DOCTRINES RELIGIEUSES
d'exister si nous cessions de nous attaclier à quelque chose et de désirer de vivre. Du désir au vouloir il n'y a qu'un pas, ou plutôt les termes sont identiques au point de vue de cette philosopliie. Lorsque, avec Schopenliauer, ou préfère parler de la Volonté de vivre ^ on embrasse moins bien l'ensemble des phénomènes passionnels de la nature, mais on marque mieux l'intervention du libre arbitre dans la délivrance, sauf à n'expliquer pas aisément la réalité de cette liberté et, dans le fait, à professer le plus parfait déterminisme.
Quoi qu'il en soit, la Volonté est chez Schopenhauer le nom du Désir des bouddhistes. Il nomme volonté Tessence de toute chose. La matière en est Tincarnation, encore bien qu'elle ne soit elle-même qu'une représentation. Toute force dans la nature n'est jamais ({u'une manière de volonté. La volonté d'exister a fait l'existence ; la volonté de ne pas exister peut la supprimer. 11 dépend ainsi de nous d'échapper à nos misères et de rentrer dans le repos. La partie morale de cette doctrine lient au môme principe : c'est la pitié pour les créatures et le renoncement à l'existence inséparable de la douleur. Quant à la partie psychologique, je ne m'étonne pas outre mesure d'une si grande place faite au principe dirigeant des représentations ; je suis môme porté à croire très sérieusement qu'il pourrait y
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avoir chez l'homme (juelque chose du pouvoir que lui accorde Schopenhauer. Mais il n'est pas admissible que la conscience, les perceptions et les passions se réduisent à l'essence du vouloir, ou s'y subordonnent en leur développement dans l'ensemble du monde. Ni le bouddhisme indien, ni le bouddhisme germanique n'accordenî à la raison, dans l'esprit humain, sa place légitime. La rnce indoue formula son système de croyances après sa séparation du sein de la famille aryenne, et les dernières conséquences d'une telle direction de l'esprit éclatèrent plus tard encore, après le développement des mythologies et du pnnthéisme brahmaniques. En tout temps , les familles chinoises montrèrent des dispositions d'une autre nature. Là, peu ou point de cosmogonie proprement dite; peu ou point de mythologie, mais une conception du monde déjà rationnelle, quoique éminemment morale. Ce grand peuple reçut à son origine une impression ineffaçable de deux choses : dans l'univers, l'ordre; dans la vie humaine, les vertus. L'enseignement de Koun-fou-tseu et de ses disciples fut le développement longtemps préparé d'une tendance native et qui ne cessa d'ôtre prépondérante dans la nation, malgré l'invasion tardive du bouddhisme et le progrès d'une doctrine analogue, la religion du Tao. Les Chinois attachés au culte des ancêtres et à une sorte de symbolisme spiritisle du
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GieL de la Terre, des éléments, se tinrent à l'écart de tout mysticisme et de la haute spéculation. Ils se représentèrent le monde et la vie sous la notion du Bien. Laissant de côté des fables de peu d'intérùt, sans système, et d'ailleurs médiocrement anciennes, on peut dire que ce fut là toute leur cosmogonie. Aucune autre n'est satisfaisante pour la raison pratique. Il est vrai que ce concept appelle aussi l'analyse. D'autres en auraient peut-être cherché les rapports avec les dilférents éléments de la connaissance, et se seraient elforcés de rendre un compte rationnel de l'existence corrélative du mal. Les Lettrés de la Chine ne Tout pas fait.
Avant la séparation des Arya-Hindous et des Iraniens, ceux-ci paraissent avoir déjà embrassé une doctrine opposée à celle qui, en germe dans l'esprit de leurs frères, devait régner plus tard dans les plaines de l'Inde. La fascination de l'unité entraînait les tribus destinées à s'avancer vers le Sud, et le temps allait venir où leur vaste mythologie se subordonnerait au système du panthéisme, de l'émanation et des métempsychoses. Au contraire, les tribus appelées à dominer un jour sur l'Asie occidentale et même un temps sur l'Egypte, et (jui menacèrent la Grèce, s'attachaient à ridée dualiste et la formulaient en rel'igion. Toutes les forces de la pensée et de la foi se tendaient chez eux sur le problème du mal.
