‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 172 sur 199 · LA SUBSTANCE ABSOLUE · texte numérisé non relu

LA SUBSTANCE ABSOLUE

ton : que ce qui est phénoménal n'est pas de l'être réel. Mais il y a une manière d'être qui ne se peut refuser aux phénomènes; ils forment la catégorie de Fillusion ; on peut donc en faire des théories, en com[)Oser l'histoire: c'est à quoi n'ont pas manqué les éléates, et ils sont alors retombés dans les idées substantialistes communes, dans le transformisme, en se donnant des sujets matériels de développement cosmique analogues à ceux de la pliilosophie ionienne. Le choix n'en importait guère. D'ailleurs le mépris (ju'ils faisaient du monde des phénomènes les rendait pessimistes dans leurs ai)préciations des choses de ce monde, tandis (|ue les pythagoriciens étaient probablement 0])timistes, comme le sont les l)hilosophes de notre temps qui s'enchantent de la contemplation du progrès continu des produits de l'univers phénoménal. Après les éléates, Platon, (|ui tint beaucoup d'eux, participa aussi de leurs vues sur la condition abaissée et toute d'illusions de ce monde, ainsi (ju'en témoignent sa comparaison célèbre de la caverne des ombres, et sa doctrine de l'existence tout imitative et insubstantielle des choses d'ici-bas.

L'éléatisme est certainement Tune des directions d'esj)rit (j[u\in philosophe peut prendre en partant de ridée de la Substance par opposition aux pliénoniènes, et l'on se tromper;iit fort en ne voyant dans cette doctrine (ju'un accident curieux du cycle le plus ancien des spéculations. Ne l'avons-nous pas vue tout récemment se reproduire en image lidèle chez un

APPENDICE. — A

LA SUBSTANCE ÉMANANTE.

penseur notre contemporain (1), qui, — le cas est d'autant plus intéressant, — ne voulait pas se reconnaître lui-même en ses antiques modèles, Parménide et Zenon l'éléate ? Mais, quand il s'agit du cours que prend, dans l'histoire de la pensée spéculative, une idée très simple et très absolue, il faut plutôt s'attendre à voir cette idée se modilier, grâce à quelque grande alliance qui lui assure la durée. Dans l'espèce, c'est la séparation rigoureuse de la Substance qui ne put tenir ; en d'autres termes, c'est l'inhérence des phénomènes à la Substance, vieille idée, imagination accoutumée, et c'est l'opinion du développement ou évolution cosmique qui reparut et s'imposa. Mais Tancienne manière de concevoir la Substance fut abandonnée; au lieu du support de toutes les qualités, matière de tous les changements, naturellement soumise aux modiiications internes et aux altérations dont le point de vue ionien ne la pouvait exempter, la Substance devint le siège de rimmutabilité et de la perfection, sans laisser d'avoir les ])hénomènes dans sa dépendance. Ainsi s'expliquent, par une inlluence de l'éléatisme, dont la portée sur l'histoire entière de la philosophie n'a jamais été suflisamment reconnue, des doctrines d'absolu divin qu'on n'a pu concilier avec la personnalité divine et la Providence, quelque peine ({u'on se soit longtemps donnée pour

(1) Voyez le syslèmo (1(^ M. Spir cl notre complo rendu dans la Critique x>hilosophiquc, 4"^ annéo, n« 3 (nouvelle série).

y parvenii' : celle de Platon, (pii admet un principe supérieur à toute existence, et un monde intelligible ou système d'idées pures, énumé de ce principe, et du- (piel le monde sensible n'est (pie l'imitation et l'ombre ; et celle d'Aristote, qui, faisant de ce principe la Pensée de la jjensée^Hun^ modalités ni changement, y rattache l'évolution du monde, à laquelle il est étranger et dont il n'est (]ue la cause iinale : cause à la manière d'un but qui entraîne le mouvement, sans agir, par le seul désir d'autrui de l'atteindre.

