I.KS IM'.OlîAlULlTES MOIIALKS
vement aux catégories (d'espace, de temps et de causalité notamment) est laissé dans l'inconnu et dans l'inconjiaissable. Il nous est intelligiblement possible de Tenvisager comme le souverain Auteur et siège suprême de ces lois qui régissent toute conscience et toute représentation de l'externe, mais non comme un être existant en dehors de ces lois. La spéculation, voulant se porter au delà de Tentendement, n'a pu formuler pour l'être de Dieu (jue des attributs contradictoires.
^lais d'un autre coté, relativement à nous, posée essentiellement dans la loi qui nous intéresse entre toutes, et dont l'extrême généralisation n'énonce jamais qu'un rapport et un ordre et ne peut tomber dans l'absolu, la thèse divine est parfaitement définie et déterminée.
La loi posée ainsi est donc spécifiée par un caractère moral, ou plutôt elle est la loi morale même, envisagée dans le monde, relative au monde, mais telbî que sa raison d'être et son siège ne p(Hivent être compris. I^^lle est donc ])rofondément distincte de ce qu'entendraient, sous les noms de Loi du 7uo?ide ou /ùise7n/de des lois du nionde^ des philosophes qui auraient en vue la synthèse universelh.^ et l'imagine-
,;,.![ INTRODUCTION
raient construite avec des fonctions d'une nature autre que morale, ordinairement mathématiques et physiques.
Bien étant principalement envisagé dans l'existence cosmiciue souveraine d'un ordre de iinalité qui règle et assure le sort des personnes conformément à la loi morale, Vathéume est la négation de cet ordre. Le sentiment commun de Humanité vient en confirmation de cette acception des mots. C'est pourquoi on a le plus souvent qualifié d'athées les matérialistes, les fatalistes, les panthéistes, quoique les doctrines de ces derniers soient pleines de Dieu: et les théologiens auraient eu le même sort, avec leur dieu tout métaphysique, s'ils ne s'étaient pas
contredits.
Au contraire la méthode qui conclut à Vathéisme sous le point de vue de la science, et en tant qu'il serait question d'obtenir la synthèse unique des phénomènes à l'inlini dans toutes les catégories, cette méthode nous ramène à Dieu sous un aspect plus limité, le seul qui reçoive pour l'entendement une pleine lumière.
Car ce n'est pas à de chimériques Idées de la raison, c'est aux éléments constitutifs de la
LES PUOBAIUUTES MORALES.
xr.iii
personnalité clans Tordre des phénomènes moraux, qu'il faut demander Tessence de Dieu et la croyance en Dieu. Les notions et ensuite Taffirmation viennent de l'homme, c'est-à-dire de sa passion , de son intelligence et de sa liberté en exercice. Et la vérité n'a pas pour nous d'autre origine, quoi que puissent prétendre les philosophes qui pensent devoir sortir d'eux-mêmes (comme s'ils le pouvaient) pour déclarer ce qui est ; ou savoir quelque chose de tant soi peu important, autrement que sous l'inspiration de Ja conscience.
La thèse de la divinité, posée en cette manière, ne préjuge rien touchant le mode de représentation des lins en général, ou indépendamment des consciences particulières. Il reste donc à savoir si, de môme que les éléments du concept sont empruntés à la personnalité en nous, on doit aussi les regarder comme réalisés universellement en une personne suprême.
Cette induction semble d'abord obligée, parce qu'on ne conçoit clairement des lins données, qu'autant que liées aux fonctions passionnelles et rationnelles d'une personne ; ni l'existence du bien, d'une manière générale, dans l'univers,
JMHODrc/l'ION.
si ce n'est en le posant rcpresenlalivemenl dans une conscience qui se le serait propose d^avance avec la même généralité.
Mais il est permis de généraliser la loi de finalité, sans contradiction, en restant dans Tignorance sur ses racines, au lieu qu il semble, h considérer la marche que suivent ordinairement les théologiens et les pliilosophes théistes, qu'on ne puisse donner la même extension h une personne unique sans lui donner aussi, pour objet, Tinlini, et, pour sujet, des attributs illimités, incompatibles avec les formes de la conscience et contradictoires dans rentendemenl. On nierait donc la personnalité au moment où Ton croirait Taflirmer universellement.
Dès qu'il doit renoncer à comprendre autre chose que des relations dans le monde, le criticiste peut trouver qu'il n'arrive pas k mieux satisfaire l'esprit en enfermant la loi de linalité tout entière dans une seule conscience , dont le concept alors lui semble impossible , qu en la distribuant pour ainsi dire entre les êtres dont elle règle les rapports et constitue en partie l'essence, quoique, dans ce cas, sa nature universelle écliappe nécessairement, et (iu\)n ne puisse en aflirunu*
LES l'UOlîAlIlLri'KS .M()HALi:s.
rien de plus que Textension indéfinie (1).
