'une longue association de travaux et d'une organisation de l'atelier scientifique que nous ne sommes pas près d'atteindre.

(1) Rapport sur les progrès et la marche de laphysiologie générale en France, p. 109-114.

ClUriQT'E KI'.S nOCTIUNKS

CUITIOI li 1«K> noCTlilNKS W. COSMOCO.MF, MORALE.

J'ai rapidement parcouru les indications que la science s-ellorce de fournir, au sujet de l'orioine du monde solaire, de l'origine et de la na- [ure de la vie et des espèces, de la fixité ou des variations de celles-ci, et de la loi de leur développement. Il est clair que fliypothèse et 1 induction la plus libre, la part des possibilités et des doutes grandissent sans mesure lorsque 1 on passe des sciences mathématiques et expérimentales aux sciences descriptives et historiques, et des objets abstraits, ou éloignés de l'homme, a ceux qui l'approchent, qui le touchent, et tiennent engagés ses intérêts les plus chers. Dans les hauteurs où le savoir n'arrive pas encore (,uoi .[uon en dise, mais seulement la croyance appuyée sur des inductions diversement probables, le savant est malgré lui un philosophe, et le philosophe est tenu d'être un savant : deux conditions qui ne sont pas remplies d une manière satisfaisante, parce que ^philosophie n est pas encore assez, devenue la cntique, et que la critique elle-même ne trouve pas réunies des matériaux sûrs ou suffisants pour diminuer autant qu'il le faudrait l'intervention du sentiment individuel et des préventions dans ce qu elle

OOS.MOGONIQUKS MOHALES. 77

voudrait recommander de croyances. J'ai cependant essayé de dégager un principe supérieur aux faits, c'est-à-dire conforme à tous les faits possibles, le principe de spécificité, souvent méconnu, et qui me paraît devoir rester primordial à quelque degré que s'élèvent nos connaissances réelles. De ce seul principe, s'il est admis, résulte une suffisante réfutation des doctrines d'évolution universelle qui font descendre le monde de l'unité et de l'identité, comme s'il nous était possible de rien déterminer pour notre esprit ' sans définir et spécifier.

Pour le surplus de ce qui concerne la vie en général et son histoire, nous restons, si je ne me trompe , enfoncés dans un amas de desiderata des sciences, éclairci de loin en loin par des échappées de lumière. Nous remplaçons la vérité absente par trois ou quatre grandes hypothèses (grandes, bien étroites pourtant et obscures au point de vue des origines), lesquelles attendent le jour du contrôle et se Jlattent d'être vérifiées. Nous avons, enfin, et c'est la part la plus précieuse, une collection de faits considérables à demi élucidés et de notions théoriques à l'état de formation, où chaque penseur est libre de puiser l'aliment de sa croyance et les moyens de la corriger ou de l'agrandir. Car tout ce qui circule aujourd'hui de doctrines, sur les lois du développement de la vie dans l'univers, a, n'en dé-

DOGTRINKS RELIGIF.USES

SUR LE MAL PHYSIQUE

plaise aux naturalistes aventureux, beaucoup plus d'intérêt pour l'élaboration ou la satisfaction telle quelle de la toi et de l'espérance humaines que pour une méthode vraiment scientifique de traiter des problèmes de science.

La considération de notre ignorance et du caractère de foi attaché aux hypothèses qu'on estime les plus scientifiques, parce qu'elles sont les plus bornées à la matière, est bien faite pour ' nous encourager à des inductions d'une autre nature, fondées cette fois sur les postulats moraux et sur la notion du bien et du mal, caractéristique de rhumanité. Voyons d'abord ce que l'histoire des idées a à nous olfrir en fait de théories 'mystiques et de cosmogonie ynorale.

C'est un grand changement du théâtre des idées, que le passage de ces doctrines des modernes, tellement rationalistes que la raison en a, tant qu'elle a pu, banni tout sentiment, à celles ([ue la haute antiquité conçut, de son impulsion morale la plus vive. Les plus anciens elïorts connus de l'imagiiiation unie au sens moral, pour expliijuer le monde, témoignent de la robuste et violente jeunesse de l'esprit, et, de plus, de la lassitude de l'âme et des tristesses profondes inspirées par les désordres de l'homme et les misères de l'état social. Aussi, les systèmes nés de ces efforts ont conservé un intérêt plus qu'his-

torique. Ils ont eu d'ailleurs à toutes les époques et ils ont encore des partisans ou des imitateurs. Les problèmes qu'ils soulèvent n'ont pas cessé d'exister : ni la théorie de la nébuleuse ni la théorie de la variabilité des espèces ne les suppriment. Je me bornerai cependant à rappeler ici brièvement les doctrines religieuses, ou touchant de près à la religion, parce que la suite de mes études les ramènera dans une autre place et plus en lumière. J'insisterai davantage sur les tentatives philosophiques pour foxplication du mal dans le monde, leur critique n'étant pas inutile à l'éclaircissement des principes qui me guideront dans toute l'analyse des idées et croyances à travers l'histoire.

Une des doctrines qui ont le plus et le plus longtemps régné sur les esprits, touchant l'origine du monde et Torigine du mal, est celle qui identifie ces deux origines. Diverse dans ses formes, elle a souvent abouti à la thèse mal dissimulée que le mal est la vie même, ou, comme on disait plutôt, la matière, en renfermant sous ce nom le principe d'individuation de l'existence et, au fond, Texislence môme. Les dogmes de religion ou de philosophie courantes couvrent cette pensée de symboles, ou n'en font connaître que le chemin et en évitent la vue directe. Mais assurément le système de l'émanation y conduit. On s'y représente le bien, avec ]a perfection divine,

mKmmmfmmmm^mmmmri^ÊimM^ses.

Page 1