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Ce fut, au moins à l'origine, une grande expansion d'énergie morale. Tandis que l'esprit panthéiste allait à faire du mal la forme de l'existence, un rêve fatal de l'être unique, le dualisme le cantonnait hardiment dans une sphère propre dès l'origine des choses, et toutefois inférieure. La loi religieuse était de le combattre à l'aide de toutes les vertus humaines et divines, pour finalement l'anéantir. Le but suprême était la vie bienheureuse, la vie consciente et non le nirvana. On la posait comme la volonté supérieure du Grand Être Intelligent, au premier instant, et comme la fin dernière et réelle de la création. Le principe de personnification externe du bien et du mal, des vertus et des vices, l'angélologie ou la démonologie, en un mot, tenaient une place excessive dans cette doctrine, qui d'ailleurs ne pouvait guère se produire autrement, avec les précédents mythologiques de la race aryenne. De là sans doute ses dangers, sa faiblesse et la cause immanente de sa dissolution. C'est aussi la raison qui rendit la religion mazdéenne et celles qui, dans la suite, s'en inspirèrent, les juifs et les chrétiens, plus aptes à dogmatiser sur le mal moral, exclusivement relatif à des personnes, tant naturelles que surnaturelles, qu'à fournir une conception cosmogonique générale. Aussi, je ne cito maintenant la doctrine dualiste que pour noter l'esprit qui la porta à se représenter le
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DOCTRINES IIELIGIEUSES
monde sous l'empire primitif et définitif du Rien, nonobstant l'invasion soudaine et durable, mais d'avance condamnée du Mal. et à faire de la lutte morale l'honneur et le devoir de la vie, par opposition à la sainteté torpide de Tascétisme indien. La même justice est à rendre aux religions de rÉgypte, que nous commençons aussi à mieux connaître. Malgré l'adoration des grandes forces ou substances naturelles personnifiées, et malgré la croyance à la transmigration des âmes, les Égyptiens ne formulèrent point un panthéisme qui anéantit l'individualité. Tout en identifiant, d'une part, la divinité avec la nature, mais divisée et personnifiée, de l'autre, la divinité avec l'homme, en l'état de salut de ce dernier, ils envisagèrent éminemment, dans le monde, l'ame, la personne, et, dans l'histoire du monde, l'ordre, la vie et le progrès des personnes, à travers des métamorphoses. Le dualisme et la lutte contre le mal furent à leurs yeux les principes de manifestation et de succession des formes, sans que l'existence leur parût jamais n'être dans son fond que l'illusion produite au sein d'une essence représentative unique. Le Mal s'était posé contre le Bien dans une primitive révolte et avait été vaincu. Il devait être vaincu encore à chacune de ses grandes apparitions, et il pouvait l'être individuellement par chaque Ame, à chaque épreuve, avec l'aide et l'exemple des dieux sauveurs dont
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l'imitation était le précepte religieux par excellence.
Ainsi, confondre le mal avec le bien, autant que la conscience le souffre, en regardant la vie unique et divine comme un jeu de formes instables et au fond illusoires, et chercher dans l'ascétisme, puis dans l'anéantissement de la pensée, un remède à ce mal inhérent à l'existence; ou bien, faire deux domaines séparés du bien et du mal, les attacher à des existences personnelles distinctes, mais alors sans expliquer la production de l'une et la tolérance ou la faiblesse de l'autre; détourner les yeux pou à peu du problème trop profond et trop général du mal physique, les reporter sur celui du mal moral, et tendre à n'opposer aux difficultés de la double question (jue les notions de liberté, d'épreuve et de punition, dans le monde entier comme dans l'homme, telles sont en résumé les doctrines de morale religieuse que nous olfrent l'Inde, la Perse, l'Egypte, enfin les Hébreux, et plus tard l'Europe chrétienne.
