LXXXIV INTRODUCTION
dans cet ordre d'idées, en dehors des arguments moraux , celui de mettre des possibilités en
évidence.
11 y a IMiypotliése de la palingénésie cosmique : on peut supposer des mondes successifs, séparés après de longues durées par des intervalles arbitraires, et reliés par une loi ])lus générale que celles qui les constituent séparément, et telle que toutes les personnes qui ont vécu dans Tun de ces mondes r(q)araissentpour se continuer dans un autre. Celte relation entre deux ordres entiers de phénomènes cosmiques ne devrait pas plus étonner un philosophe que ne le fait dans le cosme présent, oii il spécule, la première venue des grandes relations composantes de ce même cosme, et qu'il ne comprend pas davantage.
11 y a r hypothèse tout à fait autre des vies [)er?onnelles successives, et, si l'on veut, alternantes, au sein d\in monde en quelque sorte double qui renfermerait deux ordres de fonctions liées, mais incommunicables du point de vue de Tun deux. L'imai;i]uition est admise h vari(M' (h^ biiMi des numiferes le concept des lieux, des temps et des fonctions i[u\ correspondraient ainsi successivement h une seule et même i)ersounalité.
LES PROBABILITES MORALES.
Et il y a l'hypothèse du développement de Torganisme actuel, repris et continué sous de nouvelles conditions, pour lesquelles la place ne manque pas dans Tunivers. A celle-ci se rapporterait surtout, sauf correction, la doctrine de physiologie spéculative proposée par Técole monadologiste, et dont le vitalisme aussi s'est rapproché quelquefois. Les âmes matérielles, les germes, les sous-organismes latents, actuellement insensibles, peuvent en elTet servir h représenter le lien physique entre la vie actuelle et une autre vie qui en serait ailleurs la continuation pour la conscience.
Cette dernière hypothèse est plus propre que toute autre à fournir des applications prolongées d'une loi qui se révèle partiellement à notre expérience. La ïorce plastique de la conscience et de la vie morale, s'exercant sur un organisme profond , maintenant insensible , mais appelé à servir de germe à des organes futurs, conférerait une réalité naturelle à la loi de la rétribution des agents libres. Les peines et les récompenses se présenteraient comme des faits d'harmonie entre Tacquis moral et, par suite, physi(iue d'une vie et la constitution biologique apportée dans une autre.
INTUODUCTION
Toutes ces possibilités se résumeiil en une seule : celle de Timmorlalite sous des conditions physiques futures, coordonnées avec les conditions présentes. C'est ensuite h la conscience à se donner ses motifs souverains et à affirmer sa croyance.
La liberté s'aflirme comme réclamée par la loi morale et par Fusage pratique de la raison. Cet accord posé entre la conscience et le monde, entre le témoignage intime et la réalité des choses est ce qui fonde délinitivement la personne. Vn autre accord en est le corollaire, et c'est celui qui promet à la personne dans le moiule la perpétuité que son développement pro})re exige.
ludépendammeut de la reconnaissance formelle de sa liberté, la couscience croit naturellement à sa perpétuité. Les systèmes philosophicjues sur rame, et, avant cela, les croyances religieuses, telles qu'on en trouve chez les races les plus grossii'res, sont des expressions de ce sentimeut natuicd, et n'en sont |)as les causes.
L'instinct se fonde à cet égard sur la conscience même d<' la vie interiu», la(|U('lle ne se sent pas sujette du temps, au lieu (jue la cou-
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naissance de la mort est un fait empirique et révélé extérieurement.
La lassitude, le besoin du repos, l'affaiblissement de la pensée, des passions et de leurs organes combattent l'instinct de la vie sans le détruire, et, si Ton n'invoijuait pas d'autres raisons, conclueraient, comme le sommeil, à l'intermittence nécessaire des fonctions vitales, non h leur anéantissement.
L'induction instinctive que rhomme, avant la réflexion, a tirée de son sentiment de la vie et de sa passion de vivre au prolongement de son existence, et cela malgré Tapparence des phénomènes, le philosophe peut aussi la tirer sur le fondement de la finalité comme loi générale de la nature. Puisque les instincts et les passions innées du règne animal se trouvent avoir des objets corrélatifs dans le déroulement des fonctions de tout genre dont l'individu ne dispose point, le désir constant et puissant de rimmoiialité, donné avec la personne, doit aussi correspondre à des lois maintenant inconnues, propices à le satisfaire.
Avec la reconnaissance de la liberté, d'autres motifs suivent les j^remiers, les transforment et en élèvent le cai*actère. La réalité de la per-