‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 86 sur 199 · PASSAGE DES QUESTIONS PHYSIQUES. ETC · texte numérisé non relu

PASSAGE DES QUESTIONS PHYSIQUES. ETC

rigine et de finalité prennent l'avance sur la simple recherche de ce qui est.

La transition brusque de la physique des êtres à leur théorie morale, transition que ne vient pas ménager une biologie aux éléments encore si ténébreux, est atténuée seulement par une circonstance. C'est qu'il y a deux questions d'origine sur lesquelles la science croit avoir réuni par observation et induction assez de faits et de lois pour oser avancer des hypothèses autres qu'arbitraires ou que purement morales. La première de ces questions, et pour laquelle la prétention est de beaucoup la mieux justifiée, concerne la cosmogonie matérielle du monde solaire, ou même de l'univers. En revanche, il n'y a plus qu'obscurité complète pour celui qui entreprend de lier à une pareille cosmogonie les commencements, les conditions^ si ce n'est externes, les précédents intelligibles de la vie dans les amas de matière cosmique. Celui-là, physicien, chimiste, physiologiste, n'a certes pas plus droit, sous ce rapport, à ces "titres de savants que jadis ne l'avaient Thaïes ou Anaximandre, idéologues matérialistes comme lui.

La seconde question est celle de forigineoude l'état premier des espèces vivantes, déduits, s'il se peut, des existences actuelles et des développements aperce vables. Ici on fait place à des idées de progrès, par conséquent de finalité, tan-

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tôt volontairement, tantôt ((uelque elVort que l'on lasse pour en masquer l'apparence. L'examen des théories générales de ce genre les plus répai\dues me servira de passage aux doctrines de cosmogonie morale proprement dite. De là. je viendrai ttnfm aux origines humaines, et, progressivement dans un autre Essai, à l'histoire môme de l'iiomme et à l'introduction positive de la moralité dans le monde, en donnant aux faits, à mesure ([uils s'oiTriront à moi plus abondants, toute la prépondérance possible.

On peut admirer sans réserve les tentatives faites à la suite des grands progrès de l'observation et du calcul en astronomie, pour rendre compte des origines mécani.iues du monde. Elles répondent à un besoin de l'esprit scientilique, et le satisfont eu égard à l'état actuel des connaissances. L'hypothèse de Laplace a quehiue chose de grand aussi bien que de conforme aux phénomènes, quand elle nous présente les planètes comme originaires du soleil, et leur formation comme due au retrait successif d'une matière, alors fluide, dont l'étendue et la révolution atteignaient les limites actuelles du système solaire, et dont l'action de la force centrifuge, croissante par ce retrait môme, a détaché des anneaux «lue la pesanteur a condensés ensuite en corps spheroidaux : ces derniers pouvant à leur tour et de la

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môme manière, en se condensant, laisser autour d'eux leurs anneaux ou leurs satellites. Les découvertes ou inductions récentes sur la nature de l'atmosphère solaire, d'une part, et. de l'autre, sur la corrélation de la force avec la lumière et la chaleur, en y joignant ce ({ue l'observation nous apprend des aérolithes terrestres, apporteraient à la théorie un complément précieux si elles nous permettaient de voir dans la zone matérielle appelée Imnière zodiacale, une source d\alimentation pour le foyer de notre monde. Mais ceci est encore tout spéculatif.

Les hypothèses de Kant et de Herschell agrandissent encore la conception de Laplace et la corroborent, en se fondant sur l'observation des amas de matière cosmique, à divers degrés d'expansion ou de condensation autour de noyaux simples ou multiples, plus ou moins l)rillants, depuis les nébuleuses les plus vagues et les plus élémentaires jusqu'aux étoiles proprement dites et à certains de leurs groupes, pour nous rendre probable un mode de formation de tous les corps célestes tout semblable à celui que nous admettons pour le système solaire. Et une vue si admirable reçoit un surcroît de sublimité par la considération des espaces affectés à ces grands phénomènes, quand on regarde le système dont nous faisons partie comme n'étant lui-même qu'une portion minime d'un ensemble qui coni-

prend toute la zone de la voie lactée, et cependant n'occupe pas plus de place dans le ciel visible que telle des nébuleuses indécomposables pour nos télescopes.

