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LES RAPPORTS DE LA REPRÉSENTATION

est du ressort de la vie de nos organes, et revêt plus ou moins en nous, selon les degrés de notre attention, le caractère de nos représentations propres.

Nous voyons aussi tomber, je n'ose dire quelque lumière, mais une obscurité moindre sur les étranges phénomènes qui nous révèlent des rapports intimes et mystérieux entre la représentation et les corps, même sans vie, introduits dans l'organisme. Les actions graves et diverses que les substances soumises à nos fonctions assimilatrices et circulatoires exercent sur notre intelligence et sur nos passions sont incompréhensibles à tous les systèmes. Elles humilient le spiritualisme obligé de convenir que des molécules de liqueur ou de gaz peuvent hébéler, suspendre, exalter, affoler l'esprit, et aussi l'aiguiser et le soutenir. Elles devraient étonner le matérialisme, à qui elles posent un peu brusquement la question de savoir comment les composés chimiques amènent, chassent ou transforment les idées. Mais le mvstère des effets moraux de la nutrition et de l'assimilation ne subsiste pour nous qu'amoindri, réduit aux proportions d'un problème ordinaire, quoique impénétrable, dès que notre théorie s'attache à l'unité de principe de la nature et des êtres.

En résumé, nous sommes parvenus dans ce chapitre et dans le précédent à former une vue

AUX PnÉNO.MÈNES PHYSIQUES.

de la nature, en partie conjecturale sans doute, mais en tout conforme à la vérité logique établie dès le début de cet ouvrage. Le monde est à nos yeux un ensemble de représentations divisées, centralisées, associées en modes innombrables suivant de certaines lois, depuis les atomes, où elles commencent, jusqu'aux grands composés organiques, où elles s'unissent. Les actions, les forces se développent partout et nécessairement par pulsations et périodes, dans le temps, l'espace, la quantité et la qualité. L'harmonie des actes, la communication causale qui en résulte pour les êtres de tout genre, est une loi inliérente à l'existence. Enfin, une autre grande loi régit les évolutions naturelles : c'est la finalité, dont chaque représentation partielle renferme un élément, et qui se retrouve dans les rapports généraux de la nature.

Observations et dévelox)pements.

L;i SN utiles*' cliimiciuo et l;i ^io.

Aucun savant, en France, n'a distingué, co semble, eu termes plus nets, les fonctions vitales d'avec tout ce que la synthèse chimique peut réaliser, que celui de nos chimistes qui a le plus fait pour composer avec des éléments de nature et d'origine entièrement inorgaiii(iues une suite de corps longtemps ré])utés ne so pouvoir former que sous rinlluenee des

200 LA SYNTHÈSE CHnriQT'K lOT LA VIR.

« forces vitales ». Les succès de la synthèse chimique ont contrihué à discréditer la considération de ces forces spécifiques, dans l'ancien sens substantialiste ou causalistc, c'est-à-dire mytholo^ficiue du mot ; mais, loin d'avoir porté la moindre atteinte à la distinction des fonctions organiques, et des organes eux-mêmes, d*avec les propriétés et les corps de pure définition physico-chimique, ces succès n'ont pu théoriquement que la corroborer. Il est facile de voir pourquoi; c'est que la doctrine mythologique des forces ne s'opposait nullement à ce qu'une force, unique ou multiple à volonté, fut chargée de fonctions diverses, ainsi que le prouve l'égale possibilité des doctrines telles que Vanimisme, le vilalisyne, et la théorie des natures plastiques. Rien n'empôche, en cet ordre d'idées, que les réactions chimiques auxquelles est due la formation de certains corps utiles ou nécessaires aux organes soient rapportées aux mêmes forces qui créent ces organes. Et même cela est naturel. Mais quand, d'un coté, la physico-chimie est ramenée fondamentalement au mécanisme, quand de Tautre on parvient à former les corps en question par des opérations chimi(iues, — donc mécaniques au fond, — on est obligé de définir le propre de la vie et d'en placer (luelque part la première application.

