‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 80 sur 199 · T,\ SYNTHÈSE C.IIIMIQUK ET LA VIE · texte numérisé non relu

T,\ SYNTHÈSE C.IIIMIQUK ET LA VIE

Structure interne se prête avec des modilications particulières au passage des ondes de l'étlier. Mais le fait est qu'on n'a pas fait le premier pas pour donner une idée de la vie, tant qu'on n':.. pas mentionné le fait caractéristique, l'évolution vitale que Kant délinit comme une fm de la nature (1) : un être organisé, (lui s'organise spontanément, dont chaciuc partie existe pour les autres et pour le tout, et n'existe aussi que par toutes les autres, et devient, pour elles un organe. 11 est positif que tout être vivant nous présente une telle combinaison de moyens et de lins, et un terme initial et un terme iinal, entre lesquels il a naturellement son hlsloire; il est également positif .|ue nulle existence physico-chimique, en tant que telle, n'a de semblables propriétés, en sorte qu'on a le droit de s'étonner que le philosophe ou le physicien cherchent d'autres déflnitions de la vie ; surtout qu'ils tombent dans le vice logique d'en prendre les éléments dans des conditions, nécessaires, il est vrai, mais enUn qui ne sont que des conditions, et auxquelles manque le j^ropriutn de l'objet à définir. A ce point de vue, ce n'est plus comme synthèse chimique, c'est comme synthèse biologique qu'on a à envisager la vie ; et cette dernière synthèse, si, d'un côté, elle est matière d'observation et d'expérience, de l'autre, elle est inséparable de la considération philosophique de cette soUdarité et de cette harmonie

(1) Critique du Jurjcment, | LXR .

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des parties essentielles Je l'organisme dont le principe ne se trouve que dans la loi générale de finalité naturelle. Quant à l'expérience biologique, elle n'a plus pour sujet les réactions chimiques, qu'autant que celles-ci intéressent la composition ou le fonctionnement des organes, et elle devient nécessairement expérience sur le vivant, quand c'est sur les lois de la vie que porte l'investigation et que doivent porter les conclusions.

Les définitions do la vie de Cuvier et de Bicliat.

C'est le plus naturellement du monde qu'on a cru que des corps, non pas vivants, mais qu'on ne trouvait que chez les vivants, ou en opérant sur ceux qui viennent d'eux, ne pouvaient provenir que d'eux aussi, par leur œuvre ou par leur moyen. Toutefois, on tirait ainsi une conclusion illogique d'un fait tout négatif, et si Ton s'était demandé pour quelle raison de simples réactions chimiques ne pourraient pas faire sur le théâtre de la vie ce qu'elles font au dehors et qui n'est point un phénomène de vie, on n'aurait pu en alléguer aucune. Mais, par là môme, ainsi que je l'ai déjà remarqué, les matérialistes ne pouvaient à leur tour appuyer aucun raisonnement sur le fait de la production des « principes immédiats » par des synthèses de laboratoire. La différence d'un organe et d'un composé chimique n'est en rien diminuée par de telles opérations, si loin qu'on

LES DEFINITIONS DE LA VIE

DE (^UVIER ET DE BIGHAT.

réussisse aies pousser. Le composé est une matière fixe dont les éléments sont liés par des lois qui n'impliquent point une évolution, avec le rapport des moyens à une fin, pour la conduire de son commencement à son terme ; Vorgane, au contraire, est fait pour un organisme, est au service d'un tout qui comporte naissance, génération et mort; il s'utilise pour Taccomplissement de cette évolution ; il sert, par exemple, chez les animaux, au cours de cette dernière, d'instrument pour la perception et la poursuite d'une proie; linalement , il meurt avec son tout, qui fait retour à Tétat de matière inorganisée, et la 7nort ne tire ainsi sa signification, et, à vrai dire, son existence que de l'organisation et de la vie; car cela n'aurait aucun sens d'appliquer ce mot mort à des changements d'état ou de composition de corps dont Tétat est stable et la durée indélinie sous certaines conditions, et entièrement pérenne, on doit le croire, quand il s'agit de leurs derniers éléments de

composition.

L'ancien point de vue, celui de la distinction entre la « chimie organique » et la « chimie inorganique » s'alliait à la pensée d'un antagonisme entre les forces physiques ou mécaniques et les « forces vitales ». Que doit-il rester aujourd'hui d'une supposition qui était si naturellement suggérée par l'expérience des phénomènes dont le théâtre est toujours préparé chez les corps « dont se retire la vie ? »

Cuvier, dans rLitroduction de son Règne animal,

expose, en ce langage ferme et serré qui reste un modèle rarement imité de style scientifique, son idée générale de la vie et de l'espèce : « Si pour nous faire une idée juste de l'essence de la vie, nous la considérons dans les êtres où ses effets sont les plus sinii)les, nous nous apercevrons prompteinent qu'elle consiste dans la faculté qu'ont certaines combinaisons corporelles de durer pendant un temps et sous une forme déterminée, en attirant sans cesse dans leur composition une partie des substances environnantes, et en rendant aux éléments des parties de leur i)ropre substance.