Ces deux doctrines n'eurent guère (ju'un rôle précurseur de deux autres, qui régnèrent à la Un du monde antique, pendant le moyen ùge, et au delà, et (pii s'ellbrcèrent de déterminer le rapport de causalité du souverain principe au monde, avec plus de précision (ju'en suiq)osant rinex[)licable mouvement du mobile universel vers rinnnobile invariable et simple (Aristote), ou qu'en imaginant on ne savait bien quelle participation vague, ou imitation, pour rattacher Tordre des choses sensibles au règne des idées éîernelles (Platon). L'idée de l'émanation, d'un côté, celle de la création, de l'autre, se présentèrent pour la solution du problème.

Au moyen de rémanation on conciliait Aristote et Platon ; on composait la théorie d'une chute, et des degrés successifs d'une chute, origine du monde, partant de l'P^tre absolu des éléates, ou de l'Un supérieur à l'Etre, de Platon, mais dont Platon n'avait fourni que l'indication et de poétiques symboles. Oji donnait

APrKXDTCE. — A.

satisfaction à Aristote, pour ce qui concerne la pureté et rininiobilité du Premier Principe, en ceci, qu'on voulait que ce principe, d'abord, et puis, successivement, les états ou degrés de l'Etre, dans sa descente, restassent indiiterents, ignorants, à l'égard de ce (jui procédait d'eux, et, par là, inatlectés, dans la production des états inférieurs qui aboutissent aux phénomènes. C'est le Bralima indien réduit à l'abstraction de l'Un pur, et (pii laisserait tomber les êtres de sa mystique substance, sans altération ou diminution de celle-ci, en sorte qu'on put dire, si ce n'est comprendre, qu'ils n'en sont pas formés, quoi(iue émanés. Tel est le substantialisme alexandrin, néoplatonicien, dont la doctrine de la création trionq)lica, non toutefois qu'il ne fît des retours olïensifs, et que son esprit n'ait inspiré longtemps, et jusqu'à présent même, des rêveries dï'volution descendante de l'univers, qui se Uattent parfois d'être nouvelles.

La doctrine de la création, en Grèce, s'annonra d'abord sous la forme de l'action ordonnatrice de l'Esprit, opérant sur des éléments pourvus de toutes les sortes de qualités sensildes. Aussi descendait-elle directement du matérialisme ionien, où s'introduisit brus(iuement cette pensée, que l'Esprit seul peut être l'auteur de Tordre. Mais la supposition de la substance éternellement préexistante, et matière nécessaire de l'œuvre de l'Esprit, lit dériver la conception d'Anaxagore au mécanisme, dans les applications. Chez Platon, Vidée du créateur étant [)lus anthropo-

LA SUBSTANCE THÉOLOGIOUE.

morphique, et l'idée du sujet-matière d'un genre plus .ibstrait, on se rapprochait de la croyance religieuse qui n'allait pas tarder, venant d'une autre origine, à dominer les esprits ; mais la doctrine du Timêe de Platon avait visiblement un cnractère exotérique, et semblait une construction inférieure à la pure métaphysique des Idées, et de la source des Idées dans l'Innommable; il allait se faire un étrange travail pour réunir en une même synthèse ces quatre conceptions hétérogènes : l'Absolu éléatique, dieu incompréhensible, que toute existence phénoménale, si spirituelle qu'elle fut, diminuerait, — le Siège éternel des Idées, — le Sujet de ces niêmes attributs inlinis, relatifs à l'espace et au temps, ({u'une philosophie plus ancienne avait rattachés à la substance matérielle, — et enfin le Créateur, le dieu du peuple d'élection, invoqué pour le salut de tous les hommes. Ce faisceau de contradictions est la tliéologie que les Pères et les Conciles préparèrent pour les somtaes du moyen âge, œuvres gigantesques, pro.ligieuy. exemples des aberrations du génie logique appliqué à hi solution d'une longue suite de proVdèmes dont les données sont à la fois imposées et mutuellement incompatibles. Qu'il suffise de rai)peler ([ue rEternité et l'Immensité objectives, Tabsence de toutes limites, d'une part, impliquent le nombre inlini actuel, contradictoire en soi, d'autre part, excluent, dans le sujet de ces attributs, la personnalité, et, hors de ce sujet,

le.s existences individuelles séparées, et, par consé-

APPENDICE. — A

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