‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 152 sur 199 · ETAT ])U MONDE MATERIEL · texte numérisé non relu

ETAT ])U MONDE MATERIEL

tant de points et suivant telles directions qu'on voudra dans l'espace, on a démontré que ces forces sont toujours réductibles à une seule, appliquée au centre de gravité de ce corps, et qui en transporte également toutes les parties suivant des directions parallèles, et à un seul couple ou moment qui fait tourner le corps autour de ce centre mobile. Le double mouvement qu'on observe dans la terre et dans les corps célestes est donc un phénomène naturel qui n'a besoin d'aucune explication, ni d'aucune hypothèse particulière, puisque cest le 7noavement le x)l^'S général de tous les corps qui se meiiveni en veî'tîi de forces ou imimlsions quelconques (1). » Notre hypothèse nous donnant le droit de voir dans le monde actuel, à son origine, quelque chose de plus ressemblant au chaos des anciens qu'à la nébulosité homogène des modernes, on voit que la formation des astres et l'établissement de la loi de leurs mouvements, quels qu'ils aient été en ce chaos, se passent d'explication, en vertu du principe précédent ; et les phénomènes d'incandescence s'expliquent, nous Favons dit,

(1) Voyez Poiiisot, Note sur le double nioitvenient de la Terre et des corps célestes, ù la suite des Eléments de Statique (é> édit., p. 374). 11 faut lire en entier celte belle note sur un point qu'on dirait ignoré de tant d'auteurs préoccupés du ])esoin d'exi)li(iuer le double mouvement comme s'il s'agissait d'un cas particulier, non d'une loi universelle et rationnelle.

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par les mouvements internes provenus des concentrations et des collisions.

Ce monde, après la chute, doit nécessairement faire partie du plan de la création dans la prévision divine, et en cela différer de ce que serait le pur monde mécanique issu du chaos par la loi mathématique de composition des mouvements. La différence est profonde, elle n'est rien de moins que la puissance des phénomènes de vie, de sensibilité et de conscience dont la fin dernière, voulue divinement, est la réintégration du bien sous les conditions nouvelles que la production du mal impose à l'univers et à toutes les créatures. Il nous reste à nous faire une idée de cette puissance ou de ses modes de passage à l'acte.

- Il peut sembler que nous soyons ramené, après

bien des détours, à l'hypothèse de l'évolution, que nous avons partout combattue. C'est donc l'évolution que nous chargerions de « restaurer la Créature » par le moyen de la production spontanée et du développement progressif des êtres dont le commun germe, ou plutôt la pure puissance, posée par Dieu, hors de Dieu, après la chute, aurait été l'origine et le principe de la nature ? L'énumération des différences profondes, radicales, qui séparent cette hypothèse (1) de celle

(1) Voyez ci-dessus, | X, p. liG, l'esquisse de la doctrine de M. Cb. Secrétan.

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dont nous essayons ici de déterminer le point de vue, est ce qui peut nous aider le mieux maintenant à entrer dans le vrai sens de cette dernière.

10 La doctrine, celle qui se dit chrétienne, de l'évolution universelle prend le commencement de révolution pour l'acte môme de la création, en tant qu'il se rapporte à la nature ; elle laisse indéterminée la créature première, et le monde à rétat virtuel. Au fond, l'union mystique avec Dieu, ndentification, puis la séparation, Témanation sont ce qui répond à la pensée de quelques-uns. Pour d'autres, l'acte divin n'est que l'initiation du mouvement, après quoi tout se produit comme si l'univers sortait spontanément d'une matière féconde. Nous considérons, au contraire, une nature créée dans l'état de perfection, et la nature actuelle comme la suite de la nature primitive, et comme un etfet de l'application de ses lois, après sa désorganisation, après la chute. Enfin nous définissons non « la créature », non « la matière » ou « la puissance », mais les êtres premiers, les êtres vivants, les êtres conscients, par des fonctions analogues, sous des conditions analogues, à tout ce dont nous avons la conception claire ou l'expérience.

'2P Les idées de multiplicité des êtres, et d'individualité et de société nous viennent ainsi à la place de la notion abstraite et métaphysique de

DIFFÉRENCES d'aVEG l'ÉVOLUTIOXISME. 237

l'unité primitive; le concept du « péché » devient pratique et vivant, et prend nettement la forme de la violation de la loi morale, au lieu de rester mystérieux, ou symbolique, ou exclusivement représent('', comme il Test ordinairement, sous l'aspect de la simple désobéissance à une loi édictée par la volonté divine.

