‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 50 sur 199 · DE LA PHYSIQUE · texte numérisé non relu

DE LA PHYSIQUE

refuse à tous ces phénomènes divers, et réels comme phénomènes, le caractère numérique. Il faut donc qu'ils aient formé et qu'ils forment des nombres, un nombre, et ([ue ce nombre soit fini ou infini. Mais rinhni est contradictoire. Donc la thèse est vraie et Vantlthèse est fausse. Kant s'est refusé aie reconnaître. Est-ce donc que son genre d'idéalisme était au fond un monisme absolu, et l'univers, à ses yeux, une pure apparence? Il est difficile d'en décider.

C0XJECTri{KS SLR LE KOXn Di:S LOIS XATriŒLLES.

IMIYSIOIK SPÉCIALE.

La pres(|iie totalité des phénomènes qui composent l'histoire i)hysiqiîe des êtres nous est pro^ fondement inconnue. Nous posons quelques principes sur ce que j'ai appelé le fond de la nature; nous alleiynons i)ar l'expérience un très petit nombre des faits du passé; nous observons dans le présent les grandes résullantes d'une multitude de lorces dont les éléments sont cachés, et l'intervalle jeté entie nos connaissances rationnelles les ])lus générales et les phénomènes particuliers qui s'accumulent pour la moindre de nos sensations laisse à peine paraître de loin en loin quelques-unes de nos découvertes ou de nos hypothèses les plus heureuses. Contre une des

grandes lois naturelles, définie et confirmée depuis deux siècles à peine, la loi de la gravitation, nous pourrions en soupçonner, dans la masse de nos observations, autant d'ignorées qu'il y a de classes importantes des fonctions des corps : cohésion, élasticité, mouvement communiqué, chaleur, lumière, électricité, affinités, propriétés organiques. Si nous croyons savoir quelque chose de plus de la lumière, c'est grâce à une hypothèse suggérée par l'analogie des phénomènes optiques et des phénomènes acoustiques ; encore YcUier n'est-il pas coërcible comme l'air, jusqu'à présent du moins, et son existence reste douteuse, et nous ne pénétrons rien du rapport d'un tel iluide élastique avec nos organes sensibles, non plus que de ceux-ci avec les sensations elles-mêmes.

Ainsi, tantôt il nous arrive de ne pouvoir séparer ou saisir les éléments radicaux de phénomènes physicfues dont la nature multiplie les apparences et dont l'observation démêle à grand'peine des lois partielles ; tantôt nous voyons se placer des intervalles vides, des hiatus mystérieux entre les fonctions de genres différents, telles ({ue les lois physiques et la vie, ou la vie et la personnalité, qui pourtant soutiennent des rapports intimes et nécessaires. Je ne veux pas dire que, dans la réalité des choses, ces intervalles soient comblés jusqu'à identifier leurs

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PIIOBLKMR PHILOSOPHIQUE

DK LA PIlYSlorK

aboutissants : ce serait me faire l'illusion que j'ai si souvent combattue, qui nous porte à envisager, au lieu de l'harmonie des phénomènes, les s>^nboles de la substantialité et de la causalité transitive. Mais il est permis de croire (jue de réels intermédiaires existent que nous ne pouvons définir, et ce sont vraisemblablement ceux dont l'essence touche au fond de la nature.

Il n'est pas de mon plan d'entreprendre une critique détaillée des éléments de la nature et des sciences, pour arriver aux fonctions humaines et morales, mon objet spécial Mais je voudrais marquer quelques applications de mes principes, en suppléant par des conjectures aux connaissances absentes qui frayeraient le passage de la loi la plus universelle que la critique ait pu se proposer, aux lois multiples et variées dans lesquelles est comme perdu le simple observateur. Ailleurs, je me suis demandé comment les sciences se divisent, au point de vue de la méthode et de la certitude. Ici je chercherai la manière de les réunir pour rendre compte du genre des agents en (jui se résument les phénomènes. Il ne s'agira donc pas de déterminer ces phénomènes et leurs lois, tels que l'expérience les donne pour nous, ou conformément aux catégories de notre représentation, ce qui serait de la science actuelle, mais de nous faire, autant ([ue possil)le, une idée de ce qu'ils sont quand on les

