LA NATURE DE L AT0:ME
La monade, l'atome et le phénoménisme.
Nous avons dit de l'atome (ci-dessus, p. 38) : « Sa nature ne se délinit que par des fonctions de position et de force qui le lient avec ses semblables ; c'est par des idiénomènes et des lois que l'être se trouve constitué... Ce que l'atome est pour lui-même, comment le saurions-nous ? Cependant des attractions et des répulsions (c'est à quoi Tatome se réduit) nous sont intelligibles de deux manières : ou par leurs elfets dans rétendue, lesquels ne concernent alors que la représentation objective en nous, de certains mouvements, ou par leur propre nature représentative qui est du genre des appétitions et des causes finales. Ainsi l'être élémentaire serait une représentation pour soi, quoique au moindre degré imaginable. » Ce passage, où les idées ordinairement distinctes, et qui doivent l'être, de l'atome et de la monade, sont mêlées, et toutes deux regardées comme conciliables avec la méthode phénoméniste, réclame peut-être un éclaircissement.
« ConiUK'ut saurions-nous ce qu'est pour soi l'atome? » C'est demander si l'atome possède représentativcment lui-même, à ({ueli^ue degré, sous les
formes perceptive, appétitive et répulsive, les propriétés que nous définissons par ces noms d'attraction et de répulsion, et qui, traduites pour nous par des mouvements, correspondent en outre, par les plus profondes et les jdus obscures de toutes les lois, aux modifications de nos organes et de notre sensibilité; — ou si l'atome n'est simplement que l'un de nos points de vue sur la nature, le point de vue abstrait et mécanique : s'il n'est, en d'autres termes, qu'une liction dont l'objet est de l'endre possible une théorie des phénomènes exclusivement considérés sous les catégories de nombre, position, succession et devenir (la causalité, la force proprement dite, ne devant pas même, au fond, y être admises). Dans la seconde supposition, qui répond au sens correct de l'atomisme pour les sciences physiques, la réalité se trouvant refusée à l'atome, il va de soi ({ue la méthode phénoméniste est satisfaite: tout le réel des choses mécani(pie6 se réduit à des phénomènes et à des lois (pli appartiennent essentiellement à la représentation des êtres pensants, et composent pour eux la théorie de la localisatioti dans le temps et dans l'espace de la partie la plus élémentaire de leurs perceptions. Mais, dans la première sup])Ositioii, celle d'une existence pour soi de l'atome, ce dernier n'est plus seulement le siège objectif en nous des propriétés physi(iues et pliysico-cliimiques, envisagé par la science; sa notion rentre dans celle de la monade ; il constitue l'espèce la plus inférieure des monades. 11 reste alors à se de-
LA MONADE ET LE rilÉNOMÉMSME.
mander comment le monadisme se concilie avec le
phénoménisme.
On demanderait aussi bien et mieux, plus généra^ lement, comment la méthode qui n'admet que des phénomènes et des lois peut s'accorder avec la reconnaissance réelle des êtres de la nature, avec tout ce qu'exige théoriquement et pratiquement la croyance commune, et qui est aussi la nôtre, aux existences externes, individuelles, et au monde entier de la vie. Cette question n'est donc que celle à laquelle nous avons répondu en montrant le vide de la notion de substance appliquée à la délinition prétendue des êtres, soit matériels, soit personnels, puis en développant les idées les plus générales de fonction et de loi dans leur sens concret. Elles renferment, en ce sen<, et permettent de présenter sous une forme, la seule scientili(iue, et même la seule intelligible au fond, tout ce que nous savons ou d'un corps ou d'une conscience, c'est-à-dire les relations tant internes qu'externes (jui les constituent et au delà desquelles il n'y a pas de connaissance possible (1). Or le monadisme est une théorie générale de l'existence où il est facile de considérer Pidée de substance, appliquée à toutes les monades, comme l'expression générale et symboli(iue de l'unité de l'être individuel, et l'idée iVàrne comme cette même idée relative soit au priucipe élémentaire, soit surtout au principe hégé-
(1) Essais de Critique gc)\ craie, Premier Essai, %% XVIU à XXiV.