J)U FOND DE LA NATL'KE
ne réussissaient à satisfaire la raison. Pour nous, il n'y a plus d'achoppement : nous revenons encore au fait insurmontable de l'existence, et à celui de son premier commencement, que notre logique nous force d'y joindre, et nous nous y arrêtons. En effet, les êtres sont inséparables de leurs rapports; ce sont des rapports qui les constituent pour eux-mêmes et à l'égard des autres; il faut donc que le principe de leurs communications soit donné avec eux et dans leur essence. L'harmonie de causalité par laquelle une force, témoignée représentativement dans un être, correspond à une modification dans un être dilférent, n'est ni plus inconcevable ni moins nécessaire que ces harmonies, c'est-à-dire ces lois de nombre, d'étendue, de durée, de qualité, de devenir, de finalité, sans lesquelles l'être n'est pas plus intelligible pour lui-même qu'il ne l'est relativement aux autres ; et la modification causale de soi-même est un mystère aussi grand que l'action sur autrui. Mais encore une fois ce mystère est l'existence même, inséparable des rapports qui la définissent ; et peut-on nommer l'existence un mystère, ou, si on la nomme ainsi, chercher à le
pénétrer?
La partie en quelque sorte extérieure des forces, leur efficacité dans les sphères où elles s'étendent, les communications qui en résultent, représentent donc une harmonie des êtres, un
ordre, des lois, lois toujours inhérentes à toutes les définitions possibles de ces êtres eux-mêmes. Cet ordre existe d'abord entre les pulsations les plus simples qui se réunissent pour composer les fonctions des êtres élémentaires; il se retrouve dans les composés, pour former des fonctions physiques plus complexes; dans les corps vivants, où il réduit à l'unité d'un tout les produits de tant d'énergies de genres difi'érents; enfin, dans les êtres personnels, dont l'individualité, la permanence et la mémoire, c'est-à-dire la conscience même, n'ont pas d'autre fondement. Il ne change pas de nature quand il se produit entre des phénomènes appartenant à des groupes ditlérenls, entre un mouvement et un autre mouvement, une représentation et une autre représentation, une conscience et les objets de ses déterminations, au lieu de relier seulement, dans le temps et dans l'espace, les éléments de chacun de ces groupes individuels qui sont les êtres, ou, moins que cela, les actions dernières dont la répétition périodique définit l'existence d'un atome en un point donné. Ce sont toujours des lois, rien ([ue des lois, qui font du monde cet ensemble d'êtres qu'il est; et comme des phénomènes incohérents ne pourraient ni connaitre ni être connus, je répète pour terminer (|ue ces lois sont une partie intrinsèque de l'existence, et ne peuvent pas plus qu'elle être expliquées ou mises en problème.
MULTll'LIGATIOX KT ])1VI.S10X
Observations et développements.
Multiplication et division des i)hciionicnes.
Comment doivent s'envisager et se comparer, tant à l'égard de l'imagination qne de l'entendement, la doctrine, si vulgaire aujourd'hui, de l'inflniment grand et de l'infiniment petit dans la composition des phénomènes d'étendue et de durée, et la théorie suivant laquelle il faut considérer, en toutes choses composées, des premiers ou derniers éléments et des nomhres déterminés? — Cette question n'a jamais été bien posée; il y régne une incroyable méprise.
On a coutume de s'adresser à l'imagination pour mettre les esprits, à ce qu'on croit, sur la voie de la conception de l'inlini actuel. On trouve des images, comme celle d'un aigle qui passerait de mille en mille ans, froissant du bout de l'aile une splière d'airain de mille lieues de diamètre, et on vous invite à penser au temps nécessaire pour que la boule, qu'on suppose n'être soumise à aucune autre inlluence, soit usée, et toute sa matière dispersée. On ajoute alors que ce temps « n'est rien par rapport à rinfinie durée; » mais tout ce qu'on obtient ainsi de l'esprit, c'est de le porter à penser à des durées encore plus grandes. Cx^st comme si, en arithmétique abstraite, après avoir con<;u, — ne disons plus imaginé, — un nombre tel ipie mille, par exemple, élevé