LA OUESTIOX DE LA CERTITUDE
La certitude réduite à Tindividualité et à la crovHuce créerait une situation morale intolérahle au commun des hommes, à (|ui manquent également l'énergie, le savoir et une inspiration propre. Le philosophe, le récélateur lui-même, à Texlréme opposé, se soutiennent difficilement seuls dans la conviction ou la foi qu'ils se font. Il y a donc une contre-partie nécessaire de In certitude individuelle.
Le consentement universel n'existe pas de fait, et celui des majorités, s'il y pouvait suppléer, est sujet à varier sous de nombreuses conditions, tout comme celui des individus, proportion gardée. Ainsi, jamais l'approbation d'autrui ne saurait avoir la valeur d'un critère. Et pourtant là est le fondement d'une satisfaction cherchée par chaque personne , une incontestable matière de motifs pour la certitude quelle peut atteindre.
La volontr' individuelle est souveraine jusque dans Tac te de soumission qu'elle fait à une certitude étrangère, et quand même celle-ci serait générale ; car un homme libre ne se rend à nue autorité quelconque qu'après en avoir jugé le poids, qu'après en avoir par conséquent dominé et pu rejeter l'empire. Mais enfin il faut
de ces autorités à la conscience, et si elle n'en trouve pas d'établies à son gré elle travaille à en établir.
La personne elle-même étant et se connaissant muable a besoin de se fixer une fois pour toutes par la volonté dans un ordre d'affirmations, et de devenir une autorité à ses propres yeux , dans la suite de ses efforts et de sa conduite. C'est un véritable contrat de soi avec soi pour poser Tacquis antérieur quelconque en manière d'apriori et de loi pour l'avenir.
A ce contrat personnel, ordinairement instinctif, il se joint, surtout dans Tordre moral et pratique, un contrat soczV// implicite, qui stipule et règle les points sur lesquels les hommes croient s'accorder, et s'accordent en effet à peu près et en principe, à chaque époque et dans chaque nation, sans s'être consultés.
(Jue les hommes s'estiment ainsi liés par un ensemble de droits et de devoirs , quelque obscure et confuse ({ue se trouve souvent cette convention tacite, leurs relations naturelles, en dehors du droit positif, et leurs débats mêmes en rendent témoignage. (Ce droit positif luimême n'a pu se former et s'établir qu'en supposant un droit naturel antérieur, et ce droit
IXTliODT'CTION.
naliirol (Haut un lien réciproque est de sa nature un conlrat social) (1 ).
Le contrat social est. parle lait, et pourvu (|u'on se place dans la série, non à Torigine de rhisloire, un contrat coutumier et non plus sini[»lement naturel. 11 se compose de coutumes el (le ti-aditions, qui se formulent et se modilient on conventions posilives, en lois, sur certains points, et qui snrtont, pour meilleui'e sanction et garantie, s'adjoignent des poiiroin en partie fondés sur la raison, en partie sur les alVeclions d'espérance et de crainte et sur quel- ([ues autres.
Alors V autorité a pris corps. C'est toujours néanmoins l'approbation d'autrui, la conscience d'aulrui plus ou moins multipliée et généralisée dans le présent et dans le passé, qui en est le fondement aux yeux de chacun.
Kn face de V autorité Oi'si Va liberté. L'autorité en tant <|u\d'licace ne peut résulter que des acceptations individuelles. Chacune des consciences groupées dans cet universel est appelée à le contrôler. Chacune y donne son consentement ou l'y refuse, en tout ou en partie, à
(1) Un Iruuvora, dans io Qualriême Essai, des développements sur ces thùses, qu'il est si facile de mal comprendre, et sur les suivantes.