CONDITIONS DT' MOT'VKMENT
CONDITIONS DU MOLYKMKNT.
les êtres se reconnaissent en effet à une enceinte inabordable ({u'entoure un cercle de fonctions. Le principe des actions mécani(iues élémentaires, tel que je viens de le présenter, et que ses auteurs l'ont conçu pour satisfaire de leur mieux aux conditions de la science, s'adapte donc également aux conditions les plus générales de la représentation. Nul autre système ne se prête à pareille vériiication.
Je ne me suis point appuyé jusqu'ici sur l'argument le plus habituel de la philosophie atomistique; ce n'est pas que j'en méconnaisse l'importance, mais il faut le discuter, et la conclusion qu'il permet rigoureusement n'est pas tout à fait celle ([Il on a coutume de tirer. On dit que le mouvement n'est pas possible en dehors de l'hypothèse du vide. A cela, la réponse de Descartes qui, de tous les philosophes peut-être, a le mieux approfondi l'hypothèse du plein, et Ta le plus énergiquement embrassée, puisque pour lui la matière était 1 étendue même en son infinie divisibilité, cette réponse est celle que déjà Lucrèce indiquait et tachait de réfuter : tout mouvement déterminé se produit et se termine circulairement, c'est-à-dire suivant de certains tores ou anneaux fermés (d'ailleurs de ligures quelconques), de telle manière que les parties circulantes modillcnt leur division et leurs vitesses pour les
occuper tout entiers, et que les premières déplacées ne se meuvent pas avant celles qui les précèdent ni avant celles qui les suivent. Lucrèce objectait aux théories de ce genre, présentées sans doute avec moins de précision, que le mouvement ne pourrait jamais commencer, attendu qu'un corps plongé, par exemple, devait attendre, pour occuper une nouvelle place dans son milieu, que cette place lui fût faite, et (lue précisément elle ne pouvait l'être avant que lui-même eût laissé quehjue espace libre derrière lui. On voit que Tobjection n'avait pas une portée radicale; elle obligeait seulement le partisan du plein à se représenter le mouvement, non comme îJroimgé, mais comme simullané, entraînant toujours nécessairement et simullanément des suites entières de masses solidaires (1). C'est donc le parti que prit Descartes, de ([lù le système a trouvé les sciences modernes très rebelles, Srms qu'on puisse dire pourtant que l'absurdité, à ce point de vue, en ait été catégoriquement démontrée.
Mais si la physique conçoit l'initiation du mouvement, chez les animaux par exemple, moyennant de certains vides, dans lesquels ils peuvent
(1) Il n'ùchappora pas aux rêilcxioiis du lecteur quel étroit rapport exi.ste cnlnj ce mode iiiévilalde de représentation du mouvement dans le plcùn et la déiinilion des niasses continues que la physique mathématique est conduite à re^^arder comme des atmosphères sans stabilité ni consistance.
coxornoxs du mouvkmkxt.
d'abord étendre certaines parties de leurs corps, et à raide de certaines résistances, c'est-à-dire, au fond, grâce à des réactions extérieures qui leur servent d'appui pour se porter de là en avant, ce n'est pas seulement pour le besoin d'une théorie; c'est surtout pour satisfaire à ce que l'expérience nous apprend de la fonction locomotive des êtres animés. Donc, en supposant que les vides ne sont pas réels, et (lue, à quelque limite que put aller l'observation du mobile, il ne se trouverait devant lui aucun lieu qui ne fût jnein, si siiblilc qu'on appelât cette matière dont il serait plein, il faut dire que le corps ne saurait commencer à se mouvoir que comme partie d'un anneau plus ou moins prolongé, rigoureusement solidaire. Donc il faut renoncer à poser l'individualité de ce corps, en tant que mobile, et à chercher en lui la source première et véritable d'un changement local ; car on ne comprendra jamais ({u'il puisse communiquer à des corps extérieurs un mouvement (jue lui-même n'a pas encore, ni posséder ce mouvement avant d'avoir déplacé une suite prolongée et rentrante des parties du plein : nous revenons à peu près à l'argument de Lucrèce et de Gassendi. Donc il faut soutenir, avec l'hypothèse du plein, une autre hypothèse, celle de l'indépendance de ce système de mouvements liés, par rapport à la détermination du corps individuel ([ui nen est (fue l'origine appa-