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A LA PHILOSOPHIE DE L HISTOIRE

la réalité des choses, mais ils marquent le desideratum d'une hypothèse philosophi(iue. J'ai essayé de la construire autant que j'ai pu m'y aider de l'état actuel des connaissances positives.

Laissons maintenant cette théorie d'un ordre si transcendant, et revenons à notre méthode accoutumée d'un criticisme plus sobre dans ses postulats. Que la religion reste en possession d'une foi implicite en la chute originelle et la corruption de la nature. Que la théologie apprenne seulement d'une philosophie, aussi voisine d'elle qu'il se peut, avec des hypothèses d'une hardiesse extrême qui ne craignent ni la science ni la critique, qu'elle apprenne à grandir ses vues et à donner aux vieux symboles l'amplitude que comporte le plan de l'univers.

Revenons aux origines qui ne dépassent pas l'horizon de la terre ; prenons plus près de nous le point de départ de la philosophie de l'histoire. Nous supposerons l'homme donné primitivement, que ce soit en un ou plusieurs couples, sur des points convenables de la surface terrestre ; capable de réflexion, doué de la raison, apte à la parole, par conséquent; libre, c'està-dire en état de délibérer ses actes et de se modifier lui-même, non moins qu'à faire des expériences et à acquérir de l'expérience ; moral, enfin, ou, en d'autres termes, élevé par sa con-

science à la connaissance de devoirs indépendants de ses appétits (1).

Ces conditions sont requises pour l'hypothèse de la chute et de la destruction du monde primitif, parce que la vie retrouvée dans les circonstances delà nature déchue ne pourrait ôti-e pour les hommes ce qu'on appelle Yêpreuve, un moyen de retotir, s'ils n'étaient, dès leur apparition terrestre, en possession de la liberté avec la conscience de la loi morale. Mais ces conditions sont nécessaires aussi pour une philosophie a)ialytlque de l'histoire, que l'on doit tenir séparée à la fois des croyances religieuses, et des systèmes déterministes et naturalistes pour lesquels l'humanité n'est que l'animalité progressive. La logique oblige alors à faire commencer l'histoire de l'homme à l'homme même. Or l'homme n'est point là où n'est pas la notion du devoir, avec la raison et la liberté, que cette notion implique.

En observant cette obligation imposée par une analyse sincère du caractère humain, et par les seules inductions du présent au passé qui soient d'accord avec la psychologie morale, on peut se former de l'histoire ancienne de l'homme, indépendamment des données incertaines de la géologie et de la paléontologie à lépoque de son apparition sur la terre, et sans rien savoir des

(1) Voir les Essais de Critique générale, Psychologie rationnelle, t. I, ^ V-

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premières conditions physiques de son existence, non plus que du temps qu'a duré sa vie avant rétablissement des grandes sociétés, une idée qui ne manquera ni de clarté ni de certitude en se tenant dans les termes d'une généralité suffisante. Les religions sont les premières œuvres de Fesprit par lesquelles se sont manifestés le devoir et la haute curiosité, le sentiment de ce qui se doit et la recherche de ce qui est, la morale et la science, les croyances touchant l'origine et la destinée. Ce sont donc là les points premiers et essentiels pour une étude philosophique des phénomènes intellectuels et moraux de l'humanité. Cet ordre de développements remplit, à coté des faits de formation et de dissolution des Etats, toute l'histoire. Il se môle en des lieux, chez des peuples privilégiés, à la culture et au progrès des sciences séparées, à la spéculation philosophique et inorale détachée des religions, et enfin à la reconnaissance de la liberté de penser et de croire. Tel est, dans sa plus grande étendue, le sujet de h\ philosophie de l'histoire, qui s'ouvre après la philosophie de la nature, mais que, seuls, peuvent regarder comme le môme que ce dernier les systèmes qui prétendent ramener aux lois du monde physique les lois spécifiques de l'humanité et de la conscience.

APPENDICE

A. — DE l'accord de la méthode PUÉNOMÉNISTE AVEC LES DOCTRINES DE LA CRÉATION ET DE LA RÉALITÉ DE LA NATURE.

Les conclusions théistes d'un ouvrage consacré, sous le titre d'Essais de critique générale^ à l'exposition du « phenoménismo » et de ses applications à la métaphysique, à la psychologie et aux premiers principes de la science de la nature, peuvent être un sujet d'étonnement pour les personnes qui sont au courant du sens attaché le plus souvent à ce mot phcnomênisme parmi les philosophes, et même en dehors d'eux. Il est vrai qu'en langage scieutllique, et pour un public qui va sans cesse s'étendant, le mot Xihênorncne désigne des choses bien réelles, des faits d'une réalité terrible quehpiefois, mais, pour la philosophie, il semble convenu <iue les phénomènes ne puissent être (pie de pures apparences, tandis ([ue la réalité résiderait esseiitiellomeut en des choses qui apparaissent par les phénomènes et, elles-mêmes^ n'apparaissent point. Oter de la connaissance ce qu'on nomme les sulislances, ce serait donc être scepiiiiue, pour le moins, et, <luns le fait, c'est bien au scepticisme que s'est cru forcé de conclnre celui des grands philosophes modernes qui, dans ses profondes analyses, a poussé le plus loin la critique des

idées de substance et de cause. Et cependant Tillustre prédécesseur de Hume, Berkeley, qui déjà rejetait tout aussi nettement que lui celle des substances à laquelle on peut bien assurer que la foi populaire est plus solidement attachée qu'à toute autre, je veux dire à la matière, et qui était un ferme croyant de Dieu créateur et des Esprits créés, a toujours soutenu que sa théorie phénoméniste de la matière n'ôtait rien de ce qui nous intéresse des réalités que ce nom désigne, ni de ce que le peuple lui-même pouvait réellement entendre et connaître sous ce nom. Les raisons de Berkeley étaient bonnes, et elles sont applicables aux Esprits. Le pliénoménisme ne supprime rien de ce que nous pouvons réellement entendre et connaître sous le nom d'Esprit. Il est essentiellement l'idéalisme; il s'adapte aux découvertes de Kant dans la critique de la connaissance, et les voies de la raison pratique lui sont ouvertes à meilleur titre qu'à la métaphysique, au fond panthéiste, de ce philosophe, qui a si malheureusement craint de renoncer au réali.sme substantialiste. Ce réalisme conduit la philosophie au panthéisme, tandis ([ue les analyses phénoménistes, guidées par le principe de loi. nous mènent à reconnaître l'existence de la suprême intelligence et le commencement du monde par création. C'est ce que je voudrais montrer dans cet appendice (1).

(1) L'étude que je crois utile de reproduire ici à cause de sou objet, qui est d'écliiircir le rapport de la doclriue à la

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