LÉVOLUTIONISME SOI-DISANT CHRÉTIEN
allemande de révolution naturelle, ajoutée à la masse des opinions progressivistes et utopi^iues issues du saint-simonismc et du positivisme.
L'évolutionismc soi-disant clirétion.
La doctrine de révolution ne se présente avec aucun caractère intrinsèque particulier, chez les philosophes qui, en l'acceptant, se llattent de la concilier avec les points fondamentaux de la théologie chrétienne, et avec l'esprit des symboles, avec la signiûcation sérieuse des traditions consignées dans l'Ancien Testament. Le plus autorisé d'entre eux fait cette déclaration : « Je m'approprie, comme représentation des phénomènes successifs de Tordre apparent, non seulement révolution physiologi(iue de Darwin, mais l'évolution cosmiiiue de Speucer et de Hœckel, toute pareille au fond à révolution de la philosophie spéculative qui régnait en Allemagne au commencement du siècle, et dont on s'est tant moqué depuis. Je les accepte dans la mesure et dans la forme compatibles avec une conception des choses conforme aux exigences de la pensée morale, c'est-àdire à la suprématie universelle de Tordre moral. Je les accepte à condition de les interpréter par la certitude première de Tordre moral » (1). Cette vague
(1) Ch. Secrétan, Evolution jt Liberté (article de la Revue 'philosophique, août 1885).
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réserve, à la suite d'une déclaration nette et forte, n'empêche pas M. Ch. Secrétan de donner son assentiment «à des thèses qui ont passé jusqu'ici pour incompatibles avec la doctrine de la création, et ont été exclusivement alliées à celle de la Nature, substance éternelle et cause universelle. La première de ces thèses est « le passage naturel de l'inorganique à l'organique, la génération spontanée... Il faut admettre sans preuve que la vie est simplement l'effet d'une action chimique fort complexe, tenant à l'équilibre instable des molécules de certains corps colloïdes, ou, pour mieux dire, albumineux; Tefl'et, si Ton veut, des propriétés de Tazote et du carbone... 11 est impossible que la matière organique ne soit pas sortie de la minérale une fois, et, par conséquent, il faut admettre que dans les mêmes circonstances elle en sortirait encore. Ceci, c'est Taxiome qui sert de base à toutes les sciences ». On chercherait en vain quelle vérité scientifique suppose en fondement cette hypothèse que jusqu'ici toute expérience dément. Mais ce n'est pas sur ce point que j'ai à nTarrêter maintenant. Continuons.
Après que cette hypothèse, premier acte du transformisme^ est admise, il s'en présente une seconde pour l'origine de la sensibilité, et de la pensée, et de la volonté : M. Secrétan consent à considérer la structure jointe à de certains mouvements comme une condition antécédente, en soi et toujours nécessaire et suftlsante de Tapparition des phénomènes psycho-
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logiques ; autant dire : cause réelle et première ; car en transportant ainsi une vérité cVexpérience et de science, à la prendre in médias res, dans la question d'origine et de création de ces sortes de phénomènes, laquelle est toute dilïérente, M. Secrétan ne fait rien de moins que de continuer l'application de la thèse matérialiste, et, iinplicitement, il se trouve rejeter sans examen les théories idéalistes de l'espace et de la matière.
Une troisième hypothèse est la continuité du développement de la vie en une suite d'espèces qui sont des transformations les unes des autres au sein d'une substance unique, jusqu'à l'apparition de la créature douée de raison et de liberté. Le système étant ainsi posé d'ensemble, avec le simple fondement donné de la matière phvsico-chimique des savants, et avec l'évolution tout entière de la nature pour conséquence, il n'y a, je le répète, aucun caractère intrinsèque particulier qui distingue Tévolutionisme qu on dit conciliablc avec une philosophie religieuse, de celui qu'embrassent des savants qu'on dit et qui se disent matérialistes. C'est donc extrinsèquementqne le système doit recevoir un supplément de vues capable, à ce qu'on croit, d'en changer l'esprit et la portée. Il va du physique au physique, et, par l'évolution, à la dissolution, suivant l'ordre commun d'idées de ceux qui l'ont inventé ; il s'agit de le faire aller de Dieu à Dieu, créateur et lin de tous les êtres. Comment s'y prendre pour cela? D'une façon, de
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prime abord spécieuse, en usant de la notion de puissance, en remarquant que le monde où régnent les causes et les fins ne saurait procéder que d'un principe où sont contenus virtuellement les actes réglés et coordonnés qui s'y produisent et s'y développent. Ce principe serait Dieu. Mais à cela l'adversaire, que je suppose évolutioniste dans le sens le plus ordinaire du mot, répond sans peine que la nature incompréhensible de Dieu, avouée telle par les théologiens, et prouvée telle par l'espèce des attributs qu'ils emploient à faire semblant de la dêlinir, que cette riature, dis-je, ne sert réellement pas plus que l'essence et les propriétés également éternelles et infinies d'une matière dont le fond est également insondable, à rendre compte des phénomènes dont ce monde est le théâtre.