La Grèce n'a point eu de dogme arrêté. Le dualisme, provenu oi'iginairement chez elle du grand mythe des luttes atmosphériques , s'est développé sans doute chez ses poètes, s'est lié à des concepts cosmogoniques et a pris un sens moral ; mais on ne saurait dire qu'il soit sorti de là d'autre théorie du bien et du mal que celle (jui présente l'ordre actuel du monde comme du à la
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victoire des Dieux sur les puissances perturbatrices. Ni les règnes successifs d'Ouranos, de Cronos, et de Zeus. ni la damnation des Titans, ni la fable spirituelle de Pandora avec la doctrine des âges, ne montrent une préoccupation du problème du mal comparable à celle qui nous frappe en Orient et en Egypte; et même le beau mvthe de Prométheus. sous la forme que le génie hellénique lui a donnée, déplace les r(Mes et renverse les idées ordinaires sur les hommes et les dieux, en présentant le bienfaiteur du genre humain comme l'innocente victime de la jalousie du dieu qui tient l'empire. Ce qui distingue incontestablement les Grecs entre tous les peuples anciens, c'est l'idée vigoureuse qu'ils se sont formée de l'humanité, de son droit et de sa beauté, jusqu'à faire de Phomme Fégal du dieu par la conscience, et du dieu le semblable de l'homme par la passion et par les formes physiques, sans croire l'abaisser ; c'est ensuite la conception du monde sous l'aspect essentiel de l'harmonie et des lois. En ce dernier point, l'esprit de la Grèce rappelle l'esprit propre de la Chine, que j'ai déjà signalé , mais le surpasse en précision et en portée scientifique. A l'égard du premier, la Chine a toujours ignoré le droit; c'est la Grèce qui a, pour ainsi dire, fait don du droit et de la liberté à toutes les nations qui les ont connus. Or, il est résulté, de ce double caractère de l'hei-
lénisme, que nul peuple ne fut moins apte que les Grecs à formuler une doctrine générale du mal, à se pénétrer de ces sentiments tristes et profonds que d'autres ont éprouvés à l'aspect des misères de l'homme et de la nature, et sur les^ quels ils ont dogmatisé.
L'inaptitude dont je parle est toute relative à d'anciennes religions ({ui sont des produits spontanés de ITime. Mais la réflexion et la philosophie ne manquent pas d'amener chez quelques hommes, et pour le peuple lui-même, à la longue, des questions et des théories dont on ne sentait pas le besoin à l'origine. En ce sens, la Grèce a spéculé, on le sait, plus qu'aucune autre nation, et non seulement la spéculation lui a rendu le problème du mal dans sa profondeur, mais encore ses philosophes ont été plus d'une fois conduits à donner de ce problème des solutions analogues à celles des religions de l'Orient. Je ne rappelle pas ici le système des métempsychoses, auquel on pourrait supposer une origine étrangère ; mais il ne faut qu'une médiocre habitude des rapprochements historiques et métaphysiques pour retrouver dans les dogmes obscurs et tristes d'Heraclite, dans ceux d'Empédocle, dans l'école d'I^lée, plus tard chez les néoplatoniciens qui fondèrent presque une religion , la pensée fondamentale du bi*ahmanisme et jusqu'à ses tendances bouddhiques. Au reste, cette pensée
DOCTIUNES PHILOSOPHIQUES
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ne fut pas moins sensible, après bien des siècles, dans le spinosisme, et même dans le système de Hegel, malgré le renouvellement des formes et des méthodes et le déguisement plus ou moins involontaire des conséquences morales des doctrines métaphysiques.
Laissons maintenant les explications religieuses de la présence du mal dans le monde , et celles aussi qui y font retour de la philosophie par le mysticisme. Consultons les philosophes les plus remarquables par le rationalisme de la méthode, en Grèce d'abord, et voyons quelles lumières ils nous apportent.
Le sujet n'est pas si a])ondant qu'il le paraît. Du moins il faut le plus souvent se contenter d'indications et de tendances. Les plus nettes sont celles des pythagoriciens, école d'esprit très hellénique, bien qu'elle ait orieutalisé en certaines choses. Ils considéraient le monde comme un ordre en voie de formation, un progrès vers le bien. La limite et le nombre étaient à leurs yeux les caractères de cette perfection fniie^ qui réside dans Fharmonie. Quant à Yinfhii ils l'assimilaient au mal, ainsi que nous l'apprend Aristote qui les loue. C'était dire que le mal occupe la sphère de tout ce qui est indistinct, chaoti<|ue, sans bornes, sans pondération, sans définition et sans règles (termes équivalents ), au lieu que le bien se réalise
partout où s'établit un ordre. Le problème cosmogonique était donc résolu par la thèse d'un progrès cosmique. L'origine des choses devait être placée, non dans la perfection ou le Bien, comme elle l'a été par la plupart des écoles morales, mais plutôt dans le mal, c'est-à-dire dans rimperfection, croissante avec la série régressive des âges. Ce dernier dogme est rapporté formellement aux pythagoriciens par les autorités anciennes les plus sérieuses , et nous montre à quelle anti(iuité peuvent remonter des opinions que nous croyons (juelquefois nouvelles. Au reste, leur thèse du progrès universel est toute spéculative, entièrement dénuée de preuves rationnelles. Leurs définitions du bien et du mal sont beaucoup plus remarquables, et les théologiens ou philosophes infinitistes gagneraient à les méditer. Je trouve seulement que le rôle et la nature du mal physique, dans le monde, n'y ressortent que sous un jour un peu aliaibli. Mais que nous diront de mieux les autres écoles?
