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ne saurait se déterminer sans ouvrir la carrière des différenciations et de Vliétérogênéité croissante, — mais qui est apte à subir toutes les métamorphoses du transformisme physique et biologique, y compris celles qui répondent aux phénomènes de l'esprit.
Ainsi, des <leux côtés, une espèce de néaiit est l'origine des choses et les contient toutes en puissance. Partant de là, l'Idée de Hegel est l'ouvrier universel opérant sur lui-même comme objet et matière de lui-même. La Force de II. Spencer est l'ouvrier universel aussi; si la matière ne lui est pas logiquement identiciue elle est du moins inséparable de ses manifestations.
L'Idée de Hegel devient la nature en se séparant d'elle-même, — ainsi que le Moi de Fichte s'oppose à lui-même et s'objective, avec cette différence que ridée de Hegel est universelle tout d'abord, et ne devient conscience que dans une phase ultérieure, postérieure aux déterminations de la nature. — La Force de IL Spencer part de l'objectif, au contraire,et doit dès lors passer au subjectif : ordre de développement inverse, ({ui, vu le caractère abstrait de la notion ])remière en chacun des systèmes, et l'identité du résultat concret à ol)tenir, revient au même que l'autre par rapport à l'explication du monde réel. Suivant le système de H. Spencer, c'est l'esprit (la conscience, rintelligence) qui va se formant progressivement par Vadaplatioa (la suhjecllf à VoJ>Jcclif\ à mesure que les expériences accuuiulées de l'être
sensible et percevant se consolident et s'organisent en instincts et en connaissances.
Ce qui achève une sorte d'identilîcation de ces deux lignes de doctrine parallèles et de sens contraire, c'est que H. Spencer proteste en toute occasion, et spécialement à la lin de ses Premiers princix:)es^ de la neutralité de son système, au fond, entre le s^nritiialisnie et le malcrialis'ine. « La Matière, le Mouvement et la Force ne sont, dit-il, (|ue des symboles de la réalité inconnue... Jl faut se rappeler que la connexion entre Tordre phénoménal et l'ordre ontologique est à jamais inscrutable, et (^u'il en est de de même de la connexion entre les formes conditionnées et la forme inconditionnée de l'être. L'interprétation de tous les phénomènes en termes de Matière, Mouvement et Force n'est rien de plus que la réduction de nos symboles complexes de pensées à des symboles j^kis simples ; et quand l'équation est réduite à sa dernière ex[u'ession, les symboles restent toujours des symboles. Nos raisonnements ne favorisent donc ni l'une ni l'autre des hypothèses antagonistes sur la nature ultime des choses. Ils ne sont pas, dans ce (qu'ils impliquent, plus matérialistes (jue spiritualistes, ou ^dus spiritualistes que matérialistes. Tout argument fourni en apparence à l'une de ces hypothèses est neutralisé par un argument tout aussi l,on foui'ni.l Fautn'... Manifestement, la corrélation et l'érjuivalence établies entre les forces des mondes externe et interne peuvent servir à assimiler
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l'un de ces mondes à l'autre, selon que nous faisons valoir l'un ou l'autre terme... Quoique la relation d'objet et de sujet rende nécessaires pour nous ces conceptions antithéti(iues de l'Ksin-it et de la Matière, rune ne saurait plus que Vautre être regardée comme quelque chose de plus qu'un signe [as but a sign) de la Réalité inconnue qui les supporte
toutes deux. »
Ce sont les derniers mots de celui des livres de H. Spencer qui contient sa métaphysique; et ({uoiqu'on puisse objecter à ce philosophe la méthode toute matérialiste qu'il a suivie en ses Principes de psychologie, ouvrage dans lequel il suppose, dès l'origine des choses et partout, la force, en son aspect physique, antérieure à l'esprit, et ce dernier formé par une accommodation de l'interne à l'externe préexistant ; il ne reste pas moins que le premier principe et l'essence du monde, et le cours entier de révolution supposent et manifestent, de son propre aveu, quelque chose par rapport à quoi tout ce que nous pouvons sentir ou penser n'est ([ue signe ou symbole. Or, entre l'idée indéterminée que II. Spencer a de cette chose, — entre cela que Hegel appelle Vidée, et dont il se sert pour le même emploi de substance du monde et fond de la nature, — et le Xoumcne ou Chose en soi de Kant, il n'y a nulle dillërence qu'on puisse délinir, puisque c'est, d'une part, ou en soi, rindéhiii même, et. de l'autre part, ou en autrui, le fond de tout. 11 est donc clair que le substantialisme
met une certaine unité fondamentale entre deux svstèmes que l'on croirait d'abord si opposés^ dont le premier fait sortir la suite entière des phénomènes de ce qu'il désigne sous un nom qui nous rappelle (exclusivement l^s faits de personnalité et de conscience, l'autre exclusivement de ce que nous regardons comme extérieur à la conscience. C'est ce qui expli(pie (pie tous les systèmes issus de la métaphysique de Kant aient été panthéistes, y compris ceux de Fichte et de Schopenhauer, qui portaient cependant l'étiquette du moi et de la volonté, et que la critique de la raison pratique soit demeurée comme non avenue.