Ce qui rend surtout intenable ici la position prise par le théologien évolutioniste. c'est qu'il n'a pas simplement à partir de Dieu, pour commencer l'évolution, mais aussi de la Créature, et à dire ce qu'elle est, puisqu'il maintient l'acte créateur. Or, admettant l'évolution intégralement et, pour ainsi dire, ah ovo^ comme on vient de voir qun le fait M. Secrétan, comment peut-il éviter de nous donner de la substance première des choses une idée en tout semblable à celle des évolutionistes matérialistes : l'idée d'une matière d'où la vie doit sortir spontanément et progressivement, en sorte que Dieu est dans le système une pièce inutile ?]\[. Secrétan apporte à la dif-
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ficulté, pour tout remède, une sorte d'évacuation et d'exinanition de cette substance. Il la réduit, quoiqu'il s'en défende un peu, au non-être des mystiques tels que Jacob Boehm, si ce n'est des métaphysiciens comme Hegel, et il imagine que ce néant est le sujet-matière de l'évolution, grâce à un appel que Dieu adresse à l'être qui n'y est encore <iu'à venir, et qui, n'existant pas, doit se faire lui-même, par lui-même. Si ce n'était ainsi, la création rentrerait dans le créateur, il n'v aurait pas de liberté possible pour la créature, nous serions dans le panthéisme.
a Dans mon opinion, dit-il, le monde s'est produit lui-même en partant non pas du néant mais des ténèbres d'un minimum d'élre, qui, pour l'imagination sensible, sera peut-être la nébuleuse où l'hypothèse évolutioniste cherche à rattacher ses calculs. Mais rœil de l'esprit remonte au delà de la nébuleuse et ne trouve un vrai commencement des choses Unies que dansl-idêe d'une évocation, d'un appel, d'un /?(n5^d'une
manifeslatiuii de volonté (iui devient la substance et le germe de V univers. » En plusieurs passages, Fauteur insiste sur la spontanéité de génération par soi du monde. « ^q (iyoi^ que le monde phénoménal tout entier s'est produit et se conserve lui-yncme par un mouvemunt dont les lois du mécanisme règlent la marche, sans rexi)liquer à elles seules et sans en déterminer la Un... Distinguer la créature du créateur, effectivement et non pas seulement en paroles, est une condition indispensable pour donner une assiette
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théorique à l'idée de la liberté humaine (1). » — Afin de faire droit à cette dernière exigence, il peut sembler nécessaire d'opter entre le fiat divin, sorte de substance et germe de l'univers, et le monde phénoménal se produisant et se conservant lui-même; car on ne voit guère moyen de soutenir à la fois les deux thèses, et la seconde, au premier abord, paraît plus propre que la première à remplir la condition demandée; mais le fait est qu'il est inutile de clioisir, et que, pas plus l'une que l'autre ou toutes les deux ensemble, elles n'v satisfont.
En effet, la seconde signiûe le déterminisme d'une production spontanée des choses, dans laquelle les antécédents conditionnent sans ambiguïté les conséquents. On admettrait même, ce que dans l'évolutionisme on ne fait jamais, des apparitions phénoménales de hasard pur, qu'on ne saurait encore expliquer par là la liberté, la liberté morale. La première thèse ne diffère de la seconde que par la substitution du germe divin et de la puissance divine à la puissance naturelle, aux forces naturelles, et du fuit d'une volonté première à la succession énernelle des effets et des causes. Or le remplacement du monde par Dieu, dans le fond et dans la suscitation des phénomènes, n'est point fait pour diminuer le déterminisme. Il faudrait (|ue l'être libre, quand il apparaît, fut, comme l'ont compris de tout temps les théologiens, la créature créée libre, instituée par un
(1) Cil. Secrétan, toc. cit.