Au reste, ces faits primordiaux et élémenlaires de génération cosmique, et les lois qui les renferment selon les hypothèses que nous venons d'exposer sommairement, ne dépassent point la donnée de la gravitation universelle , jointe aux lois générales du mouvement. La force centrifuge, dont le rôle est si considérable, n'est pas ce que des rêveurs ignorants pensent et publient de temps à autre, une force essentielle interne, inhérente à la matière aussi bien que la force centripète de la gravitation, et donnant lieu aux phénomènes par la loi d'un antagonisme primitif. C'est une force composante qu'on peut envisager dans le mouvement d'un corps quelconque dont la trajectoire n'est pas rectiligne. Les mouvements de translation en lignes courbes proviennent d'ailleurs de deux causes : 1' une force attractive dirigée vers de certains centres: 2" une inil)ulsion qu'on a coutume d'appeler initiale, mais qu'on sait n'être que la résultante des forces quelcon(jues qui ont agi sur le mobile, considérée en son application au centre de gravité qu'elle tend à transporter avec une certaine vitesse en ligne droite. Coamiunément , la résultante de forces quelconques ne saurait s'exprimer ainsi

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tout entière, et il faut y joindre un mouvement de révolution du mobile autour de son centre de gravité. De là vient que les grands corps de l'univers sont animés, et le sont probablement tous, d'un mouvement de rotation sur eux-mêmes en môme temps que de translation dans l'espace. Et Ton voit que les seuls éléments primordiaux de la mécanique céleste sont, d'une part, la gravitation, de Tautre, l'ensemble des forces de toute nature qui ont contribué à l'établissement des mouvements actuels, et dont l'analyse mathématique permet de représenter la résultante avec une grande simplicité.

Je reviens aux hypothèses cosmogoniques mécaniques. Leur sublimité, bien que toute matérielle, me frappe et je les crois très probables. Mais la sphère d'abstractions où elles régnent les rend indiiiérentes à la conception morale du monde, à l'ordre de la vie ; et les forces physiques spéciales en sont même écartées. Ici comme ailleurs, l'astronomie et la mécanique arrivent à une grande perfection relative. Ce succès est du à la simplicité du sujet, laquelle provient de généralisation et d'abstraction. Les causes physiques réelles, les êtres véritables et les causes finales ne sont guère plus absentes des mathématiques pures qu'elles ne le sont de la cosmogonie astronomique. Laplace nous dit que les causes finales sont un effet de notre ignorance, une illu-

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sion, un mirage (jui recule à mesure que nos connaissances s'étendent. C/est bien parler pour un mathématicien et même pour un physicien ; mais il n'en est pas moins vrai que la nature réintégrée en son tout et divisée en ses parties concrètes, non plus dépouillée de certains attributs essentiels qui embarrasseraient sans profit la science, ou plutôt (jui l'arrêteraient net, la nature exige qu'on lui rende les causes finales. L'homme, cette finalité vivante, ne peut ni concevoir sa propre existence, ni rendre un compte adé(iuat du monde en rapport avec lui, sans restituer à ce monde des qualités si fondamentales parmi celles qui le constituent lui-même. Aussi les théories de cosmogonie morale ont occupé une grande place dans les efforts spéculatifs et dans la foi de l'humanité. Cette place, au fond, n'est pas diminuée, et peut-être n'est elle pas devenue aussi vide qu'on le croit; ou il faudrait que la nature humaine eût subi une éclipse étrange entre tant de progrès I

On remarque la môme absence d'une pensée de lin et de moralité dans les tentatives de cosmogonie biologique, dont je prendrai ici le grand naturaliste Lamarck pour le principal représentant. Bien plus, la vie elle-même n'est appelée dans ce genre de systèmes que pour s'y voir ramener à la non-vie en tant que substance et cause.

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Aux temps les plus anciens de la spéculation, avant les ïhalès, avant la Grèce, des prêtres babyloniens ou pliéniciens paraissent avoir imaginé la mer, la nature sous le point de vue de l'humide et dans sa masse la plus formidable, comme une matrice de monstres et d'êtres imparfaits successivement essayés, ou encore d'éléments organiques, de membres séparés qui, à la longue, seraient arrivés, par voie de tâtonnements ou de rapprochements, à une existence durable et reproductive. Il est vrai que la Terre, le Ciel et la Mer éveillaient alors dans les esprits des idées moins étroites, je ne dis pas moins grossières, que ne sont les notions physiques abstraites des modernes. Les mômes concepts de génération cosmique reparaissent peu modifiés chez quelques philosophes grecs; et après bien des siècles d'intervalle, on les retrouve chez les penseurs aventureux de la géologie dans l'enfance, sans autres amendements qu'une certaine préoccupation de la matière première de l'animalité et de la marche de son développement. Les végétaux attirent moins l'attention, et Lamarck lui-même en tient médiocrement compte dans sa genèse.

