CONTRE LA PHYSIQUE MÉCANIQUE
réalité objective, et qu'il y a autant de choses, ou classes naturelles de choses, que de concepts.
» 2o Que les concepts plus généraux ou plus exlenslfs et les réalités correspondantes préexistent aux concepts moins généraux, plus coiupréhensifs, et aux réalités correspondantes, et que ces derniers concepts et réalités sont dérivés des premiers, soit par addition successive d'attributs ou propriétés, soit par une évolution, les attributs ou propriétés des premiers étant considérés comme impliqués dans ceux des derniers (1).
» 30 Que l'ordre de la genèse des concepts est identique avec Tordre de la genèse des choses.
» 40 Que les choses existent indépendamment de leurs relations et antérieurement à elles ; que toutes les relations ont lieu entre des termes absolus ; et que, par conséquent, toute la réalité qui appartient aux propriétés des choses est distincte de celle qui appartient aux choses elles-mêmes. »
Or la théorie mécanique est, selon M. Stallo. un exemple de la première et de la seconde de ces erreurs de la métaphysique : — de la première, parce que la matière est un concept, le summum geaus de la classification des corps, objets des sciences physico-
(1) Iinpliqiiés, ou impliquants 'i Xous n'avons pas le texte anglais à notre disposition. Mais l'idée qui se développe plus loin est mieux rendue, si nous lisons : derniers^ au lieu depr^miVr^, et 'cice-versa.
LES OCJI'XTIONS DK .T.-R. STALLO
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chimiques ; la mas.^e et le mouvement, deux composants de ce concept : et que la tliéorie mécanique suppose que ces trois abstractions répondent à trois choses réelles, telles que les univemalia ante rem et in re des scolasti<iues ; - et de la seconde, parce que cette même théorie suppose ou que les stwima gênera contiennent les choses particulières comme une substance contient ses accidents, et sont éminemment la réalité suprême et permanente dont les attributs fournissent aux qualités de ces choses ; ou (forme évolutioniste de ridée) que les réalités d'ordre inférieur pour la pensée sont contenues, impliquées dans celles de l'ordre supérieur, en ce sens qu'elles en dérivent par un processus de développement. L'auteur montre fort clairement et par des citations bien choisies que le langage et la croyance des physiciens se rapportent à cette métaphysique. La substitution, aujourd'hui commune, de l'idée Force à l'idée Matière n'y change rien, soit qu'il s'agisse des points-forces de Boscovich, d'Ampère et de^Faraday, ou de la force unique à tout faire de Spencer et de ses disciples. Ce ne sont toujours -lue des concepts comme ceux des métaphysiciens, fictions vidées par l'abstraction de tout contenu, comme l'Etre identiUé au Néant, de Hegel, ou la Volonté impersonnelle, de Schopenhauer, ou l'Inconscient, de Hartmann. L'Absolu et la Chose en soi sont les plus beaux déguisements du Néant substantiel; ils excluent par déiinition toute relation possible, et par
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conséquent tout attribut possible; or les notions dont la physique fait usage communément sont du même genre : matière inerte, sans qualités; forces indépendantes de leurs objets et antérieures à leurs rapports; masses séparées des forces, et mouvements absolus, quoique le mouvement en lui-même soit inobservable, étranger à toute expérience possible.
La théorie mécanique est encore un exemple de la « troisième erreur radicale de la métaphysique ... Cette erreur consiste, ainsi que Suart-Mill l'a formulée, « en la supposition tacite, que l'ordre qui règne entre nos idées des objets de la nature doit régner également entre ces objets ». En ell'et, Spinoza a professé en propres termes l'identité de l'ordre et de la connexion des idées avec l'ordre et la connexion des choses. Or c'est ce que fout sans réllexion les physiciens, qui prennent l'étendue, la solidité, Timpénétrabilité pour les formes d'une matière réelle, et non pas simplement de nos représentations : (^ui attribuent les actions physiques au clioc, essentiellement, et donnent ainsi la primauté naturelle aux phénomènes sensibles en réalité les plus com].lexcs et dont l'analyse est la plus diniclle.
EnQn la tliéorie mécanii^ue est un exemple de la <' quatrième erreur radicale de la métaphysique » : celle qui consiste à considérer les relation-; connue des données entre des termes absolus, c'est-à-dire entre des choses indépendantes de leurs relations. « L'existence réelle des choses est coextensive avec
LES OB.TKCTIONS I>K .T.-T5. STATJ.O
CONTRE T.A PHYSIQUE MKHANIQUE.
leurs déterminations... Toute chose réelle objectivement est un terme dans une série de choses mutuellement dépendantes ; en dehors de ces dépendances, il n'v a pas de forme de la réalité, connue à l'expérience ni à la pensée. 11 n'y a pas de quantité matérielle absolue, pas de substance matérielle absolue, pas d'unité physique absolue, pas d'entité physique al)S0lument simple. P-^^ <^« constante physique absolue, pas de type absolu, ni de qualité ni de quantité, pas de mouvement absolu, pas de repos absolu. Il n'y a pas de forme d'existence matérielle qui soit son propre support ni sa propre mesure, et qui subsiste, sous le rapport soit de la -pialité, soit de la quantité, autrement que dans un changement perpétuel, dans un llux incessant de mutations. » Et cependant on voit les physiciens, à l'instar de la méthode ontologique, supposer la réalité absolue dans les derniers éléments des corps, et s'exprimer comme si l'étendue, la durée, le mouvement, la masse, le poids étaient choses existantes hors de relation et qui appartiennent primordialement à l'atome.