Quoi qu'il en soit, le problème de la personnalité de Dieu ne s'enteiul bien qu'à une condition : c'est de soumettre 1 idée de la personne divine à ces lois générales dont nous ne pouvons concevoir quiine /jersonne soit indépendante. Kn d'autres termes, une personnificalion des idées, des causes et des fins, enveloppant une série de phénomènes, est intelligible seulement si cette série est définie selon toutes les catégories. Dans ce cas la personne divine peut embrasser les faits passés, présents et futurs que notre imagination atteint (à la réserve de notre liberté), mais non ceux qu'une généralisation infwithte épuiserait pour les faire entrer dans la synthèse absolue des choses.
La personne divine est ainsi soustraite aux attributs infinis que la métaphysique appelait des perfections^ et qui la détruisaient. 3Iais la \nw perjection lui reste, celle qui n'implique point contradiction, si haute qu'on la conçoive; la j^erfection de justice et de bonté.
Ot anthropomorphisme avoué est le véritable
(1) .le iiiVitais arrêté à ce point de vue dans la 1" et la *^^" éditions de ce résumé et de mes Essais de Critique f/e ne J'aie {Deuxième Essai).
^,,vr INTKODUCliON-
point de vue dos religions, quand la iheologie métaphysique ne les altère pas. 11 est au moins incontestablement le sens des croyances relidenses pratiques chez les races morales.
Mais, à ce point de vue, il semble que nous fassent' défaut les raisons a priori et tous les arouments d'ordre rationnel sur lesquels voudrait se fonder la croyance à Tunité plutôt qu^à la pluralité divine. Deux directions de resprit semblent possildes, légitimes, qui ne s'excluent même pas précisément ; car on voit la croyance à des opérations divines distinctes, ensuite Fapothéose des âmes multiplier diversement les Dieux que la tendance à Tunite voudrait concentrer. En fait, historiquement, les religions passent aisément de l'un à Tautre point de vue, et quelquefois les mêlent et les concilient, en substituant à limité pure Tunite composée et la hiérarchie, ou, inversement, en reconnaissant un souverain Seigneur de la cour
céleste.
Les motifs de se déterminer dans cette question de runile divine ne sont pas en eux-mêmes, ou pour la philosophie pure, d'uu intérêt moral aussi considérable qu\m ce qui touche Tordre divin de runivers, où Ton est conduit par la nature et par renchaînement des postulats de la
LES PROBABILITES MORALES.
raison. Si c'était comme question de religion qu'on eût à étudier ici ce sujet, Thistoire, la morale et les principes généraux de l'ordre poH tique entreraient dans les éléments de Texamen. II ne faudrait pas les en séparer.
Est-ce donc le dernier mot de la Critique de la connaissance? On peut faire un pas de plus si l'on réfléchit que l'hypothèse de Tunité de la conscience première et suprême, à l'instant du commencement premier des phénomènes, permet d'expliquer l'unité des lois que cette conscience a instituées, qui régissent toute représentation, toute conscience imaginable pour nous, et sont Tunique fondement de la communication des êtres, ou de leur existence les uns pour les autres. Au contraire, dans l'hypothèse d'une pluralité de consciences primitives, mutuellement indépendantes, on ne saurait donner la raison de leur similitude de constitution intellectuelle, et de cette communauté des catégories (temps, espace, causalité), de ce mode unique et universel de représentation, qui fait de toutes les consciences dérivées, de toutes les créatures, autant que nous en connaissions ou imaginions, des membres du même monde intelligible.
Si nous pesons bien cet argument, la philo-
INTRODUCTinX.
sopliic critique, nécessairement bornée par sa thèse du premier commencement, posant la limite extrême de la connaissauce, ne s'arrêtera pas avaut d'avoir atteint le point le pins élevé de la théorie des postulats de la raison : Tunité tle la conscience première. Le premirr cONime/tcement dcximdva l'acte de la création. L^impénélrable est alors Dieu cause de soi, comme quelques théologiens et philosophes Font nommé, c/est-cVdire Dieu antérieur à son œuvre et a lui-même (l).
(1) En corrigeant cette troisième édition du résumé do mes Essais, j'ai tenu à conserver fidèlement la trace de la marclio do mes idées. Dans celte intention, je me suis contenté de mettre sous une forme dul)itative la conclusion qui, dans les deux premières éditions, se présentait seule et sans réserve : et j'ai ajouté à celle-ci une conclusion définitive plus avancée dans le sens des postulats. On en trouvera les raisons développées dans mon Esquisse cVnne classification systématique des doctrines iihilosophiqifes, t. II, p[). r.)<S s({., :VtS sq., :;•».') jusqu'à la fin.
Li:S PKINCIPES