LKS DEUNIKRES TEXTATrVKS EX THÉODICÉK
trouvant préordonnée entre les séries de créations, munie entre les lois physiques de chaque planète, à chaque principale époque, et l'état de justice et d'ordre où ses lial)itants ont su s'élever.
De telles vues sont assurément plus conformes que la doctrine du progrès indétlni fatal à tout ce que l'expérience et le sentiment de la moralité nous enseignent, l'une sur l'ordre matériel de la nature, et l'autre sur la responsabilité des agents libres. Mais on a reproché à leurs adhérents, et plus encore à leur auteur, d'avoir voulu soumettre la raison, la réllexion, par conséquent la liberté, tout en la reconnaissant, et d'avoir sacrifié jusqu'à la notion du devoir, aux impulsions de l'instinct et de la passion, en un mot à l'attraction considérée comme l'unique moteur de la destinée harmonique. C'était une erreur énorme, en elfet, (|ui tenait à une psychologie vicieuse et singulièrement iiicomplète (1), mais une erreur réparable, s'il est vrai qu'elle ne fût pas si liée qu'il le semblait d'abord au premier fondement de la conception.
On reproche aussi à Charles Fourier son utopie cosmique, les songes hardis et sans mesure qui lui ont fourni la révélation, non seulement du chiliasme humanitaire et de ses moindres propriétés et accessoires, mais même de l'ensemble
(1) Voyez dnn^ la Crit>que philosopJiique une étu<lo sur le fouriérisme, t. XXIII, p. 209, 241, 3-<>l et XXIV, p. 2S et :33.
LES DERNIÈRES TENTATIVES EN .THÉODICÉE. 1 î :}
des combinaisons numéri<jues de tous les phénomènes et fonctions du globe terrestre et de l'univers, phénomènes et fonctions partout produits et multipliés selon l'exacte proportion voulue par l'harmonie. Ce pythagorisme d'un genre fort original et ce millénarisme philosophique sont malheureusement entachés par la méconnaissance du pouvoir modérateur interne de la conscience, et de la direction raisonnée des actes moraux. Les hommes y sont pour ainsi dire pris à l'état angélique ou naturellement impeccable, innocents et même objectivement bons, enharmonie, à quelques déterminations que les puissent porter des passions spontanées et une imagination dénuée de règle. Sur ce point, on est frappé de ce qui semble l'éhilage d'une immoralité naïve. On le serait plus justement de l'oubli singulier des véritables conditions humaines et des plus simples données de la conscience empirique ; et toutefois la thèse de la liberté a conduit Charles Fourier et son école à des vues d'histoire primitive supérieures en intérêt et en profondeur aux dogmes fastueux et vains des écoles du progrès fatal. Ouant à l'harmonie préordonnée des phénomènes du monde à venir, à l'hypothèse des créations, adaptées, les unes aux périodes subversives, les autres à l'ère de l'humanité normale, et enlin.aux spéculations sur les deux vies individuelles, successives et alternantes, j'y vois
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des concepts de Tordre religieux, ou, si Ton veut, mystiques, analogues à bien d'autres qui ne passèrent jamais pour risiljles. L'habitude et l'autorité leur font seules défaut : l'habitude du public, l'autorité du prophète. Il est vrai que c'est beaucoup.
Au reste, ce système, quoique ne manquant pas ordinairement d'audace dans les problèmes, a l'avantage pratique de laisser de cùté la question la plus générale du mal, ou des sources premières du désordre dans le monde, indépendamment des actes humains (1). Il se rapproche à sa manière, en cela, des religions prudentes de l'Occident, qui, depuis le livre de Job jusqu'aux modernes sermonnaires, développent leurs thèses
sur le péché, hi punition ou l'épreuve, touchent parfois délicatement à celle de l'a chute des anges, puis s'échappent de la justice dans la volonté, et puis dans l'incompréhensibilité de Dieu, mais
(1) Sans (loule Cli. Foiirier n'a pu faire autrement que d'apercevoir la présence (riin éb'^mcnt p«'rturbatour <mî ^cnéral, et il lui a lait place jus(|uo en Jiarrnonic s^jus W. titre à^t:ji:ceiUio)i. Ceci ra}>i)elle la dcclinaisonde^ atomes, si célèbre chez Kpicure, et qui expliquait tant de choses sans être expliquée d'aucune. Mais, si (^h. Fourier avait tourné ses méditations à comparti' la vie efJier-aroni^'ïc Tiiture, (]ni était son véritable idéal, avec la vie ierraqiicc de notre <i^lobe, celle-ci, même harmonique, lui sbrail appai'ue comm^? une exception totale dans le bien. Alors le problème du mal se serait présenté à lui dans toute son étendue, si ce n'est encore dans sa sévérité.
