DES GERMES ULTIMES
imperceptible (1), extrêmement petit, soustrait par ses dimensions, que nous pouvons supposer réduites autant qu'il serait nécessaire, à l'action destructive des plus hautes tem-ératures, et ne laissant pas de contenir ces propriétés virtuelles de développement pour une fin qui répondent à la seule idée })liilosophique que nous puissions nous former d'un germe dernier. L'objection qu'un naturaliste peut faire à une telle supposition, c'est que l'expérience nous montre tous les germes sur lesquels il nous est donné d'expérimenter détruits par la chaleur: détruits, c'est-à-dire — car il faut préciser ce qu'on a le droit d'affirmer — disparus en tant que développables dans les mômes conditions où nous savons qu'ils se seraient montrés et développés avant d'ôtre soumis à certaines températures. Mais prenons qu'il s'ao;isse de destruction absolue, il suffira de répondre qu'on ne saurait légitimement induire du cas des germes des êtres infimes, les seuls sur lesquels se puisse instituer Texpérience compal'ative, et qui seraient destructibles, à celui des êtres supérieurs, qui, dans l'hypothèse de la création, auraient été constitués avec des pro-
(1) C'est rexpérience môme, mais ce n'est pas seulement rexprrionce, c'est avant tout ressence relative de la notion de dimension, jointe à la théorie j^^éométrique de la similitude, qui nous oljligo à faire descendre la possibilité de la réduction de grandeur d'un organisme bien au-dessous de ce que nous pouvons réellement imaginer.
priétés de survie sous forme latente^ en quelques circonstances que ce fût, et de reproduction en des organismes visibles, pour des conditions prévues. C'est l'idée de puissance, et non celle d'une forme donnée physiquement et qu'il nous soit possible de définir, c'est la virtualité de l'organisation prédéterminée , antérieurement aux organismes proprement dits, qui est le fond de ce qu'on entend ici par un germe; et l'origine de la vie sur le globe terrestre, incandescent à ses commencements, est assez mystérieuse en toute hypothèse, pour qu'il ne soit pas plus difficile de concevoir que la puissance de l'apparition de l'homme sur la terre ait été conservée sous une forme naturelle à nous inconnue, dans un germe physique latent, qu'il ne l'est d'en admettre une génération spontanée, en des circonstances également inconnues, avec ou sans intervention divine pour la susciter.
Mais, dira-t-on, ce n'est pas à l'hypothèse d'une génération spontanée, sans antécédents, que vous avez à comparer celle de la conservation mystérieuse des oermes humains, à travers tous les accidents de votre immense révolution cosmique dont rincandescence de la planète n'est elle-même qu'une faible suite: le point de vue naturaliste de la science actuelle n'est plus ce qu'il a été autrefois, celui d'une sorte d'enfantement de l'homme, ou de tous autres animaux, par la terre
MOYEN DE l'apparition
« encore jeune et féconde », dans un milieu physique convenable, entièrement changé maintenant, « et que nous ne saurions définir » ; non, mais il s'agit de la descendance animale de l'espèce humaine, et d'une généalogie universelle où l'homme arrive à sa place et à son moment dans l'évolution continue des formes de la vie. Je réponds à cette objection qu'il n'est pas plus facile, dans le système de l'évolution, d'expliquer l'origine de la vie, en ses formes inférieures, sur un globe qui a commencé par létat incandescent — pour ne rien dire ici de l'élonnante loi qui a présidé au constant progrès de ces formes — qu'il ne le serait, en ce même système, de rendre compte de la production immédiate de l'homme, si la question se présenlait de cette manière, au lieu de porter sur la vie en général et sur l'animalité tout entière. Le problème est le môme et la difficulté la même, plus grande que celle de concevoir l'existence de germes latents provenant d'un état antérieur de la nature et conservés après la destruction de cette nature primitive.
La réponse est pertinente, il faut qu'on en convienne, en ce qui touche le fait môme de l'origine, mais il est vrai qu'elle ne s'étend pas à la question du comment de l'apparition, quand il s'agit de l'homme, ou de tout animal d'ordre supérieur qui visiblement n'a pu être issu que de parents, ni être élevé que pur des parents.