rapporte aux êtres externes eux-mêmes, ce qui anticipe sur cette même science. J'indiquerai à quelles classes les phénomènes paraissent devoir se réduire dans l'état présent de la physique, et je tirerai, de l'examen rapide de ces classes, des conséquences proba])les sur la constitution et les rapports mutuels des êtres en correspondance avec nos propres représentations. La question tient lieu de la thèse ancienne de Yen soi et de la substance. Pour n'être pas chimérique comme celle-ci, elle ne laisse pas d'être insoluble à la rigueur, puisqu'il s'y ngit d'êtres inabordables en eux-mêmes , et qui ne sauraient nous communiquer leurs modalités internes. Aussi devonsnous nous borner à des conjectures dont la valeur pi'obable sera jugée selon ce (ju'on croira pouvoir admettre d'hypothèses analogues aux nôtres. Les pi'opriétés apparentes des êtres rentrent dans les groupes suivant?, sans rien préjuger du bien fondé, ni de l'ordre réel des distinctions :

1» La déterminabilité sous les lois de quantité et de position : îrroprîcics numériques et géométriques; 2^ la variation dans le temps, relativement aux fonctions d'impulsion et de résistance : propriétés mécaniques (j'ai déjà traité de ces deux groupes, et je n\v reviendrai que sous un autre point de vue, afin de considérer leurs i-aj^ports avec les autres); 8" la gravitation; 4^ la coJiésion, Yélasticifé et les conditions connues

L ATTRACTIOX ; LA CO^^I^rT'NICATIOX

SOUS le nom des trois états des corps; 5^ les modifications spécialement sensibles comme clinleur; Ç>^ comme lumière; 1" comme sonorité; 8^ les modifications perceptibles à quelque autre de nos sens et d'ailleurs très peu connues; 9*" les phénomènes électri(jues et magnéliques ; lO les états et changements décomposition '.propriétés diiraiqves ; IP les actions spéciales exercées ou subies par les êtres oi'ganisés : propriétés biologiques.

Prenons toutes ces propriétés par ordre et cherchons de (juelle manière et dans (juels êtres elles se témoignent pour donner lieu aux phénomènes sensibles qui sont des fonctions de nousmêmes en rapport avec ces êtres. C'est la question philosophi(iue de la physique.

Suivant l'hypothèse acceptée dans le chapitre précédent, et vers laquelle convergent visiblement les recherches physico-mathématiques, la force attractive, principe de la gravitation universelle, pourrait n'être que l'un des états d'une force plus générale, tantôt d'attraction, tantôt de répulsion, selon les dislances mutuelles de ses centres d'action (le sens attractif s'établissant définitivement aux distances devenues sensibles, et se réglant alors sur la loi de NeAvtou). 11 faut voir aussi une dépendance de cette force générale dans les attractions exercées à de petites dis-

\W ^[OrVKMEXT.

tances entre les molécules d'un liquide, ou entre celles-ci et celles d'un solide, attractions supposées et véritiées par l'explication des phénomènes de l'adhésion et de la capillarité. L'intensité des actions varie avec la nature des corps rapprochés, et, sous ce rapport, elles foi'inent une sorte de transition aux forces attractives spécifiques de la chimie. Enfin, nous devons sans doute ajouter le frottement aux phénomènes dans lesquels l'attraction tient une place essentielle.

Qu'est-ce maintenant que l'attraction? On parait avoir obéi, pour s'en rendre compte, à deux tendances opposées, mais également justifiables. La science n'a vu en général, et ne voit de plus en plus dans l'attraction que la loi suivant laquelle des corps se rapprochent dans des conditions données; elle fait profession d'ignorer les causes intimes du rapprochement. Quand il lui est arrivé de s'en enquérir, elle a souvent penché à les ramener à la cause (bien (|ue inconnue également) de la communication mécanique du mouvement, inovennant les intermédiaires nécessaires, intermédiaires (ju'il fallait alors déterminer hypothétiquement. En ceci, il n'est pas jusqu'à ce moyen de l'hypothèse, ordinairement si prompt et si facile, qui n'ait offert de grandes difiicultés. Au contraire, le monde étranger à la science a cru comprendre à merveille que les corps fussent propres ii s'attirer mutuellement

