‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 4 sur 199 · LA QUESTION DE LA CERTITUDE. XLVII · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LA CERTITUDE. XLVII

tude est une assiette morale et se compose d'actes de croyance. Seulement la croyance dont il s'agit invoque des motifs d'ordre universel, tirés de l'existence et du développement normal des fonctions humaines.

La question de la certitute ne fut nettement posée qu'après les pyrrhoniens et par eux. L'école pyrrhonienne, suscitée par les spéculations contradictoires de l'ancienne philosophie grecque, ne reconnut rien de certain que le phénomène actuel. Son affirmation en cela n'impliquait point contradiction, étant elle-même proposée comme phénoménale, historique, et comme formule de Tacte d'une conscience qui, après examen et recherche, se suspend. La suspension est un fait et non pas un dogme. Les épicuriens s'attachèrent ensuite à l'évidence des sens comme critère de certitude. On leur objecta les erreurs connues des jugements assis sur l'apparence sensible.

Les stoïciens admirent une compréhension immuable et certaine du vrai conforme à la nécessité de la raison. On leur opposa la compréhension pareille des philosophes qui embrassaient, en qualité de certainement vrai, le certainement faux des stoïciens.

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IXTUODUCnOX.

Quelques Nouveaux Académiciens qui passèrent condamnalion sur les dogmes s'occupèrent de l'emplacer la certitude abandonnée par la vraisemblance ou la probabilité.

Descartes crut atteindre, par riniermédiairc de la conscience, les vérités qui s'y produisent en dépassant le pbénomène. Comme il était difficile qu'il se fit Fillusion de francbir rigoureusement cette limite, au fond c'est une vive et natur(dle croyance qu'il entendit poser, ^fais il n'en reconnni (jue le caractère intellectuel, appelé communément évidence.

Leibniz se llada de réduire apodictiquemcnt la science à (b'ux principes évidents, celui de la contradiction et celui de la raison suffisante, tous d(uix niés par dill'érentes écoles. Eussentils été certains de la manière qu'il les voulait, encore se Irompail-il. et Kant a signalé bien d'autres principes (jue l'analyse ne ramène pas à ceux-là.

Celte ménn^ évidence cartésienne conduisit S|)inoza, Mal(d)ranclie. Locke, Berkeley, Condillac à des tbéories certaines pour eux et leurs disci[)les. absurd(^s scdon b)us les autres, et en ellet incom|Kiliblcs entre (dies.

Alors le criti're du sms comrnim se proposa. Il est vrai que dans l'ordre pratique on s'entend

r.A OIESTIOX DE LA CKUllTUDE. XLIX

assez sur le sens commun. Mais à Tégard des vérités que poursuivent les savants et les philosophes, le sens commun est indétermination réelle, confusion ou préjugé. Il faut en préciser et en formuler les arrêts. Avec les définitions viennent les variations et les disputes. On ne s'entendait que faute de s'expliquer.

Le comentement universoL autre critère, en tant quil existe, est indéterminé et confus, comme le sens commun et le bon sens, en matière pbilosophique. S'il doit se déterminer en forme de raison et de science, alors, en fait, le consentement universel n'existe pas.

Si ces dilVérents termes signifient au fond croyance naturelle, il faut le dire, et il faut cbercber les éléments, les degrés, les espèces de cette croyance.

Kant a fait le premier pas et n'a pas fait le second. Il a proposé sa raison pratique pour remplacer la métaphysique exterminée par le criticisme. Mais sa raison pratique est à certains égards une spéculation qui rétablit, en qualité de fondements de la morale, les mêmes doctrines que sa raison théorétique a repoussées comme portant sur l'inconnaissable.

Kant ne s'éloignait pas au fond, et quelquesuns de ses successeurs ne se sont éloignés

L IXTIIODUCTIOX.

aussi qu'en apparence des errements de l'ancienne méthode, cherchant la certitude dans rinlellecluel pur, et éhiguant la personne réelle qui poursuit ou possède comme elle peut la vérité, avec toutes ses fonctions et toutes ses roi'ces. La j)lu}>arl des philoso})hes sont revenus ou reviennent h Tillusion de Tévidence, et restaurent, faute de nouveautés, des systèmes déjà plusieurs fois repris et ahandonnés.

Nous devons aujourd'hui cesser ce jeu. JNous devous réunir h's deux raisons^ réunir l'homme théoi'ique et Fhomme pratique, étudier la croyance en général, scruter, raisonner, formuler notre croyance personuelle, et la pro- ])oser au consentement de ceux qui nous écoutent.

La première alTn'ination certaine , quelle (pfelle soil, suppose la volonté d'affirmer. En cela la certitude aurait logiquement à s'établir d'ahord dans Tordre moral et dans la liberté. Mais eu fait, la croyance, si ce n'est pratique, est loin d'être universelle sur ce point. La croyauci^ est universelle touchant des t/fêses de rciflUc que, jiour cette raison, nous considérons comme propres à constituer un premier ordre de cerlilude.

LA ()rL:STlOX DE LA CEUTITUDE.

Une première thèse pose la conscience identique, c'est-à-dire perpétuée et permanente, coulormément à la loi de mémoire, puis l'accord de ses fonctions et leur véracité en général. C'est la réalité de la personne représentée

à elle-même.

Une seconde thèse pose les êtres de l'expérience externe, représentés dans l'étendue et la durée, et les pose réels, ou existants pour eux. indépendamment de cette représentation particulière que nous en avons. C'est la réalité

du monde.

Une troisième développe la seconde et admet, parmi les êtres, des consciences, puis d'autres lonclions analogues , puis des agglomérations réglées de phénomènes, dont la nature intime est plus obscure pour nous, mais existe encore proprement et sans nous.

Une quatrième établit certaine conformité générale entre les lois du monde, ou des êtres qui le composent, et les lois que notre représentation leur applique par ses catégories. Ajoutons la constance et l'universalité de ces lois du monde étendues au delà de ce que l'expérience en peut contrôler.

Ces points de certitude n'ont pas entre eux de division réelle et de hiérarchie ; ils ne se

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IXIUODUCTION.

LA QUESTION DE LA GEIVriTUDE.

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