LES OBJECTIONS DE J.-P. STALLO
saire à qui veut poursuivre utilement la recherche, et n'être pas exposé à laisser échapper par prévention les découvertes qui corrigent les théories, et parfois les renversent et les remplacent. Cela s'appelle ne point croire, dans le sens fort et élevé du mot. Mais, si Ton prétend n'admettre point de théories, point d'hypothèses, on marche en aveugle à travers des faits disséminés, et l'on ne saurait même avoir pour but àQ prouver quelque chose.
Les objections de J.-B. Stallo contre la physicjue mécanique
et Tatomisme.
Le livre de J.-B. Stallo : La matière et la physique moderne (1), renferme certainem.nt ce que la criti(iue scientifique a produit de plus intéressant depuis le célèbre Cours de philosophie positive, d'Auguste Comte, et mesure les progrès accomplis à la fois dans la philosophie naturelle, comme on nommait anciennement la physique, et dans l'appréciation philosophique des méthodes. L'auteur, très érudit dans les sciences, et philosophe instruit et fort éclairé, — second point qui manquait à Comte, dont la critique sous ce rapport allait à l'aveugle et dogmatisait sans s'en apercevoir, — est un ancien hégélien qui s'accuse d'avoir payé sa dette, étant
(1) Un volume de la Bibliothèque scientifique internationalc (1884, en édition française).
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LES OBJRr/nONS DE J.-B. STALLO
bien jeune encore, à « la maladie métaphysique qui semble être un des désordres inévitables de l'enfance intellectuelle ». C'est, au fait, le péché de métaphysique qu'il reproche à « la science moderne » ; il demande que les « préoccupations ontologiques » soient sérieusement écartées de l'esprit des savants, et que les questions cessent définitivement d'être posées dans des termes qui impliijuent des suppositions erronées et rendent impossibles les solutions rationnelles. Il attaque donc et soumet à une critique souvent des plus sagaces et des plus approfondies, avec une dialectique rigoureuse, les notions réalistes les plus communément reçues des savants sur la matière et le mouvement, en particulier l'atomisme. Son objet en cela est diamétralement opposé à celui qu'a poursuivi le positivisme, allié réel du matérialisme, sous la fausse apparence de s'abstenir de toute spéculation. La critique de J.-B. Stallo vise à détruire la croyance suivant laquelle les faits et les principes véritables des sciences physiques seraient de bons garants pour un état assez commun d'opinions et d'idées qu'il appelle très justement les basfonds et la demi-science du matérialisme.
Il y a, suivant l'auteur, quatre erreurs fondamentales, dont la métaphysique et les illusions nées du langage sont la source, et qui sont en quelque sorte des vices structuraux de l'intelligence. Elles consistent à supposer :
a lo Que chaque concept est l'équivalent d'une