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UNITÉ ET UNIVERSALITÉ DES LOIS

son rêve, quand il proposait au P. des Bosses, à la lin de sa correspondance, et la dernière année de sa vie (lettre du 20 mai 1816), une seconde et subtilissime explication du mystère catholique, à Tusago cette fois d'un membre de sa compagnie, s'il s'en trouvait un « qui voudrait rejeter toute substance composée, tout être réalisant les phénomènes {ens realizans phœnomena) comme chose superllue ».

Mais avec cette belle méthode de condescendance et de conciliation, Leibniz a probablement retardé d'un siècle ou deux les progrès de la méthode philosophique, parce que ni Berkeley, ni Hume ni Kant n'ont trouvé ou deviné la théorie des lois dans ses écrits.

Mais revenons à la question générale de la coordination et de ses lois. La réelle individuation des substances ne dispense pas de poser la question de la substance universelle. En d'autres termes, car il faut toujours rappeler les délinitions, de peur de méprises, l'existence des coordinations d'ordre individuel, ou fonctions, n'empêche pas, exige, au contraire, une raison d'être des lois communes à ces fonctions. Ces fonctions, c'est-à-dire ces consciences particulières, de tous les degrés de perception et d'appétition, impliquent, partout où nos connaissances et nos inductions peuvent s'étendre, la forme représentative d'un espace (intuition), et d'un temps, où se placent les phénomènes; puis des formes de distinction et de relation, movennant

lesquelles ils sont représentés comme qualités, quantités et nombres; enfin, d'autres rapports qui ajoutent aux phénomènes, comme antécédents et conséquents, les caractères de causes et de lins, et aux perceptions les émotions, les appétitions, les volitions. Tout cela s'assemble sous la relation générale de sujet à objet, développée, précisée et diversifiée, et tout cela y réalise l'unité de loi, puisque le tout ressort de l'analyse delà chose unique que nous connaissions et que nous puissions réellement connaître dans le monde, la représentation, la conscience.

Quelle est l'origine, quelle est la nature de cette unité de loi, quand je la considère en dehors et audessus d'une conscience particulière, de la mienne, à moi qui m'en forme actuellement l'idée et m'en demande la raison ? C'est en ces termes que nous sommes amenés par la théorie des lois à nous poser la question du troisième postulat. Après la liberté, après la vie future, qui sont des conséquences inductives de la croyance à la loi morale, vient le postulat de la divinité, motivé dans notre conscience par le besoin logique d'une garantie supérieure et universelle de l'ordre moral, des lins morales du monde. Pour la méthode que nous suivons, l'existence et l'unité de Dieu se présentent sous la forme de l'existence et de l'unité de la loi qui régit le monde ; et il s'agit de savoir si, selon nos principes, cette loi est réalisée en une conscience, par une volonté créatrice. L'éternité du monde phénoménal se trouvant ex-

APPENDICE. — A

due de nos spéculations par le principe de contradiction, ce qu'on appelait en théologie la nature divine, et qui renfermait les infinis, les contradictoires, doit en être bannie également. 11 est clair, et c'est bien vainement que théologiens et philosophes ont si longtemps détourné leur vue de cette vérité : que si la conscience, la personnalité et la vie appartiennent à Dieu, ainsi qu'ils l'admettaient, la succession, et les autres relations doivent entrer dans la pensée divine; car la pensée n'atteint que le relatif, et, réciproquement, où il n'y a pas une relation })ensée, le mot pensée est appliqué sans aucune signilication et ne veut rien dire. Il faut donc convenir que les idées appartenant à la vie divine, s'il en est de telles, sont, en tant que distinctes et relatives, semblables à des phcno7nènes. Par conséquent, la vie divine, pas plus que le monde phénoménal, ne peut logiquement s'étendre dans une éternité antécédente. La scolastique se divisait en partisans de l'éternité dite iota shmtl^et en défenseurs de Yéternité successive (réalité de la succession). Les premiers alfrontaient la contradiction, en ce (ju'ils i)rétendaient respecter humainement la notion du temps, alors qu'ils la ruinaient par rapport à la nature divine, siège de toute vérité ; et les seconds ne l'évitaient pas, puisque, suivant eux, un nombre actuellement infini de moments distincts de la pensée devaient être écoulés et comptés à chaque moment, dans l'existence successive de cette nature intelligente.

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