Cette unité, cette identité fondamentale a fait que deux doctrines d'évolution dont les procédés n'avaient rien de commun, — ici la dialectique réaliste, et là le transformisme physique, — ont revêtu le même caractère de portée morale : sacritice de Tindividuel à l'universel. Au néant initial fait pendant, pour toutes les deux, un néant iinal de la personnalité, de la conscience, de la volonté, enfin de l'esprit sous la seule forme où il nous soit connu et connaissable, la forme d'individualité. Pour Hegel, il n'y a que l'universel qui ait de la dignité et de la valeur; son dédain de la luiture qui, suivant lui, ne fait fonction (jue de produire le i)articulier, l'illogique et ran;irclii(pH;, n'a ])as d'autre cause; et (juand l'idée sons le nom d'Kspril, prend conscience d'elle-même, <'n son système, r'cst pour rentrer dans Tuniversel
l'évolutionisme de HSOEr.
et linir par l'absolu, où il n'y a plus de conscience possible. Pour H. Spencer qui envisage, au contraire, l'universel et la loi dans la nature, où s'opèrent les transformations progressives de la Force, l'iiunianitc, dans ses membres qui lui sont tons successivement sacriaés, puis dans son tout, et linalement, toute individualité possible, toute diiïérence s'engloutissent dans Vhirolution (ou dissohilinn) suite nécessaire et partie intégrante de révolution au plein sens du mot. C'est donc encore une absorption de toutes choses dans l'universel, quoique sous un autre point de
vue.
Maintenant, que ces systèmes soient tous deux déterministes et tous doux optimistes, c'est une conséquence trop naturelle des doctrines d'évolution universelle, intléi)emlamment du genre des déterminations qu'elles considèrent dans le sujet-matière de l'évolution, pour qu'il y ait lieu à rien de plus ici que de remarquer le fait. Ce n'est pas que le mot liberté ne puisse encore servir et faire bonne ligure. Siùnozaen avait fait usage avant Hegel et à peu prés dans le même sens qui remonte à la doctrine stoïcienne.
Il y a encore ceci de commun entre ces deux évolutionismes , c'est qu'ils sont également contraires au véritable esprit scientifique : celui de Hegel, parce que ce philosoidie ne voyait dans les sciences que des investigations d'un genre subalterne, et manquait de connaissances correctes de l'ordre positif: celui de H. Spencer, au contraire, parce qu'il estime
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trop haut la science, qu'il croit apte à engendrer par elle-même une philosophie; qu'il fausse le sens des notions scientiliques en les i)liant à sa métaphysique, et ne peut pas plus ({ue Hegel obtenir l'approbation des vrais savants, dans l'application, bien autrement systématique d'ailleurs , qu'il en fait continuellement à des idées en réalité vagues (transformisme, action de la force pour la conservation du • mouvement, etc.) ou des hypothèses invérifiables, à des généralisations sans bornes qu'il prend pour des inductions solides.