» La vie est donc un tourbillon plus ou moins rapide, plus ou moins compliqué, dont la direction est constante, et qui entraîne toujours des molécules de mêmes sortes, mais où les molécules individuelles entrent et d'où elles sortent continuellement, de manière que la foraine du corps vivant lui est plus essentielle que sa matière.

» Tant (pie ce mouvement subsiste, le corps où il s'exerce est vivant; il vit. Lorsque le mouvement s'arrête sans retour, le corps meurt. Après la mort, les éléments (^ui le composent, livrés aux affinités chimiques ordinaires, ne tardent point à se séparer, d'où résulte plus ou moins promptement la dissolution du corps qui a été vivant. C'était donc par le mouvement vital que la dissolution était arrêtée et que les éléments du corps étaient momentanément réunis, »

LES DÉFINITIONS DE LA VIE

DE (XVIEU ET DE BKUIAT.

Après avoir défini et décrit sommairement le fait de l'organisation comme une condition de la vie, et énoncé la loi qui, dans toutes les dilterentes structures, qualités et espèces d'êtres vivants, fait résulter la vie de l'action et de la réaction mutuelle de toutes les parties du corps organisé, Cuvier constate que a tous les efforts des physiciens n'ont pu encore nous montrer la matière s'organisant, soit d'ellemême, soit par une cause extérieure quelconque ». On sait que la science est plus que jamais arrêtée ferme à ce point. Mais Cuvier prend pied de là pour accuser cet antagonisme des forces qu'il ne faisait qu'indiquer plus haut en parlant d'aflinités chimiques orclinaires ; et nous n'admettons pas aujourd'liui d'aflinités de plus d'une sorte. (^ P^n effet, continue-t-il, la vie exerçant sur les éléments qui font à chaque instant partie du corps vivant, et sur ceux qu'elle y attire, une action contraire à ce que produiraient sans elle les afTmités chimiques ordinaires, il répugne qu'elle puisse dire elle-même produlle par ces affinllcs^ et Ton ne connaît cependant dans la nature aucune autre force capable de réunir des molécules auparavant séparées.

» La naissance des êtres organisés est donc le plus grand mystère de l'économie organique et de toute la nature ; jusqu'à présent nous les voyons se dévelopiper^ mais jamais se former; il y a plus, tous ceux à l'origine desquels on a pu remonter, ont tenu d*abord à un corps de la même forme qu'eux, mais

développé avant eux ; en un mot à unparenL.. » Les passages à la suite de ceux-ci concernent la génération et l'espèce, et n'ont pas à nous occuper en ce moment. 11 s'agit de la vie et de ses rapports d'opposition ou d'accord avec les forces du milieu physico-chimi(jue.

Et d'abord Cuvier ne songeait certainement pas à nier des rapports d'harmonie sans les(juels il ne saurait y avoir coexistence, et qui ressortent de toutes parts, dans les moyens de vie que les organismes tirent de leurs milieux, non pas seulement aux yeux des finalistes, mais encore aux yeux des savants qui ne reconnaissent dans la relation du moyen à la lin que celle de la condition au fait même de l'existence. Le reproche d'avoir commis un oubli si étrange ne peut s'adresser qu'à Bichat, auteur de la délinition célèbre : « La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort (1). » Le vice logique d'emprunter l'idée d'une chose à une autre idée non seulement toute négative, mais même qui n'est précisément que

(1) Recherches l'ihysiologiques sur la vie et la 'inort, k la première page. Lf> développement de la pensée ne l'îifTail»lit pas : c( Tel est, on elfet, le mode d'existence des corps vivants que tout ce qui les cnloure tend à les détruire (.'). Les corps inorganiques agissent sans cesse sur eux ; euxmêmes exercent les uns sur les autres une action continuelle ; bientôt ils succomberaienl, s'ils n'avaient en eux un principe j^ermanent de réaction. Ce principe est celui de la vie. Inconnu dans sa nature, il ne peut être apprécié que par ses phénomènes : or, le plus général de ces phénomènes est cette alternai ivc lia])iluelle d action de la part des corps extérieurs ut de réaction de la part du corps vivant... »

LES DEFINITIONS DE LA VIE

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