AUX PERSONNES PRIMITIVES ET FUTURES
phénomènes organiques latents, mais au fond conformes à ceux de notre expérience, qui doivent accompagner partout In conscience sourde et les consciences virtuelles, et nous dispense de définir ces phénomènes, ou de suppléer à leur connaissance par des hypothèses arbitraires, parce que cette méthode fiit reposer l'identité personnelle sur des principes entièrement indépendants et de l'idée réaliste de substance, et de la nature et de la conservation des formes à nous connues sous lesquelles se manifeste l'existence des personnes. Ces principes sont, d'une part, Tordre et les lois des phénomènes, accessibles ou inaccessibles, l'harmonie des rapports substituée aux fictions substantialistes ; de l'autre, la mémoire considérée comme Tunique intelligible lien des états successifs par lesquels une 7nème conscience peut passer, ({uels que soient les intervalles qui les séparent, et ces derniers fussentils vides en apparence. A ce point de vue, le postulat de Timmortalitéune fois posé, et la doctrine de la chute admise, avec la dissolution du monde primitif, dans le sens de nos hypothèses, l'identité de telle personne du monde actuel avec une personne de ce monde primitif, et avec une personne du monde futur, cette identité signifie que la personne à venir réunira en un seul et même enchaînement de mémoire les trois états de sa vie de créature. Toute autre imagination, qu'on
Cf
THÉORIE DES (iERMES
INDESTHUr.TlBEES.
y pense bien, est sans intérêt pour la conscience, dont elle déserte le domaine. Et le long intervalle d'oubli ne saurait motiver rationnellement une objection, car il ne constitue à l'égard de l'immortalité, toutes proportions gardées, que la, même anomalie que les oublis de toute sorte, et les changements delà pensée avec les âges, et le sommeil constituent dans notre vie mortelle. L'oubli, le sommeil et la mort sont des fruits de
la chute.
Cette élévation du problème à des termes très généraux n'empêche pas qu'on ne puisse chercher à se former une certaine idée du mode d'enchaînement organique qui peut correspondre à la conservation du même pouvoir conscient, dans l'état virtuel, à travers les révolutions de la nature. C'est l'autre question que nous avons indiquée et qui se rattache à celle de l'identité, par un inévitable point de vue de notre organisation mentale. Le système de l'épigénèse, tel qu'on parait souvent le comprendre, semble s'opposer à la doctrine de la préexistence des germes, sans laquelle il n'y a pas de conservation physiologi(iue possible des individus dans le cours de la vie de l'espèce, et de la succession des espèces. Il faut d'abord éclaircir ce point. Si l'épigénèse exprime simplement le fait que les parties dont se forme graduellement un corps organisé naissent et s'ajoutent les unes aux autres, et ne sont
pas de purs développements géométriques des mêmes parties, déjà données, de figure sur une échelle qui peut décroître indéhniment et se prêter à l'emboîtement proprement dit des êtres semblables, ce système, ainsi que je l'ai dit, s'oppose avec raison à l'idée trop simple qui s'était offerte tout d'abord pour représenter le mode d'involution et d'évolution des individus d'une espèce donnée. Mais si l'on devait entendre que la formation des parties, de l'ovule à l'embryon, et de l'embryon au fœtus, se fait de toutes pièces, en toutes leurs propriétés, sans que rien en ait préexisté d'aucune manière; si le moi germe, au lieu de son sens général et philosophiiiue, devait désigner exclusivement, pour le naturaliste, un état déjà développé, postérieur même à l'ovule, et l'ovule n'avoir rien avant lui, si ce n'est des organes dits reproducteurs, la continuité physique de l'espèce serait interrompue à chaque nouvelle génération, et deviendrait inintelligible par la suppression de l'une de ses conditions nécessaires. Nécessaires, les organes reproducteurs le sont sans doute, et aussi leurs fonctions, mais l'existence de ces organes impli'iuela gêné ration antécédente, et celle-ci l'ovule qui en a été une condition, et ainsi de suite, eu remontant. Le physiologiste ne peut pas, à chaque fois que la vie est transmise à un liomme par ses parents, supposer telle chose (ju'un elfet des propriétés
THKOUIH DES GERMES
INDESIUTTCTIULKS.
des corps de ces derniers, à peu près de la manière dont, par exemple, des sécrétions et formations diverses s'opèrent par le fonctionnement d'un organisme donné, sans qu'il y ait plus à considérer que ses propres lois et son milieu. Les lois de l'hérédité et de l'atavisme interdisent formellement ce point de vue, qui ramènerait, à chaque génération, un phénomène analogue à celui que les héléror/énislcs admettent pour la production de l'animalité la plus élémentaire. La puissance, la finalité, les idées plasliciues, les idées directrices de l'évolution organique, tout ce qui sert à l'esprit philosophique pour représenter la loi suivant laquelle l'espèce évolue en produisant la série des individus semblables, tout cela, le naturaliste doit, selon son rôle, en envisager une raison physique, un siège matériel ininterrompu, transmis des parents à leurs descendants. Songeons, par exemple, à ce que suppose le svstème de la pangéncse de Gh. Darwin. Or, cette transmission, de quelque façon ({u'on se rende compte de ce qui est transmis, traverse nécessairement le point d'où part physiquement la propriété de ce petit corps, l'ovule, sans lequel, et quelles que puissent être d'ailleurs les conditions extérieures et les fonctions coeflicientes de son développement, il n'y a pas de passage matériel possible d'une génération à la suivante. Souslebénéiice de ces observations, et appe-
lant germes, en termes philosophiques, le point matériel insensible, principe lui-même de l'ovule, et conservateur de l'espèce, c'est-à-dire puissance distincte de chacun des individus en lesquels l'espèce est développable dans l'ordre du temps, nous dirons que les germes, dès l'origine du monde actuel, enveloppés les uns dans les autres, se divisent et se transmettent par groupes, à chaiiue génération nouvelle, en telle façon que ces groupes soient eux-mêmes des groupes de groupes, aptes à former des suites d'ovaires, de génération en génération, non point indéfiniment, — supposition qui impliquerait l'existence d'un iniini actuel, puisque toute l'involution est donnée au point de départ, — mais jusqu^x ce que le contenu de cette dernière se trouve épuisé, et l'espèce arrivée au terme de ses individus composants. La loi de raison composée qui représente cet enroulement et ce déroulement, dont le plus grand nombre des issues possibles pour la production des individus développables en organismes humains terrestres, se ferme successivement, en sorte que la moindre partie, et de beaucoup, des puissances données passe à l'acte (1),
(1) \Ln dcsigiuiut par a le -roupc de.s germes à rùtat d'.'nveloppenicnl dans un individu dunnr du sexe renunin, à un cerlain monienl du cours des générations hunnimos, cl i>ar a,,^ les germes réellemenl in<lividuels, on a : a^-«,, a-Ç,a^\.f,-^la.... «^,^__, =co^^„, etaz^^Cy- ^'^^^n' ^^ ^^^^" cun de^'a/a, a, etc., qui reste stérile et disparait terres-