LES DERNIÈRES TENTATIVES EN THÉODICÉE
ces miUières (|ue l'insondable volonté suprême. Du moins ainsi la raison demeure sauve ; l'esprit ne s'épuise pas sans fruit, et la moralité ne s'énerve pas à vouloir concilier des inconciliables. Surtout, comme le dit Kant, le croyant de Dieu ne ment pas à Dieu : il ne feint pas de voir sa justice éclater dans l'ordre sensiblement injuste des phénomènes {Sur la vanité de toutes les tentatives philosophiques en Uiéodicée).
Ce reproche d'hypocrisie, que ne mérite point le criticisme. et que n'encourt plus guère uiie doctrine catholique abaissée, remplaçant par des adorations mythologiiiues ses anciens efforts pour l'explication de l'œuvre de Dieu, ils ne le méritaient pas non plus, en leur temps, les Hobbes ou les Pascal, quand ils substituaient durement à la justice la force ou la volonté; mais il ne doit pas être épargné aux successeurs de Kant, auteurs d'une espèce d'optimisme moins naturel et moins intelligible que l'ancien, où la loi histori(iae prend la place de Dieu, la fatalité celle de la justice et de la bonté, et où l'injustice des faits, plus criante que jamais, se marque par le sacrifice entier et constant de l'individu à la loi. La Philosophie de l'idée, la Philosophie de la nature et la Philosophie de l'histoire de Hegel ne sont au fond qu'une reproduction du panthéisme réaliste des théologiens, mutatis mutandis, avec un parti pris plus déclaré de trouver
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que tout est ])ien, sans liberté réelle dans le monde, (lue tout est nécessaire, et tout compréhensible et clair; et avec un degré d'inanité de plus dans le système, à cause de l'abandon plus complet du principe de la personnalité divine.
Delà est descendue cette sopliisti({ue, si répandue maintenant, qui nous répète à satiété et partout que le bien et le mal sont des moments corrélatifs d'un même développement; que le fait, quand il est général, est ce qui justifie; que le progrès change le bien en mal et se fonde sur le mal, qui est un simple moment du bien ; que la fin, une fin universelle inconnue, hypothétique, chimérique, nulle en tout cas pour les individus, qui n'auront jamais rien à prétendre, projette une sanctihcation anticipée sur le passé et le présent ses moyens éternels et ses facteurs nécessaires. C'est donc encore un optimisme, mais abaissé, dégradé, n'échappant aux contradictions de l'ancien que dans la mesure où il rend son propre idéal plus court, plus pauvre ou plus obscur et ses aspirations plus conluses. Le ridicule ([ni l'atteignit sous sa première forme et contribua tant à le ruiner, le menace déjà sous la nouvelle, car Temphase doctrinale de ses adeptes, leur satisfaction béate, et les mécomptes que ne leur ménagent pas les événements les font paraître moins sérieux de jour en jour.
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Une école tout opposée à la prétendue école historique , puisque son fondateur procéda par une méthode que lui-même qualiliait tVccarl absolu, aurait jeté plus d'intérêt sur un sujet approchant de celui de l'ancienne théodicée, si elle avait plus soigneusement étudié el formulé les bases de ses croyances. Elle fut au moins mieux inspirée que sa rivale, lors(|ue, sans remonter à l'absolu de la cause, ou descendre à celui de la lin, elle donna ce double nom : Justice ei MatJtcmanques à un dieu réel et personnel, abordable pour rentendement; ({u'elle attribua le libre arbitre à l'homme, et cela si sérieusement ({ue les vues harmoniques de la Providence sur la société humaine en pussent ressentir des troubles profonds; et qu'elle se représenta les phénomènes de tous ordres comme savamment liés, balancés, équilibrés, dans tout ce qui est hors d'atteinte de la liberté, la nature comme une suite de périodes de croissance et de déclin, de mort et de renaissance, l'humanité, enfin, comme appelée alternativement et pour chacun de ses membres à se développer dans deux milieux et sous deux formes. Ce système, trop peu remarqué et maintenant oublié, expli(iue le mal moral par les déviations libres de la volonté, le mal physique, au moins en partie, par celles ({ue les destinées générales et particulières subissent en conséquence de l'exercice de ce libre arbitre, une harmonie se