La recherche et la découverte, à ce qu'il croit, d'une série linéaire des animaux, et la détermination, encore que vague, d'un point de départ commun des espèces donnent de l'intérêt au système de Lamarck; et pourtant nous ne sommes

pas plus avancés avec lui, qu'on ne l'était à Babylone, nous le sommes à quelques égards un peu moins, quand nous prétendons que la vie est le produit des mouvements inconnus d'une matière inconnue, et que toutes les espèces sortent d'un premier type que nous ne pouvons déterminer, et par l'elfet de conditions et actions externes que nous ne définissons pas. On voit que la dilférence est grande entre des hypothèses comme celles de Laplace et d'Herschell, et une hypothèse comme celle de Lamarck. Les premières expli(iuent mécaniquement des phénomènes de physique mécanique et ne les dépassent pas : dans leur sphère, elles nous agrandissent la vue au delà de ce qu'on aurait cru possible; la seconde se flatte de construire la vie avec certains solides, certains lluides, certains milieux et certaines circonstances, toutes choses étrangères à ce qu'est la vie ellemême, et nos conceptions doivent à la fin se rétrécir jusqu'à étrangler le véritable univers en le faisant entrer dans une abstraction de matière. Lamarck déclare l'espèce moins ancienne que la nature et ne s'arrête pas à discuter le principe philosophique de la spécificité. 11 cherche à démontrer que les espèces, ou ensembles et suites d'êtres descendus de communs parents, sont modifiables et variables, et ses preuves, appuyées sur des faits assez bornés, sont loin de lui permettre de passer toutes limites et de confondre

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les genres, les familles, les classes, en tant que degrés de développement d'un seul et même type. Il franchit donc ce pas et se transporte à une époque et dans un milieu où exi^:tent des corps « à parties contenantes et dans un état approprié », puis « des fluides contenus qui y sont en mouvement», et une cause externe « excitatrice des mouvements et des changements qui s'y opèrent ». Là, il se flatte de voir la vie résulter des relations de ces trois objets, en résulter uniciuement, résulter de cet état de choses qui rend les ynouvements organiques possibles^ et de C action d'une cause stimulante qui excite ces mouvements.

« L'opération de la nature pour former ses créations directes, écrit-il naïvement, consiste à organiser en tissu cellulaire les petites masses de matière gélatineuse ou mucilagineuse qu'elle trouve à sa disposition et dans des circonstances favorables; à remplir ces petites masses celluleuses de fluides contenables, et à les vivifier en mettant ces fluides contenables en mouvement à l'aide des fluides subtils excitateurs qui y affluent sans cesse des milieux environnants ». C'est par ces moyens que les canaux s'allongent, se divisent, se solidifient, etc., et que paraît à certain moment Y orgasme : l'orgasme, faculté encore obscure chez les végétaux, grâce à un arrangement qui ne se prête pas à mieux, mais qui,

chez les animaux, est la cause de la iiropriété d*ètre irritable, et eftet lui-même de la cause excitatrice du tissu cellulaire. Cette irritabilité est le propre de l'animal.

La nature produit donc, selon Lamarck, des générations directes, dites spontanées. Elle les produit du moins quand il s'agit des animaux inférieurs, tels que les infusoires; et, pour le dire en passant, la génération par voie de parents n'est guère qu'une application du même procédé donnant certaine disposition et excitation à certaine matière. Mais ensuite la nature a d'autres moyens pour tirer des plus bas animaux les animaux perfectionnés. Le système devient en même temps plus intéressant, car jusqu'ici nous nous traînons dans l'ornière des plus creuses formules de la mythologie de la matière. Il se trouverait aujourd'hui peu de physiologistes favorables à l'explication de la vie et de son origine par des fluides dont l'existence même est un mystère et un acte de foi : presque tous aimeraient mieux s'adresser à des propriétés biologiques, qu'ils traiteraient de spéciales provisoirement, mais qu'ils supposeraient n'être dans le principe que des propriétés physico-v'^-himiques développées dans la composition molév'ulaire et fondées dans les atomes. C'est un progrès des vues de la science, si ce n'est une amélioration bien notable des visées philosophiques. En revanche^ beaucoup de natu-

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