Lorsque l'on croyait, écrit M. Bertlielot, à la distinction radicale de la chimie minérale et de la cliimie organi(iue, on sup[)0sait rexistence, dans la

LA SVNTIIESl': C:nTMIQUK KT LA VIE.

nature vivante, d'une force particulière capable de triompher des forces moléculaires propres aux éléments de la matière inorganique. « Et l'on ajoutait : « C'est cette force mystérieuse qui détermine exclu- » sivemcnt les phénomènes cliimicpies observés dans » les êtres vivants ; elle agit en vertu de lois essen- » tiellement distinctes de celles qui règlent les mou- » venients de la matière purement mobile et quies- » cible. Elle imprime à celle-ci des états d'équilibre » particuliers, et qu'elle seule peut maintenir, car ils » sont incompatibles avec le jeu régulier des affinités » minérales... » En proclamant ainsi notre impuissance absolue dans la production des matières organiques, deu-x choses avaient été confondues : la formation des substances chimiques, dont l'assemblage constitue les êtres organisés, et la formation des organes eux-mêmes. Ce dernier problème n'est point du domaine de la chimie. Jamais le chimiste ne prétendra former dans son laboratoire une feuille, un fruit, un muscle, un organe. Ce sont là des questions qui relèvent de la ph^^siologie ; c'est à elle qu'il appartient d'en discuter les termes, de dévoiler les lois du développement des organes, ou, pour mieux dire, les lois du développement des êtres vivants tout entiers, sans lesquels aucun organe isolé n'aurait ni sa raison d'être, ni le milieu nécessaire à sa formation (1).

(1) M. Berthelot affaiblit visiblement les prétentions des cliimistes qui professeraient le malérialisnie. Il est vrai

LA i^YNTHKSF, r.TTTMIQT'K I:T L\ VI K.

LA SYNTHÈSE CHLMIOUE KT LA VIi:.

« Mais ce que la chimie ne peut faire clans l'ordre de l'organisation, elle peut l'entreprendre dans la fabrication des substances renfermées dans les êtres vivants. Si la structure môme des végétaux et des animaux écliappc à ses applications, au contraire elle a le droit de prétendre à former les principes immédiats, c'est-à-dire les matériaux chimiques qui constituent les organes, indépendamment de la structure spéciale en fibres et en cellules que ces matériaux affectent dans les animaux et dans les végétaux... Par le fait de cette formation et par l'imitation des mécanismes qui y président dans les végétaux et dans les animaux, on peut établir, contrairement aux opinions anciennes, que les effets chimiques de la vie sont dus au jeu des forces chimiques ordinaires, au môme titre que les effets physiques et mécaniques de la vie ont lieu suivant le jeu des forces physiques et mécaniques ordinaires. Dans les deux cas, les forces moléculaires mises en œuvre sont les mêmes, car elles donnent lieu aux mêmes effets. La chimie organique, développant chaque jour cette démonstration, poursuivra désormais sa marche dans la voie synthétique, jusqu'à ce qu'elle

que ceux-là mémos ne se charr/craient pas de former dans le laboratoire un corps organisé, vivant, et pour cause! mais ils prétendraient que la Nature se charge, elle, de toutes les opérations de cette sorte, sans autres matériaux que ceux que la chimie analyse, et sans moyens autres que physiques , seulement eu des milieux et des circonstances ou ne devine pas lesquels.

ait parcouru tout son domaine et qu'elle ait défini ses limites, aussi complètement que peut le faire aujourd'hui la chimie minérale. Par là elle forme avec cette dernière uu ensemble continu, procédant des mêmes méthodes et des mêmes lois générales, on même temps qu'elle constitue à la physiologie une base et des instruments pour s'élever plus haut (1). >> Un ou deux passages de cette déclaration, mais surtout l'absence de toute indication contraire, permettraient au lecteur de penser que la renonciation que M. Berthelot fait au nom de la chimie à toute pensée de composer des organes vivants, il ne voudrait peut-ôti^e pas l'étendre à la physiologie. Il est à remarquer que les termes qu'il emploie pour caractériser l'organisation, — l'état des corps organisés proprement, et non de ceux qu'on appelle improprement organiques, — se rapportent à la structure exclusivement. Or si toute ladifliculté était de former des (( tissus aréolaires contractiles contenant dans leurs mailles des li(|uides ou des gaz en mouvement (2) », on ne voit pas pourquoi la construction de réseaux, de libres et de cellules rencontrerait, dans l'ordre physico-chimique des phénomènes, une inq)ossibilité qui ne se trouve pas pour la formation de cristaux réguliers à angles déterminés, dont la

(I) Berthelot, Zrt synthèse chïmïque, p. 270.

('^) Je me sers des expressions de Cuvier dans ses définitions de Torganisation, de la vie et de l'espèce {Le règne animal distribue etc., Introduction).

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