Aristote et Platon, Platon malgré sa sympathie déclarée pour les idées de l'Orient, (ju'il ne connaissait pas encore assez pour en craindre l'invasion, conçoivent le monde et l'humanité sous la notion directrice du Bien. Ils ne condamnent point les passions et n'ont pas le moindre penchant à l'extase. L'exemple de Socrate leur mai-
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tre les dispose à donner à leurs travaux une forme analytique, souvent mùme toute psychologique, plutôt qu'à construire des systèmes rigoureusement arrêtés. Quand ils cèdent à la tentation de dogmatiser, ils font du r>ien le principe cosmique, cause génératrice des idées qui déterminent toutes choses (Platon), ou cause finale des actes dans la nature et dans l'homme (Aristote). Ni l'un ni l'autre n'a eu de théorie du mal en général. Mais c'est visiblement sur ce point que le sentiment de problèmes restés sans solution portait Platon à rorientalisme. La preuve nous en est restée dans ces mythes demi-sérieux, demi-poétiques, mélanges si bien réussis d'inclination à croire et de liberté d'esprit, qui tranchent diine manière charmante sur la dialectique serrée des dialogues.
Avec les stoïciens nous vient une doctrine plus vaste et plus développée. Il n'y a rien à dire ici de la cosmogonie épicurienne, si ce n'est qu'elle donnait tout au hasard et rapportait l'ordre du monde à des rencontres fortuites. Le mal, dans ce système, était l'ennemi dont il fallait chercher à se garantir par la prudence en toutes choses, par la tempérance dans le plaisir, mais dont on n'avait point à demander la raison, car on devait plutôt s'étonner de ce que ce mal n'était pas plus grand, ou de ce que quelque chose de bon pouvait être sorti du jeu des atomes. On
invoquait l'infini du hasard et du temps pour lever cet étonnement naturel. Le stoïcisme, au contraire, se fit une juste idée de l'importance de la donnée des lois dans l'univers. Il les accepta et les résuma toutes dans un ordre souverain qu'il appela la Dwine Providence. Il n'attribua pas pour cela le gouvernement général du monde à une personne, mais se le représenta plutôt sous la notion d'une loi universelle, enchaînant tous les phénomènes par une nécessité rigoureuse. Seulement, la loi était confondue avec la réalité vivante, dans laquelle on distinguait, par une sorte d'abstraction, on dirait presiiuepour le discours, une masse ou matière animée, et une force, un esprit, un feu viviflcateur. Quand le stoïcisme entreprend de scruter l'origine des choses, c'est pour n'aller guère au delà du grand fait de la nature, interprété dans l'esprit panthéiste, puisqu'il ne saurait accorder une existence distincte à ce Lorjos séminal en qui germent et se développent, suivant lui. les semences et idées de toutes choses et les raisons de leurs rapports. Il divinise donc la nature. Sans se décourager à la vue des ombres ou des misères ({u'il voudrait bien nier, ou se cuirassant pour y être insensible, il fait à l'homme, au sage, qui seul est vraiment digne du nom d'homme , un devoir de conformer son intention et sa vie à cet ordre des choses, la Raison môme, et de se tendre d'un
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ferme effort pour s'élever à la liberté en s'identifiant avec la loi souveraine.
Nous retrouverons ailleurs la morale des stoïciens, la religion des stoïciens, car c'en fut réellement une à un certain moment de l'iiistoire. Quant à la question qui nous occupe, on voit que leur cosniothéorie ne l'élucide point. Nier le mal n'est pas l'expliciuer. Mais nous devons être frappés de Ténergie que met cette doctrine à consacrer la réalité et la noblesse du monde des phénomènes, condamné ou avili par d'autres religions et d'autres philosopliies.
