DES FAITS BIOLOGIQUES
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une matière réelle. On l'a évitée en ne considérant que la face mécanique du phénomène, et cette abstraction, car c'en est une, a fondé une science spéciale. Mais il y a donc une question réservée, et nous ne pouvons manquer de la retrouver ailleurs. La rupture ne semble pas plus nécessaire en biologie aux savants qui recherchent les lois physico-chimiques en exercice dans les êtres vivants. Mais alors ces savants sont des physiciens et des chimistes. La nature plus complexe du sujet qu'ils analysent ne doit pas nous faire illusion à cet égard, dès qu'ils y font abstraction de ce que ce sujet a de véritablement propre. Ils peuvent donner le nom de biologie à cette étude, à cette science dont le champ est d'ailleurs très vaste. Ce n'est plus (ju'une question de mots ; mais il restera hors de leur atteinte une autre biologie mieux nommée, relative aux lois spéciales de la vie, et dont les procédés tiendront plus de la méthode des naturalistes que de celle des mathématiciens. Ces lois se réduisent à peu de chose ou à rien dans l'esprit de tel physiologiste, transporté en espéi*ance à l'époque où les formations cellulaires et les diverses transformations organi({ues, normales et anormales, la constitution et le rapport des organes, le jeu des vaisseaux, les fonctions du sang, les courants nerveux, les contractions musculaires nous seront connus comme des applications des lois de
la physique et de la chimie. Mais ce physiologiste oublie que la science, en supposant cette interminable carrière parcourue jusqu\au bout, nous donnerait le sens physique des phases et des actions de la vie, sans nous apprendre quelle puissance les enchaîne et les coordonne dans l'unité, les dirige à travers un développement prescrit et circonscrit, et les fait triompher pour un temps de la masse des forces générales, c'està-dire ennemies, si elles n'étaient forcées d'ailleurs de concourir ù l'exécution d'un plan. Nous ne saurions pas mieux que nous ne le savons comment une certaine lin assemble et conduit à l'accomplissement d'un grand tout vivant les propriétés moléculaires d'un germe imperceptible et les conditions extérieui-es, concourantes ou contraires; nous continuerions à ignorer de quelle manière préexistent, dans ce petit amas d'atomes, ici un chêne, là une fougère, ailleurs des vertèbres, un cœur, des poumons, des lobes cérébraux ou d'autres organes moins perfectionnés, avec toutes les lois du concours, de la lutte et de la finalité. Ces choses ne seront jamais atteintes par l'application du calcul et de la prévision mathématique à des données élémentaires : l'observation seule les révèle, l'expérience pourra les approfondir, et elles seraient un jour scientifiquement ordonnées, sans devenir pour cela des dépendances de ces lois simples et en grande
DISTINCTION GÉNÉUALE
partie abstraites, auxquelles nous attachons le pur physique des phénomènes.
La division tranchée de la biologie et des sciences mathématiques de la nature ressort visiblement et de la méthode, et des hypothèses et de l'espèce des données et des phénomènes où la physico - chimie renferme de plus en plus son sujet, presque au même degré que l'astronomie elle-même. Ne sût-on rien de cet état relativement si avancé, et parfaitement défini du moins, auquel sont parvenues ces sciences, ce devrait être assez d'un peu de logique et du pouvoir d'ouvrir les yeux, pour discerner le semblable du ditïérent. Jamais une découverte expérimentale quelconque n'est venue diminuer, si peu que ce fût l'intervalle grossièrement sensible des phénomènes propres de la vie et des lois des corps inorganiques. Ni les beaux succès de la synthèse chimique dans ces derniers temps, ni même le fait improbable de la génération dite spontanée, s'il était prouvé et s'il pouvait l'être, ne sauraient apporter la moindre confirmation ou une espérance raisonnable aux partisans de la confusion des deux ordres d'études. Et certes leur faiblesse se trahit à l'empressement avec lequel ils acclament, comme conformes à leurs préjugés métaphysiques, des travaux remarquables en euxmêmes, mais tout à fait indifférents à la doctrine qui leur tient à cœur.
SYNTHÈSES GHIMIQUPZS.
Ainsi, la chimie parvient à faire directement, dans le laboratoire, avec des éléments tous empruntés à la nature inorganique, la synthèse de produits que nous ne connaissions jusqu'alors que pour les avoir rencontrés tout faits dans les phénomènes de composition ou de décomposition organiques, et les avoir analysés. Mais ces produits ne sont eux-mêmes organisés en aucune manière. Que résulte-t-il de là? Que la chimie peut opérer ce que les organes opèrent, et ce qui leur est 2^'^^opre en qualité d'organes vivants? Non, mais seulement que les organes peuvent faire ou laisser faire dans leur sein, et en harmonie avec leurs fonctions, des composés que les simples lois chimiques permettent d'obtenir. C'est donc un retard de la science, qu*on travaille à réparer, que l'on voudrait présenter comme une conquête sur un domaine plus élevé. Mais conclure du fait de l'œuvre inorganique, dont l'organe est l'agent ou le théâtre, et (ju'on obtient également sans lui, à la possibilité de construire quelque jour de toutes pièces un organe aussi, ou ne fût-ce que la moindre cellule, sans rien emprunter qui y ressemble, c'est la môme absurdité en forme que si quehju'un disait par exemple : les êtres vivants déterminent du mouvement; or, on peut avoir du mouvement sans les êtres vivants, donc on pourrait aussi faire des êtres vivants ii Taide du seul mouvement.
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