LES RAPPORTS DE LA REPRÉSENTATION
par l'espèce ou le degré. Il s'ensuit de là que le fondement concret des sciences physiques, nécessairement établies sur des abstractions, est à restituer pour la critique. On comprend que cette restitution ne peut se faire qu'en termes très généraux : autrement les sciences mêmes changeraient de nature; mais enfin elle doit se faire, et nous avons vu comment les principes de la mécanique et de la physique, aujourd'hui reçus, nous y conduisaient sans artifice.
Nous avons vu aussi les forces et instincts élémentaires que nous supposions sous les attractions et répulsions, causes des mouvements les plus simples, devenir graduellement plus complexes, prendre une importance croissante qui rendait plus difficile l'œuvre d'abstraction de la science, et entin, à mesure (jue nous passions des phénomènes bruts aux phénomènes de la vie, arriver à la primauté, de sorte que les explications changeaient de nature et que l'ordre des causalités se retournait. Ce changement de sens, quand on an ive aux sciences morales, frappe toutes les consciences que les systèmes n'abusent point, et il s'annonce manifestement dans la biologie, science intermédiaire à cet égard entre la physique et la inorale.
La considération du double sens de la causalité des phénomènes est inévitable pour l'analyse et dans l'étude ordinaire des causes. Mais elle dis-
AUX PHÉNOMÈNES PHYSIOUES.
paraît, ou se réduit du moins à une question de point de vue, pour la critique, lorsque nous en venons à envisager les causes dans leur essence réelle, partout identique et de nature représentative dans les êtres, et à définir la raison de leur efficacité comme une harmonie, dans le temps, entre les phénomènes corrélatifs de ces êtres divers.
Sous le point de vue commun, on voit la causalité exister entre les faits purement physi({ues, comme antécédents, et les fûts représentatifs, sensibles et intellectuels, comme conséquents. On la voit aussi se produire dans l'ordre inverse, en partant de l'imagination et des instincts. On a toujours trouvé quelque chose de bizarre dans la force causale ainsi définie, et non sans raison. 11 nous est aisé maintenant de rendre justice au sentiment profond des anciens qui ne voulaient comprendre de communication qu'entre des semblables, et qui, en conséquence, chargeaient des espèces sensibles d'établir le lien entre le senti et le sentant. Celte doctrine s'est montrée presque indestructible, quoique fortement et justement atta({uée à différentes époques. Elle était nuisible à l'œuvre de la science, et pourtant mieux inspirée que ses rivales, selon le véritable sens concret des choses. Les espèces communicables étaient une invention grossière qui n'était bonne qu'à reculer d'un degré la difficulté de la communi-