3° La puissance d'apparition et de développement des individus dans la nature n'est plus la manifestation d'une substance, le déploiement des multiples au sein de l'unité radicale, mais bien une loi qui préordonne la production des séries d'espèces en rapport avec les conditions externes de leur existence, et qui fait apparaître au moment voulu l'espèce humaine avec ses dons incomparables, en telle manière que ses membres soient des reviviscences des personnes dont l'assemblage constituait la société primitive. Ceci sera expliqué plus loin.

4" La doctrine de la continuité, étroitement alliée à celle de la nécessité ou déterminisme, est exclue par le principe des différences et des intervalles, regardé comme facteur aussi essentiel des rapports, en toutes nos comparaisons possibles, que son corrélatif le principe d'identité. Cette doctrine une fois écartée, il n'y a plus d'évolution dans le sens attribué constamment à ce mot; il y a une loi de changements par degrés discontinus, et de révolution à des moments cri-

QUESTIONS DE THEODICEE

PROBLEMATIQUES.

tiques; loi qui suppose, quand ou lui marque une fin de progrès, le préétablissement harmonique des conditions de la nature ; loi dont l'esprit implique, au terme, ainsi qu'au point de départ de son application, l'existence des diversités, individus et espèces, au lieu de l'identité primitive et de la réintégration lînale, absolue, en cette même identité.

La préordination des changements spécifiques en rapport avec les conditions de la nature, et en correspondance, lorsqu'il s'agit particulièrement de la production de l'humanité et des générations humaines, avec les individus de forme anthropique et personnelle qui ont été les membres de la société avant la chute, cette préordination soulève, il faut le reconnaître, des questions d'une difficulté extrême. Commençons par en écarter une dont nous avons le droit de laisser l'exploration aux sciences naturelles, et deux autres dont nous avouons ne connaître pas de solutions rigoureuses, dans notre hypothèse, mais sur lesquelles aucune doctrine théiste et aucune théodicée n'ont rien à dire de satisfaisant. Aussi sont-elles la force, qu'il serait puéril de nier, des doctrines purement naturalistes.

La question à laisser aux explorations d'histoire naturelle est celle des limites réelles des variations des êtres organisés, au cours d'une seule et même série généalogique, sans déroger

à la loi commune de la succession des semblables dans l'hérédité physiologique et psychologique. Nous excluons seulement l'unité d'origine organique et la continuité des variations, hypothèses que nous combattons et pour lesquelles on revendique à tort le caractère scientifique.

Les questions ou qui semblent insolubles, ou dont les solutions les plus à notre portée répugnent au point de vue de la théodicée sont celles qu'on peut désigner brièvement en ces termes : V Quelle est l'essence ultime des animaux du monde actuel ? Quelle est leur origine, quelle est la cause de la guerre universelle qu'ils se font? 2^ Comment comprendre l'énorme déperdition de germes qui se fait dans la nature, et comment raccorder avec une doctrine de destinées individuelles et de conservation des individus ?

L'hypothèse de la chute ne saurait s'étendre directement jusqu'aux animaux sensibles, mais privés de la liberté, dont on peut imaginer la présence dans la création en son premier état. S'ils ont subi, sans raison les incriminant eux-mêmes, le sort qui leur est fait dans ce monde où ils exercent la méchanceté sans pouvoir être dits méchants, et en sont victimes ; ou encore" s'ils n'ont commencé d'exister qu'après la chute, et qu'ils n'en soient pas l'eliet, mais bien d'une volonté du Créateur, la responsabilité de ce monde cruel est sur ce dernier. Si c'est pour la punition

240 QUESTIONS DE THÉODIGÉE

du « pécheur » qu'il Ta condamné à revivre, après la mort issue du « péché », dans la compagnie de ces êtres aveugles, malfaisants, dont plusieurs nous donnent toutefois le spectacle de nos propres sentiments, des bons comme des mauvais, et à souffrir par eux, et à les faire souffrir, d'où vient que la même conscience qui a pu nous suggérer l'idée d'une telle sorte de justice pénale arrive en s'épurant à nous la rendre répugnante ? Est-ce enfin que la vérité serait dans cette doctrine des métamorphoses et des métempsychoses qui a séduit tant de centaines de millions d'hommes de notre race, et qui conserve assez de puissance, en dépit des habitudes d'esprit contraires que nous devons aux traditions occidentales, pour que le plus grand de nos poètes ait puisé Kl son inspiration la plus sérieuse et la plus haute ? En ce cas, il faudrait hardiment dire que la création du monde animal est la création même de Vhomme, de Thomme par lui-môme, dans le péché; quelle est la chute môme; que tous les êtres en sont provenus ; que tous et jusqu'aux moindres et aux plus infimes, depuis les dévorateurs de grande taille jusqu'aux plus misérables parasites, et aux parasites des parasites, sont des formes que les êtres libres se sont données dans une œuvre de corruption et de perversion de la nature, dont nous ne pouvons esquisser que les traits généraux, en termes

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