La critique de Stallo est donc fondée sur le principe de relativité ; il demande que la chose en soi, U substance, les absolus soient bannis de l'esprit du phvsicien et du chimiste, et que l'illusion de la méthode réaliste soit enlin dissipée, tant de celle qui envisage, en un sujet d'inhérence universel, tons les modes particuliers d'existence et toutes les propriétés, que de celle qui prétend les obtenir par l'évolution
temporelle de quelque sujet abstrait, indéterminé, en qui rien de tout cela n'existait à l'origine.
Je suis loin do contester les principes généraux de cette critique ; ils sont aussi les miens, et j'en ai reproduit avec satisfaction les formules en leur application à l'objet de la physico-chimie. Mais je réclame une importante distinction, que l'auteur a omis de faire, entre le réalisme dogmatique et le réalisme de langage, entre celui qui pose sciemment des abstractions, telles que le point siège de force, et la force même, comme dénomination affectée à une (juautité définie d'accélération en puissance, et celui qui pense vraiment désigner ainsi des entités. Il n'y a pas jusqu'à l'atome de l'atomistique ancienne qui ne fût susceptible d'un emploi correct, s'il se trouvait que le corpuscule solide, impénétrable, et le choc des corps parfaitement durs, fournissent le point de vue le plus avantageux pour la construction d'une théorie des pliénoménes du mouvement. La monade Leibnitienne, que Stallo atta(iue, n'est pas autant (ju'il croit un absolu, puisqu'elle n'a point d'existence corporelle, et que, idéalement, elle est une fonction de i)]iénoménes de perception et d'appétition. Knim l'étendue, la durée et le mouvement ne s'imposent pas moins, en leurs notions, à ceux qui les tiennent pour des lois de la représentation qu'à ceux qui prennent l'espace et le temps pour des attril)uts de sul)stances, et la vitesse pour quelque chose (jui est réellement dans le mobile.
DTOTINCnON GÉNÉRALE
DES FAITS BIOLOGIOUES.
Ces remarques étaient nécessaires ici. parce qu'en traitant des hypothèses^ de hi physique mécanique et, en général, de la réduction de la physique au mécanisme, j'ai pu paraître m'ex poser à des ohjections seml)lables à celles que Stallo développe si bien contre des erreurs de jugement qui ne sont en efTet que trop répandues parmi les savants. Mais je crois m'étre assez expliqué sur la manière dont il convient de comprendre ces hypothèses.
SUITE. — rnÉXOMÈNKS BIOLOGIQUES.
Des phénomènes physiques ou chimiques aux phénomènes biologiques il n'y a point de transition de théorie; il n'y a que des rapports de fait, et tels qu'il en existe entre toutes les catégories possibles. Je sais que plus d'un chimiste pense naïvement avoir découvert le passage, mais sans le montrer, ou plutôt se Halte de n'en avoir nul besoin et de continuer de plain-pied la marche de la science. Sans doute on trouve des faits de domaine ambigu. Mais quels sont les problèmes qui se dressent à la fin sur ce terrain qu'on voudrait pouvoir confondre avec l'ancien? L'origine et la nature de la vie, celles de la sensation et de la volonté, les opérations naturelles qui, dans la génération, qui, dans les organes
formés, dirigent les parties à une fin d'ensemble; les causes qui, pour cette fin, présente aux premiers moments d'une évolution organique, introduisent une espèce déterminée, avec des caractères encore indistincts; enfin, les lois de stabilité et de changement de toutes ces existences spécifiques. De telles questions auxquelles le savant peut objecter aisément qu'elles ne sont pas positives et scientifiques, c'est précisément à celui dont la prétention est de réduire la physiologie à la chimie qu'elles se posent sans échappatoire possible. Il suffit de les énoncer, môme en les ramenant aux termes les plus modestes, pour faire juger de l'intervalle existant entre la biologie et les sciences à méthode mathématique dont nous venons d'exposer l'esprit.
La physique et la chimie tendent aux explications mécaniques, et cehi justement comme fatalement. Ainsi elles descendent la série des phénomènes et des catégories. Mais, d'une autre part, la science en général doit remonter cette môme série, si elle veut approcher des sujets de l'ordre représentatif et finalement les aborder. Il faut bien que la rupture se place à quelque mo~ ment, à moins qu'on ne s'oblige à voir dans les lois de la pensée et dans les vibrations d'atomes définis mécaniquement des choses identi(iues.
La rupture se serait déclarée dans la physique môme, puis(|ue après tout les sensations en sont