LE TRANSFORMISME
ment rationnelle, qui, aujourd'hui, fait profession d'ignorer ce qu'est en soi une force, et qui représente ce que la mécanique en doit connaître par une fonction de la vitesse alfectée d'un coeflicient empirique sous le nom de masse,
La seconde erreur tient à une fausse interprétation de ce que les théories de la physique mécanique signifient quand on y emploie métaphoriquement le terme de transformation appliqué à ce qu'on nomme forces pliysiques. 11 n'y a pour ces théories, maintenant reçues par tous les physiciens, qu'une seule acception de la force ; c'est la force mécanique, comprise ainsi que je viens de l'indiquer, et bornée aux mouvements soit de masses transportées, soit internes et moléculaires des corps. Quand on dit que les actions mécaniques, caloriliques, lumineuses ou électriques se transforment^ passant des unes aux autres, on entend par là que la première de ces actions, et celle-là seulement, se modifie de quelque manière conforme aux lois de la mécanique, <î'està-dire par de simples changements dans la distribution des vitesses et des molécules qui en sont respectivement animées, et que ces modifications correspondent aux propriétés diverses que présentent les corps , et par lesquelles aussi ils alïectent nos organes diversement, dans nos sensations de chaleur, de lumière, etc. C'est même cette réduction des phénomènes physiques à des lois mécaniques qui constitue [)roprement la physique moderne, et achève
APPENDICE. — A
l'élimination des forces spécifiques, ainsi que des qualités occultes et de toutes les entités possibles, loin qu'elle autorise les chimères de la mythologie transformiste. La métaphysique de H. Spencer procède donc au rebours de la méthode de la science moderne, quand ce philosophe nous propose d'admettre : lo des forces qui ne sont pas, en tant que telles, plus spécialement aptes à modilier des mouvements matériels, qu'à produire ou même à constituer des sensations de lumière, ou autres sensations, et à former des états de conscience et des actes de pensée; 2o des forces ainsi définies qui vont se transmuant ou métamorphosant les unes dans les autres; 30 une force, qui est la Force, qui est et qui fait tout cela selon les rencontres, tout en poursuivant le cours d'une évolution générale.
Ajoutons à l'entité force un support matière, que le métaphysicien réaliste entend bien n'en pas séparer, quoiqu'il avoue ne se faire aucune idée exempte de contradictions de ce que ce support est en soi, et nous avons la pleine idée d'une substance développante de l'univers, la môme en d'autres termes que s'étaient formée les anciens, et avec les mêmes conséquences, qu'on désigne habituellement par ces mots : déterminisme, panthéisme.
Je viens de conduire sommairement le substantialisme transformiste, de son origine à son état le plus récent, et je retourne aux débuts de la philosophie pour trouver d'autres modes de spéculation sur la
LA SUBSTANCE INEINIE.
substance, en d'autres illustres écoles dont la tradition se continue, toujours fidèle, au fond, sans vouloir se reconnaître. Le pythagorisme et l'éléatisme sont, en concurrence avec le transformisme ionien, les doctrines les plus considérables, antérieures à l'apparition de la doctrine de l'esprit créateur ou organisateur. Le pythagorisme primitif, qu'il faut distinguer de celui qui porta ce nom dans la suite, est un système d'évolution où Ton se représente la substance du monde comme un Infini chaotique au sein duquel le Nombre intervenant introduit progressivement le Fini^ les limites, par conséquent tout le déterminé et l'individuel, et développe de plus en plus l'harmonie entre les déterminations diverses. Si l'on réfléchit au rapport profond que soutiennent ces idées antiques de confusion matérielle à l'origine, d'action discriminative et ordonnatrice des nombres en toutes choses, et de progrès par la dillerenciation, avec les idées modernes d'homogénéité de la matière diffuse dans la nébuleuse j de lois mathématiques réglant les actions de la force et les distributions de la matière, et enfin dliélcrogéncllé croissante et d'harmonie accompagnant l'hétérogénéité, on reconnaîtra un grand point de ressemblance philosophique de ces deux conceptions substantialistes. Mais la première me ])araît avoir sur celles de notre temps cet avantage, (ju'elle met l'infini à sa véritable place, qui est celle de l'irrationnel et du désordonné, du rebelle à la mesure et à la connaissance, contrairement à l'opinion
APi'ENDlCK. — A.
qu'on s'est faite plus tard de l'accord de l'inlinité avec la perfection. On peut aussi lui attribuer lo mérite d'échapper aux erreurs scientifiques, sa généralité et sa forme symbolique la rendant indépendante des notions précises que les sciences exigent aujourd'liui d'une i)bilosophie de la nature. Cette môme généralité et cette abstraction de la notion du Nombre ordoîinateur classent la doctrine pytliagoricienne, quoique évolutioniste, en parfaite opposition avec le matérialisme et le transformisme.
11 manquait à cette philosophie, pour réussir et donner pleine satisfaction au réalisme de la substance, (luelque chose de plus complet et de moius al)strait que h^ Nombre, ou de moins indéterminé que riniini antérieur à l'introduction des limites. L'éléatisme apporta la substance absolue, ou, pour la nommer de son nom moderne, l'Absolu tout court, rUn ; non pas l'unité constitutive des nombres pythagoriciues, nmis TUn pur, sans multiidicité ; l'Etre sans ombre de non-étre, — car « le non-ètre n'est pas », disaient les éléates ; — l'Etre sans commencement, sans modifications, sans changements, qui n'est pas plus robjet que le sujet de la pensée, mais qui est leur identité. Cette substance, si ce nom lui convient encore, ne tremi)e pas dans les phénomènes, ne pactise point avec eux. les ignore. Ceux-ci sont alors du non-étre, ils n'ont pas la réalité. De là, la fameuse négation du mouvement, et des expressions, comme celle que nous avons citée du Tlmée de Pla-