LA FONCTION DEL ATOME
dition locale des derniers êtres. Nommons-les librement des atomes, puisque nous avons écarté l'interprétation vicieuse de ce mot.
Dirons- nous que les atomes occupent une étendue, ou dirons-nous qu'ils résident en des points mathématiques ? Mais qu'est-ce d'al)ord qu'occuper une étendue? Si cela devait signifier avoir dans l'étendue que Ton dit occupée des parties qui soient elles-mêmes des êtres, comme il arrive dans les corps sensibles, organisés ou non, les atomes n'occupent aucune étendue, puisque par définition ils ne sauraient avoir d'autres êtres sous eux. Mais si cela signifie s'entourer de sphères d'action dans l'espace, développer des perceptions et des appétitions dans un rayon déterminé, sous des conditions géométriques, ce qui est posséder un corps dans le sens vraiment positif du mot, alors l'atome peut posséder un corps et avoir de l'étendue.
Par exemple, concevons les fonctions atomiques de cette manière que Boscovich introtluisit dans la science après Newton, et à laquelle on donne aujourd'hui un plus haut degré de simplicité (l). Admettons que les atomes exercent les
(1) On consult<'ra avec frnil, sur ce sujet, un profond et substantiel inrnioire de seize pages de Saint - Venant. S}fr îa question de savoir s'tl existe des masses continues, et sur la nature probable des dernières jicirticules drs rnr]>s' (Paris, 18ii ; chez Carilian Od-urv. — Ea déniunslraliun pliysico-matliéniatique de rinipossibilité des
uns sur les autres des actions (jui leur sont rapportées comme à des points mathématiques, et dont les intensités dépendent de leurs distances mutuelles. Ces actions, répulsives pour les moindres distances, deviennent ensuite attractives, augmentent, puis diminuent rapidement, et enfin, à des distances sensibles pour nous^ suivent la loi fixe de la gravitation. Dans cette hypothèse, on supposera des répulsions indéfiniment croissantes quand les distances diminuent à partir d'une certaine valeur, au-dessus de laquelle il n'y a que des attractions possibles. C'est bien ainsi que le calcul doit s'entendre; mais physiquement les forces doivent être bornées aux cas de leur efficacité réelle. Or, d'un côté, l'attraction d'un atome seul sur un autre atome est sans effet sensible à des dislances relativement grandes^ pour lesiiuelles on n'a à considérer que des actions entre masses d'atomes liés; de l'autre, les répulsions n'ont pas même lieu d'exister aux distances moindres que les dernières atteintes en
masses continues vient à rapi)ui de la preuve rationneUe pure, (juoique ceUe-ci soit de naUiro à n'avoir pas besoin de confirmation. Mais les calculs de Poisson et de Gaucbv, en établissant, sur des J)ases admises de tous les physiciens, que, dans l'iiypothèse delà continuité des derniers éléments, la matière ne peut être représentée ({ue comme une sorte d'atmospJière vague et sans consistance, sont d'un bon enseignement pour ceux qui croient encore cette même continuité indispensable à la conception d'une corporéité réelle et solide.
LA FDXCriON DK L ATOMK
fait. On peut donc fixer le corps et l'étendue naturelle de l'atome à la circonscription des plus grandes répulsions possibles, dans laquelle aucun autre atonie ne pénètre. Les circonscriptions suivantes, celles des forces efficientes entre atomes, les unes répulsives, les autres attractives et beaucoup plus grandes qu'elles ne le sont aux distances sensibles (où elles suivent la loi de Newton), seraient alors les lieux où se forment les premières combinaisons de ces êtres élémentaires, et où s'établissent les premiers êtres complexes, c'est- à dire les molécules chimiques, parties intégrantes des corps que nous percevons. Enfin, au delà de ces circonscriptions, quand il n'existe plus d'action atomique ni moléculaire isolée, on est en présence de la gravitation comme résultante générale des forces élémentaires, appliquée à un corps quelconque constitué et stable.
Tel est le mode le plus rationnel, si ce n'est le seul, sous lequel les sciences physiques puissent aujourd'hui représenter la matière. Les deux erreurs anciennes et antagonistes Tune de l'autre, celle du tout continu et celle des solides insécables se soutiennent encore dans beaucoup d'esprits. La dernière surtout est une manière d'imagination telle quelle, qui sert à lixer les idées, exactes d'ailleurs, des physiciens et des chimistes. Mais les savants n'ont pu approfondir, généraliser le problème, tenter de le poser malhé-