T/ATTIÎACl'IOX : LA COMMINK :aT10X

DU mouvkmt:xi\

par une vertu interne; et la loi strictement mathématique des mouvements dus à cette vertu le préoccupait médiocrement. C'est sous la forme proscrite de qualllc occalle que l'attraction a fait fortune, on peut le dire, dans le plus grand nombre des esprits, si bien (ju'une découverte aussi célèbre ne remonterait pas alors seulement à Newton (on doit même ajouter qu'en ce sens Newton la répudiait;, mais qu'elle se retrouverait à toutes les époijucs de la spéculation depuis Empédocle Jus({u'à Uoberval , en passant par saint Augustin. La donnée d'une appétilion portant les corps soit les uns vers les autres, soit vers la masse terrestre, était non seulement une ancienne idée scientifique du domaine public, mais presque un sujet littéraire. C'est le point de vue du })hénomène en tant (jue représentatif, ou dans les êtres (jui en sont le fondement, i.e vrai point de vue des sciences, (|ui n'exclut pas l'autre et n'en est pas exclu, est dans les lois observables ou vériliables, abstraction faite des causes, surtout des causes de cette nature. La connaissance philosophique doit réunir les deux points de vue, en convenant de l'hypothèse. Mais l'hypothèse nous semble grandement contirmée par les raisons développées ci-dessus, qui nous obligent à voir le dernier siège des phénomènes en des êtres complets, c'est-à-dire délinissables en tant que représentations.

Ainsi nous reconnaissons dans la loi de la gravitation, d'abord la loi, démontrée et certaine, ensuite l'attraction appétitive donnant représentativement dans les êtres élémentaires ce que les mouvements donnent en représentés pour nous. La pesanteur serait donc une première et grande résultante des forces atomi({ues. Si elle réside dans les derniers et véritables atomes, elle est simple autant qu'universelle. Si, au contraire, elle n'était qu'un elfet de la propriété répulsive de l'éther, elle ne laisserait pas de s'étendre à toute la nature sensible. Mais cette dernière hypothèse semble bien exclusivement mathématique et peu favorable à l'intelligence philosopliique du monde physiijue. En donnant la préférence à la première, on est libre de croire l'éther lui-même pesant, si d'ailleurs il y a un éther, puisque étant supposé envelopper et pénétrer tous les corps, ce fluide d'une ténuité extrême ne pourrait rendre appréciable dans aucun phénomène ni l'absence ni la présence de la force gravitante dans ses particules.

Dans l'hypothèse de la gravitation élémentaire universelle, on a à rendre compte de la loi d'inégale densité des corps. La chimie prouve, en effet, (jue cette loi est moléculaire, et non pas seulement relative aux volumes sensibles. Je m'arrêterai sur ce point à propos de la théorie atomistique des chimistes.

t/a'i TiiAC riox ; la communigattox

Une ancienne objection contre la force attractive à distance a été récemment renouvelée. Gomment se peut -il que la distance intervienne dans l'état d'une force dont le siège est intérieur à la matière ? 11 se produit donc et il s'anéantit de la force dans un corps, par cela seul qu'un autre corps étranger au premier et indéfiniment éloigné vient c\ s'en rapprocher ou s'en éloigner encore? Au moins faudrait-il que la force gravitante, créée ou détruite, correspondit à une force d'une autre nature, détruite ou créée au même moment, et d'une intensité équivalente, puisqu'une induction très forte de l'expérience porte à penser que les forces ne peuvent ({ue se transformer, leur somme demeurant invariable? Cette dernière question ouvre un champ de spéculations intéressantes, et toutefois ne lève pas la difficulté principale. On croirait tout d'abord y mieux réussir en admettant ({ue la gravitation s'opère par des intermédiaires à rechercher, ou du moins à confirmer, puisijue la physique propose aujourd'hui réther. Mais, à moins de poser le plein de matière, et sans doute on n'y songe pas, tous les milieux imaginables ne sauraient le moins du monde diminuer ce qu'on trouve d'incompréhensible dans les actions à distance; toutes les actions sont et resteront de cette nature; et que les distances soient grandes ou petites, le mys-

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