DES THEORIES CONTRAIRES
elles, et que l'éternité antérieure des phénomènes du mouvement soit une idée contradictoire en soi;
La théorie qui tient que le bien et le mal sont de simples rapports résultant de la succession et de la comparaison des phénomènes, favorables ou défavorables selon les points de vue ; le jugement moral, une afl'aire d'organisation et d'émotion chez chacun; et les notions de liberté et de péché, des erreurs nées de Tignorance où l'on est de l'enchainement nécessaire des choses ;
La théorie pessimiste, qui fixil remonter le mal à une volonté primitive, mais à une volonté qui n'en est pas une, qui est la cause aveugle de la conscience et de l'intelligence, et, par là, du monde de la représentation, de la sensibilité et de la douleur, monde mauvais dont l'anéantissement serait la lin la plus désirable ;
La théorie optimiste de la finalité universelle, suivant laquelle le monde, emporté, de l'éternel à l'éternel, dans la direction du Bien, cause immuable de toute activité, va se développant suivant une nécessité de l'esprit, qui est la liberté môme, et laisse derrière lui, comme des ombres, les maux de la nature et de l'humanité, imperfections apparentes conclues d'observations partielles et bornées. Cette dernière doctrine peut passer pour la forme la plus modernisée du svstème de l'émanation et du retour
des êtres par rapport à un principe suprême d'où descend le monde, et qui ignore ses productions.
Nulle de ces théories ne donne satisfaction au besoin d'une théodicée, mais la plus invraisemblable de toutes, pour Thomme de bon sens, devrait être la théorie qui embrasse le rêve du bonheur, sans devoir ni règle, pour en conlier la réalisation à une évolution spontanée de la Forcematière, et puis à une évolution également spontanée de la société humaine, à une transformation du caractère de l'homme dont nous voyons, depuis l'origine de la civilisation, les vices, les folies et les crimes toujours les mêmes. Cet optimisme intrépide est contemporain du triste pessimisme et du bouddhisme renouvelé : rencontre de contraires au fond bien explicable et même commun dans l'histoire des idées.
Il ne faut parler ici que pour mémoire des récits de la création et de la chute, dans le sens biblique littéral que les Eglises conservent, au grand embarras des chrétiens qui en sentent vivement la vérité cachée, et craignent de se demander ce qu'ils en doivent rejeter ou croire, l'invraisemblance en étant d'un autre genre que celle des systèmes métaphysiques ou naturalistes, mais tout aussi grande à sa manière. Ces récits n'admettent qu'une signification symboliiiue. Ils n'é(iuivalent donc pas à une vue sur