Entln Hegel et H. Spencer s'accordent en un dernier point, à savoir dans la prétention qu'ils ont de satisfaire les esprits religieux, celui-là par un symbolisme qm absorbe dans sa philosophie la religion, dépossédée de ses objets réels, et celui-ci en réduisant la religion à la reconnaissance respectueuse et, si l'on veut, émue, de l'Inconnaissable. Les disciples, en général, s'alfranchissent de ces vestiges du « passé » demeurés dans les doctrines des maîtres. La religion devient pour eux un simple moment du progrès, au bout du(juel ils aperçoivent V « irréligion de l'avenir ».
La dilférence vraiment considérable entre les deux doctrines porte sur la façon dont on y conçoit l'apogée du i>rogrès, en ce <|ui concerne l'avenir de Thumanité. Ici, cequi inlluesur la croyance philosophique, ce n'est pas le concept de l'évolution en sa ])lus grande généralité, tel ([ue je viens de b' considérer.
l'évolution ISMK DE HLdIil.
mais c'est la tendance et la nature d'esprit de chaque penseur ; c'est l'idée qu'il se fait de l'état de perfection humaine. L'intellectualiste Heoel parait avoir deux manières de se représenter cet idéal : quand il construit les théories du droit, de la famille et de l'Etat, toutes clioses qu'il faut bien que son système embrasse, ses vues sont timides : la monarchie constitutionnelle comme but de l'iiistoire a tout l'air chez lui d'une platitude ; mais ce serait lui faire tort que déjuger par là de sa portée philosophique; au fond, la société, avec ses irrégularités et ses accidents, rebelles à la logique, n'est pas plus que la nature un juste et digne sujet du développement dialectique de l'Idée éternelle. Si nous voulons trouver le réel apogée de cette évolution, il faut le chercher là où l'^'^prit absolu se réalise, et ce ne peut être alors qu'au sein même de la pensée du philosophe hégélien parvenu à la possession de la vérité hégélienne, et divinisé. La solution du problème de la perfection est en ce cas la même que pour la doctrine de Spinoza, doctrine il est vrai statique, étrangère à l'idée d'un processus universel tel que celui de Hegel. Mais il faut voir dans ce processus un défaut du système, une anomalie qui ne doit pas empocher d'en saisir la véritable signification.
Le système de H. Spencer est bien plus complet et conséquent, en cela même qu'il se jette en plein dans l'utopie sociale, ([ue Hegel a évitée. Un seul et même progrès embrasse la nature, le développement
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général des êtres, et s'étend à l'histoire, à la marche de riiunianité. Les sensations et l'expérience sont l'instrument de la formation de rintelligence, avant et depuis l'avêneuient de i'iiomme, et l'adaptation croissante est le mode du progrès. L'utilité est le mobile, le bonheur est le but. La moralité, fondée sur l'utilité, fait partie du même développement, qui consiste dans le constant accroissement des sentiments altruistes, en rapport avec l'adaptation de l'homme aux conditions de la société, et ne doit s'arrêter qu'au moment où un parfait accord, d'ordre naturel, sans contrainte ou devoir imposé d'aucune sorte, se sera établi entre les désirs et les besoins de chacun et le bien général, les intérêts do tous. Cette théoj-ie des derniers elïets de l'évolution de l'animalité, continuée et accomplie dans celle de l'homme social, nous donne la formule achevée de l'union de la morale utilitaire et de l'eudémonisme avec la doctrine de la survivance des plus aptes et le principe du progrès nécessaire de l'humanité. Après ce suprême elfort de l'optimisme et du progres.sivisme,il faut s'attendre avoir venir la contre-partie: ce sera le pessimisme, avec les théories de la décadence qui pourront prendre, que dis-je?qui ont déjà pris aussi, des formes évolutionistes. Mais cette réaction, dont les signes ne paraissent encore bien chez nous que dans la littérature, toujours plus prompte à lecevoir les impressions, ne fait que commencer, tandis que se prolonge en philosophie l'influence de l'école anglo-