UNITÉ ET PERSONNALITÉ DE DIEU
L'idée de nature divine une fois écartée, pour faire place à l'idée de personne en un sens intelligible de la personnalité, la thèse du premier commencement des iDhénomènes, unie au postulat de la divinité pour la garantie des lois morales, exige que les lois de l'univers, desquelles la divinité est alors le siège, soient considérées comme produites sans antécédents d'aucune sorte, o\\ par création. La conscience ou les consciences, dont nous ne pouvons séparer l'idée et l'existence des lois, ont, pour la même raison, un commencement, et le même que les lois. Le commencement, à ce point de vue de la pensée, ne peut se nommer que Volonté. Ce que nous chercherions à coiicevoir avant cela, en dehors de cela, est, pour la connaissance, Vabime, et Tabîme, où les mystiques ont essayé de descendre n'est pas lui-même, quoi qu'on en pense, une connaissance. Mais devonsnous admettre l'unité de conscience à l'origine? voilà maintenant la question que nous pouvons envisager ; car ni la nécessité logique du premier commencement, ni la détermination du caractère de l'origine, en tant ([ue Pensée et Volonté, ne nous presciivent par eux-mêmes un choix entre les hypothèses soit de l'unité, soit de la pluralité de la cause première et créatrice, qui satisfont, l'une comme l'autre, au principe de contradiction et au principe idéaUste de la conscience comme essence universelle. La démonstration de l'unité de Dieu a toujours paru, dans le dogmatisme spiritualiste, un point faible, même
alors qu'on admettait couramment les prémisses métaphysiques dont la critique de la raison a dévoilé le paralogisme. Le fait de l'unité des lois, rapproché de ridée de spontanéité absolue, ou liberté pure, dans cela qui fut le premier commencement, conduit la méthode phénoméniste à embrasser l'hypothèse de l'unité de création, ou unité de Dieu, parce que, sans celle-ci, l'unité des lois ne s'expliquerait pas.
Il faut qu'on nous accorde de considérer notre monde, abstraction faite de tout autre qui pourrait exister, et de nous renfermer dans la sphère des catégories de notre connaissance; mais, cela posé, il est manifeste que tous les êtres vivants sont, par leurs désirs ou appétits, leurs perceptions et leurs actes, placés dans l'espace et dans le temps, qu'ils ont alï'aire à des quantités, discernent des qualités, éprouvent et produisent des changements, ont les sentiments de la causation et de la poursuite des lins. C'est cela (jui est l'unité des lois, sur le fond commun de conscience ou rapport représenté de sujet à objet. Et non seulement les êtres sont faits sur ce patron commun, mais encore il se trouve que, mis en rapport les uns avec les autres, parvenus par la ré~ llexion à comparer leurs impressions et leurs idées, ils en constatent l'harmonie ; leurs sensations s'accordent, leurs inférences les mènent aux mêmes conclusions ; ils n'ont tous qu'un même monde et qu'une logique, une même science des choses; il leur semble naturellement qu'ils existent dans un