‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 126 sur 199 · KANT KT LA DOCTRINE DE L'ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

KANT KT LA DOCTRINE DE L'ÉVOLUTION

général du mot «, qu' « elle n'est pas précisément absurde comme cette generatio œqidvoca qui explique la production d'un être organisé par le mécanisme de la matière brute et inorgani(iue (1) ». Le mécanisme dont Katit envisage l'hypothèse comme possible n'est donc pas celui de Ha^ckel, et, tel qu'il soit, il y a plus, Kant en subordonne, comme on l'a vu, l'origine et, pour ainsi dire, le point d'attache inaccessible à un principe supérieur résidant dans le snhstraturn intelligible de la nature.

Au reste, il importe d'observer (jue Kant, en ré clamant l'existence d'un principe de finalité, au fondement de la nature, n'entend pas allirmer absoment que ce principe est un dessein, mais seulement (lue le jugement humain ne saurait l'envisager que comme un dessein. C'est cette dernière assertion

(l) Kant, Critique du jugement, p. 77 et uotc do la pw^c 113. — Il est remarquer encore, dans cette note, que, dc'^rhvpothèse même à la(iuell(î il se ris(ine, qu'il appcdle (( un coup hardi de la raison », et dont il assure ({u' u il y îi pou (le naturalistes, même parmi les plus savants, à qui elle n'ait quelquefois traversé l'esprit », de ctte hypothèse il ne pense, après tout, rien de plus ({ue ceci : ce qu'à en juger a priori, par la seule raison, elle n'a rien de contradictoire »; et il ajoute que u l'expérience n'en fournit aucun exenq)le » : qu'il n'y a pas d'exenqde de changement d'espèce, u si loin que i)uisse aller notre coiniaissance empirique de la nalur(^ ». Voilà une ditlicultê grave i)our une science expérimentale ; elle sufllt i^mv prouver que Darwin n'est pas, comme le p,rétend lïa'ckel, ce Newton de l'histoiie naturelle dont Kant a cru que la venue n'était point à espérer.

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que Hœckel avait à réfuter, s'il le pouvait, au lieu Je prétendre que Kant s'était montré « infidèle à sa propre manière de voir toucliant le principe de la descendance ».

Le passage est curieux, et, rapproché d'un autre, à peu de pages d'intervalle, il est de ceux qui montrent la position singulière que prenait Kant par rapport à la (question de la certitude. Après avoir déclaré qu'il est, de toute certitude, absurde d'espérer quelque nouveau Newton qui expliquerait par des principes purement mécani(jues les êtres organisés et leur possibilité intérieure : « mais en revanche, il y aurait, ajonte-t-il, bien de la présomption à juger que, quand même nous pourrions pénétrer jusqu'au principe de la nature dans la spécihcation des lois universelles que nous connaissons, nous ne pourrions trouver unpriyicipe de la possibilité des êtres organisés qni nous dispensât d'en rapporter la production à un dessein; car comment pouvons-nous savoir cela? — Les vraisemblances ne suflisent plus là où il s'agit de jugements de la raison pure. — Nous ne pouvons donc décider objectivement, soit d'une manière alïirmative, soit d'une manière négative, la question de savoir s'il y a un être agissant d'après des Jins, qui, comme cause (par conséquent comme auteur) du monde, serve de principe à ce que nous nommons avec raison des Jins de la nature. Tout ce qu'il y n de certain, c'est que si nous jugeons selon ce que notre propre nature nous

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permet d'apercevoir (conformément aux conditions et aux limites de notre propre raison), nous ne pouvons donner pour principe à la possibilité de ces nus de la nature qu'un être intelligent. Cela seul en elfet est conforme à la maxime de notre Jugement rélléchissant, par conséquent subjectif, mais nécessairement inhérent à l'espèce humaine (1). »

