DES LOIS DE LA MATIÈRE
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L'ange devint l'esprit et l'esprit devint l'homme.
L'âme tomba, des maux multipliant la somme,
Dans la brute, dans l'arbre, et même, au-dessous d'eux.
Dans le caillou pensif, cet aveugle hideux,
Ktres vils qu'à regret les anges énumèrcnt î
Et de tous ces amas des globes se formèrent.
Et derrière ces blocs naquit la sombre nuit.
Le mal, c'est la matière. Arbre noir, fatal fruit (1).
C'est ainsi que la poésie traduit en images familières de personnifications et de métamorphoses les mêmes sentiments dont la raison cherche un accord possible avec les lois réelles de la nature. Nous venons de voir comment la pesanteur peut, en un sens, nous être représentée comme un effet de la chute, sans laisser d'être une loi première du monde créé. La lumière et la chaleur sont dans le même cas, quoique le jugement des hommes ait pris le change à leur sujet, et que des lois d'une application en réalité bouleversée aient paru, sur ce qu'on en voyait, les plus irréprochables merveilles d'une création bienfaisante. Il devait arriver, en effet, considérant la facilité des poissons et des oiseaux à se mouvoir dans leurs milieux naturels, et la pénible condition comparative de l'homme pressé contre le sol par le poids de son corps lourd sur un globe massif, et menacé d'écrasement à tout instant, quand il manie les matériaux de son entourage, qu'on fût plus frappé des mauvais que des bons côtés
(l) Les Conte miilations. Ce que dit la bouche cV ombre.
de cette pesanteur, des effets de laquelle a été tirée précisément l'expression symbolique de la chiite^ et qu'on recourût alors à l'imagination des ailes des anges^ ou des corps éthérés, sans organismes, des substances spirituelles^ etc. Au contraire, voyant, à des distances énormes, dont, on ne se rendait même pas compte, ces corps célestes si beaux qui, au premier abord, semblent placés le mieux possible pour verser et mesurer la lumière et la chaleur aux habitants de la terre, on n'a pas su à la condition de quels épouvantables phénomènes ces apparences séduisantes et ces bienfaits étaient obtenus ; on a détourné son attention des irrégularités nuisibles d'une distribution qui dépend de la position de la planète ou de ses différentes parties par rapport au soleil, qui pèche continuellement par excès ou par défaut, et devient la cause de toutes sortes d'autres perturbations; et l'on n'a guère songé à la possibilité d'un ordre de choses plus réellement fait pour lliorame, où il serait luimême le maître de la lumière et de la chaleur, et capable de les produire à son gré et de les proportionner partout à son utilité et à ses plaisirs. On voit qu'il en est de ces phénomènes comme de ceux de la pesanteur. Tels que nous les éprouvons, ils ont dû tous également, dans notre hypothèse de la chute, à laquelle nous ne faisons qu'appliquer la loi capitale de la théorie méca-