Les philosophes modernes, plus que les anciens, se sont posé le problème du mal sous une forme nette et singulièrement osée. Il s'agissait pour eux d'en justilier l'origine. C'est que la philosophie subissait rinlluence d'une doctrine théologique nouvelle, rattachée aux Écritures des Hébreux. Au-dessus de la nature, on assignait l'auteur unique de la nature, et celui-ci dès lors était moralement responsable de son œuvre devant l'homme, qui lui en demandait compte au nom des lois de justice et de bonté communes à l'un et à l'autre. Lorsiiue le Grec Anaxagore imaginait ce qu'il nommait le Xoûs, Tlntelligence, soumettant le chaos d'une matière éternelle à l'ordre d'un mouvement réglé, ou lorsque l'écrivain hébreu de la Genèse plaçait au commencement le
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Souflle de Dieu à la surface des eaux, on pouvait comprendre que les existences indépendantes informes eussent opposé une i-ésistance, apporté une limite nécessaire au travail divin. Quand le peuple juif vint à n'admettre aucune limite naturelle à l'acte créateur, non plus (ju'au gouvernement de Dieu, et ce fut sans doute très anciennement, il s'expliqua le mol physique par le mal moral : il eut cette ressource de chercher la raison des maux qui aftligeaient la nation ou les personnes, dans la juste punition des fautes qu'elles commettaient. Le poème de Job nous a transmis les discussions et les doutes poignants que devait amener cette manière de voir, en même temps (ju'une preuve de la foi ardente qui animait ce peuple extraordinaire. Plus tard le dogme formel de l'immortalité put se joindre à la notion de l'épreuve et apporter un secours bien utile à la théorie du mal. Mais ce dogme n'expliquait pas suffisamment qu'il eût pu convenir à la bonté suprême et à la puissance sans bornes de créer un monde où tout ne fût pas bien. Le mal moral et certains maux physiques, qu'on y voit manifestement liés, trouvaient leur raison d'être dans hi liberté : encore fallait-il que la théologie accordât à la liberté de l'homme cette réalité, limitative de Dieu, qui parait avoir été de tout temps un épouvantait pour la piété. Mais était-il possible d'attribuer le mal physique en
toute sa généralUé, c'e^t-à-dire les i«^<'^^^ sensibles du mo,ule. mieux ^ue -= 1 , » ^ « même roidi-e mécauuiue, cause Je tant il ace rr'<.ésa.treu.. lo,.l,e l'M-^io.osK^.e lom^ sur la "uen-e el la Jesl.uction mutuelle des espe "lîm-sasecvimiue. nue. les personnes au.
valent fait autrefois de leur Liberté?
Aborder ainsi le problème, c eut ete s enga^ei <,at, ta plus impénétrable obscurité des or.sjne p , l tout m conducteur, en 1-absence c u, e donnée ,iuelcon,,ue tant soit peu posit ve, ,1 es certain < ue ceux qui ont pris ce chemu, on du a r V r apidement à rbypothèse de fémanal.on ê 7e t ansmigrations, d'où il est facile ensuMe , ne it l.rofond et passionné daller us„u au
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Dan cette extrémité cruelle, la doctrine reh-
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C'était demeurer spéculativement au-dessous des anciens dogmes de l'Orient; mais la pratique en profitait, car il en résultait une barrière au mysticisme et à l'ascétisme, déjà si envahissants.
La philosophie, elle, appliquant une vue rationnelle à l'idée de la création absolue, crut pouvoir avancer une justification directe du mal physique. Elle se servit pour cela de la notion de Hmi' talion, non plus dans le sens de l'introduction d'une limite an sein de l'Un et de l'Absolu (comme l'entendaient les néoplatoniciens), mais en se fondant sur le caractère qui doit distinguer de l'auteur parfait l'œuvre nécessairement imparfîiite. dès (jue celle-ci n'est point une reproduction identique de celui-là. Le mal se présentait alors comme une simple pyHration ^ sans laquelle la créature n'eût en rien dilîeré de la perfection du créateur. Depuis Platon, à qui Ton veut quelquefois remonter, parce qu'il définit la matière un pi'incipe naturel de non-être, propre à introduire des limites dans les Idées divines Aonihx partiel pafion. ainsi bornée, constitue les difl"érents êtres ; mais surtout depuis Augustin, qui abandonna un jour le manichéisme pour ne plus reconnaître dans le mal en général que des bornes et môme, en partie, des conditions du bien, cette doctrine a régné, on peut dire qu'elle règne encore, sur les rangs les plus divers de la pensée.