On peut trouver étrange que Kant déclare nécessairement hiliérent à notre espèce un jugement me par les philosophes matérialistes, de tout temps nombreux, qui, cei)endant, jugent tout aussi bien que d'autres, conformément aux conditions et aux Umiles de leur propre raison. Il ne lui est pas tellement inhérent à lui-même, ce jugement, qu il ne sache fort bien se dire que peut-être il le trouverait démenti s'il pouvait pénétrer jusqu'à la puissance première de l'organisation : car comment sauraU^U le contraire? Mais cela ne l'empêche pas de traiter de certainement aUardes les hypothèses et les espérances de rècole matérialiste ; il prend pour les combattre une attitude qu'on dirait dogmatiquement

dèistique : . i i- ' Vo i

. Hume objecte à ceuK qui se croient obliges d ad-

,nettre pour toutes ces lins de la nature un principe téléologique de jugement, c'est-à-dire un entendement arclitectouique , qu'on pourrait leur demander avec raison comment un tel entendement est possible, c'est-à-dire comment peuvent se timiver ainsi

(1) Kuut, Critique du jugement, t. II, !■>• ''•

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réunies dans nn (Hre les diverses facultés et propriétés qui constituent la possibilité d'un entendement capable aussi d'exécuter ce (ju'il a con<;u. Mais cette objection est sans valeur; car la dilliciilté de concevoir la première production d'une chose qui renferme des Uns en elle-même, et <iu on ne i)eut concevoir qu^iu moyen de ces lins, repose tout entière sur la (luestion de savoir (piel est dans une production le princii)e de l'unité de la liaison de ses éléments divers et extérieurs les uns aux autres... Il est absolument impossible ([)Our notre njson) delà résoudre, si nous ne nous représentons ce priuinpe des choses comme une substance simple; l'attribut de cette substance, sur lequel se fonde la qualité spécili^iue des formes de la nature, à savoir l'unité des lins, comme une intelligence; et, enlin, le rapport de ces formes à cette intelligence (à cause de la contingence (pie nous concevons en tout ce que nous -ne pouvons nous représenter autrement ({ue comme fins) comme un rapport de causalité (1). »

Unité, simplicité, substantialité , intelligence et pouvoir créateur, voilà donc ce que, la linalité une fois admise, il est inj[)ossible à notre raison de ne pas admettre dans le [u-incipe des clioses ; et, cette finalité, nous ne pouvons ne i)as la sup[)Oser dans notre jugement; et toutefois il y aurait de la présomption à assurer (pie, si nous pouvions pénétrer jusqu a ce principe des choses, nous y trouverions

(ly I(L, ihid., p. llô-IP*).

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cette linalité, un dessein présidant à la production des formes de la nature î Voilà ce que pense Kant. Cela semble des contradictions, mais cela sort des dernières profondeurs d'une métaphysi(pie dela(j[uelle sont nées, avec des titres sérieux, si ce n'est égaux, à se réclamer d'elle, les pliilosophies de Ficlite, de Schelling, de Hegel et de Schopenhauer ; d'une métaphysi(iue dont il ne serait pas malaisé, en remontant, de montrer les rajjports avec les doctrines iniinitistes et mystiques du moyen âge et de la Renaissance. L'auteur de la Critique de la raison pure et de la Critique de la raison pratique n'est-il pas l'inventeur, dans le premier même de ces ouvrages, d'une prétendue .solution des antino7nies de la raison^ suivant laquelle il y aurait au fondement du monde telle chose, un nournène, par rapport à (pioi l'espace et le temps n'étant que des p^hénornènes^ la question de savoir si le monde est Uni ou inlini, a ou n'a point commencé, est une question dénuée de sens ?

Ne cherchons pas des interprétations de cette vue hypertranscendante , qui ne man([ueraient pas de nous conduire à un monstre métapliysi(pie du genre de l'éternité tota siniitl de Boëce et de S. Thomas, ou de l'identité de (|uelque chose et de rien, dans l'Abîme de Jacob Boehme et dans le premier moment de l'Idée de Hegel, ou de la Volonté de Schopenhauer avant qu'elle se fit matière et phénomène; tâchons de nous représenter sous une forme réellement Intel-

li)} KANT El L.V DOCTRINE I)I«: î/ÉVOLUTlOX.