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enliu évitent de s'enquérir de la cause de la perversion appanute de l'univers tout entier, ou de l'opposition entre les lois physiologiques et les lois de la conscience morale.
La revue que nous venons de passer des doctrines destinées à l'éclaircissement de cette suprême antinomie n'a paru nous conduire qu'à des conclusions négatives. Expliquons -les en montrant ce qu'elles contiennent pourtant d'affirmatif et de
solide.
Un certain optimisme reste toujours l'unique solution possible du problème général, à moins de trouver un moyen que la raison puisse accepter d'établir la dépendance du mal physique par rapport au mal moral, en admettant la personnalité de Dieu, la création, et un péché originel intelligible et clairement défini au point de vue de la niorale. Si cela ne se peut, alors, pour éviter la contradiction ou le ridicule, Ui justilication du monde doit se détourner de la cause première comme moralement inconnaissable, et se fonder sur l'hypothèse des lins, pour laquelle il est certain cpie l'homme qu'elles intéressent trouve des éléments déjuger dans sa raison, dans ses alt'ections et dans son expérience même. Or voici ce qu'on est admis à dire du problème du mal à ce
point de vue.
Nous partons de la supposition d'êtres relatif":^,
ÉLKMENTS CA'J KGOPJOT'FS
DE LA TllÉOIUe: DU MAL.
c'est-à-dire définis par des rapports et régis par des lois Or, relation est essentiellement détermination ; détermination implique limitation. Il faut donc que les êtres aient des limites. Nous rencontrons dès le dél)ut ce principe de la limite, que les tliéodicées prétendent déduire, et nous le posons simplement comme une condition nécessaire de la connaissance. C'est un premier élément du mal. mais insuffisant de soi, car c'est aussi un premier élément du bien : nul bien ne peut être conçu, nulle perfection ne peut être réalisée que dans un sujet déterminé, par consé- (juent défini, lini. limité. Le sophisme habituel des théologiens et des philosophes qui donnèrent cours ù hi théorie des degrés et être ou de i^erfcction fut de regarder l'agrandissement comme se rai)prochant d'une entière suppression de limites, et le rapetissement comme s'en éloignant. Mais une attention plus rigoureuse fait reconnaître que les limites qu'on écarte ne cessent pas pour cela d'exister, et qu'un cercle petit ou grand est toujours un cercle au même titre et au même degré. Le mal est donc tout autre chose que le fait de cette apposition de limites qui est également nécessaire pour de finir et caractériser le bien.
Le mal. rapporté à une conscience donnée, est le phénomène quelconque incompatible avec une fin (j[ue cette conscience se propose à t-lle-môme
ou croit devoir être proposée dans le monde. Si la fin et les moyens de cette lin dépendent ou ont dépendu des actes d'une conscience, si une conscience peut se les proposer comme des phénomènes essentiellement et primitivement propres à elle, le mal est appelé moral. Mais si la fin et les moyens, quoique soumis toujours au jugement de la conscience, dépendent essentiellement de phénomènes hors de son pouvoir, le mal est appelé physique. Seulement ce dernier genre a souvent son origine dans le premier, parce que les actes une fois accomplis ne sauraient se retirer et produisent une série indéfinie de conséquences dans la nature.
Gela posé, l'existence du mal physique, c'està-dire des phénomènes contraires à un ordre naturel (lue l'homme se proposerait pour fin, ou comme bien, exige pour être approfondie qu'on distingue entre les tins prochaines et les fins ultérieures des êtres. Les premières sont des moyens par rapport aux autres. Or les fins ultérieures sont inconnues, quand on tente de prolonger au loin la spéculation à leur égard. Des phéliomènes peuvent être incompatibles avec une
lin proposée et prochaine, et être indifférents, ou utiles, ou même nécessaires pour l'acquisition d'une fin plus éloignée. L'expérience en olfre mille preuves. Ainsi rien n'empêche de supposer que des faits contraires à la conservation actuelle
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