L J:V()LrTIOXlSME DE HEGEL

ligible le suhstraturii inlelUgihlc de la nature^ antérieur aux règnes actuels de la vie : rap[)elonsnous ce que le pliilosoi)he (jui nous l'onvoie à ce siihslratHin a pensé: !« de la nébuleuse comme origine de notre monde pliysi(iue, 2<^ de la vue naturaliste de la descendance des espèces d'une mère commune, 3o d'un premier état de l'Homme, où la nécessité des lois naturelles et les mobiles de la sensibilité n'avaient pas encore dévié la raison soumise au pur dictamen de son autonomie, 4o du péché radical, qui consiste en cette incompréhensible déviation, 50 enlin.de ce libre arbitre nouménal, intemporel, en dehors de la causalité absolue, maîtresse aujourd'hui de la nature, duquel Scliopenhauer a tiré son opinion de l'éternité des caractères individuels : rapprochons toutes ces thèses de Kant, sera-t-il bien téméraire d'imaginer que l'une des hypothèses <iui ont dû traverser son esprit, mais à laquelle un vieux pencliant de métapliysique abstruse a empêché qu'il ne s'arrêtât, est celle de l'existence ancienne, avant le cours actuel du temps, avant la terre, avant la nébuleuse peut-être, — et néanmoins dans le temps et dans l'espace encore, non dans le vide de la pensée, — d'une autre humanité et d'une autre nature dont le monde présent ne renferme plus que les restes après la refonte et la transformation des germes qu'il a laissés ?

Lévoliitionismc do Hegel et levolutionismc de II. Spencer.

C'est un vrai système d'évolution (jue le système de Hegel, en dépit des grandes 0[)positions de premier aspect, qu'il présente avec celui de H. Spencer, et qui ne prêtent que plus d'intérêt à la recherche des ressemblances entre des philosophies dont l'une a pour sujet-matière l'Idée, et voudrait, si possible, nier la Nature, et dont l'autre prétend tirer toute connaissance de l'expérience, et toutes les formes du réel, de La Force d'où procèdent les phénomènes du monde physique. Ces deux doctrines, que nous vovons se succéder dans la liante notoriété, — pour ne pas dire popularité, — dont chaque époque dispose en faveur d'un penseur préféré, donnent satisfaction à un même genre d'esprits, non seulement par les négations qui leur sont communes, mais encore sur des points de méthode où on ne songerait pas tout d'abord à les comparer: et la seconde ne laisse pas de contenter un certain public philosophique, en l'entretenant dans l'illusion où il est d'avoir délaissé la spéculation chiméri(iue et eml)rassé l'expérience et la science.

L'évolution hégéli^onne, ou évolution de l'Idée, est aussi Tévolulion du lléel, identifiue à l'idéel ; elle part d'un point initial où l'Idéo n*est pas plus une

rhoso (|u'une autre, mais bien lo ])ur indéterminé, le

LEVOÏA TIuXlSMIi J)K IIEllKL

Rien, et se développe par des déterminations dont chacune renferme la détermination contraire et veut lui être réunie en une synthèse. Après que la vie de ridée s'est ainsi manifestée par une suite de contradictions posées et absorbées. l'Idée passe de l'ordre logique à l'ordre de la nature, c'est-à-dire à Veœtériorllé. à quelque chose d'à la fois elle-même encore et d'autre (iu*elle-méme. Elle perd, dans cette aliénation, la régularité, la parfaite harmonie de ses déterminations, et échappe à toutes lois rigoureuses : mais, après avoir traversé cette phase dans laquelle l'Universel ne triomphe de llndividuel que par la mort, qui est une sorte de continuel suicide de la nature, elle brise l'enveloppe matérielle, et devient l'Esprit. Sous cette forme, elle prend conscience de soi et parcourt les moments d'une dernière évolution jusqu'au moment iinal où c'est le processus tout entier lui-même qui, dans l'homme libre et dans le philosophe, parvient à se poser, à se connaître, et réalise la science absolue, l'idée absolue, Dieu. Il manque à ce système dont il a plu à l'auteur, pour des raisons faciles à pénétrer, de ne point déilnir la lin en rapport exact et symétrique avec le commencement, il lui manque d'avoir ramené l'Idée jusqu'à l'identité d'où il la faisait partir, et jusqu'à l'indétermination et le non-étre qu'exigent la pureté et ra])solutisme de l'Universel. Mais si Hegel n'a pas conduit l'histoire de l'Idée jusqu'à cette conclusion bouddiiisto. au moins sus interprètes les ])lus rx^'in, ts de

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