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ralistes conserveraiept encore leur faveur à la thèse de Lainark sur l'influence des milieux, le rôle de Thabitude et la transformation de l'espèce par des causes premièrement externes.
Lamarck attribue à ses fluides en mouvement une modiflcation du tissu cellulaire selon les circonstances de lieu, d'habitation, de régime, etc. Toutefois le changement des circonstances n'a pas, dit-il, une action directe sur les parties constitutives d'une espèce. Mais les besoins changent avec les circonstances; les emplois, puis les habitudes des organes changent avec les besoins, et l'organisation change avec les habitudes. Ainsi l'habitude surtout fait l'espèce. Ici reparait, dans le système, la nature personnifiée par le naturaliste. La nature échelonne ses productions du plus simple au plus composé; elle obtient les facultés des animaux par les effets d'une organisation de plus en plus complexe : au plus bas degré, la vie toute seule, rirritabilité; ensuite, l'organe se développe par son emploi, et la nature ajoute à l'irritabilité, devenue insuffisante, l'action musculaire et l'influence nerveuse. Après la simple puissance excitatrice des mouvements vitaux, et des actions des animaux encore imparfaits, par les milieux environnants, vient enfin le sentiment intérieur, phénomène qui rêsnlte des fonctions d'un système d'oryanes capables de la produire. Lapuissance passe alors de t extérieur
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à l'intérieur et finit par appartenir à l'individu lui-même (1).
La série linéaire des animaux, de laquelle on ne tomberait pas d'accord aujourd'hui, car le principe même n'en parait plus applicable aux meilleurs observateurs et aux classificateurs les plus compétents, cette série donnée avec confiance, non moins que l'intervention de l'idée d'une nature ordonnatrice, nous introduit dans un genre d'aperçus tout autre que celui où semblait nous confiner la genèse pliysique des espèces. L'existence admise de la série établit le progrès d'organisation des êtres comme un fait, et porte en conséquence l'auteur à accepter la donnée d'une fin dans le monde. On le voit donc sans étonnement parler d'une nature qui se îyropose peu à pieu, et qui dispose des moyens pour faire exister des systèmes d'organes. On le voit même conduit à s'adresser la question de la nature de cette nature, et prendre aussitôt le parti de la regarder tout entière comme un effet, et se plaire, c'est lui qui parle, à admettre qu'il y a une cause première, raalgré l'impossibilité oii il est de le savoir ptositivement, et « n'ayant aucun moyen de raisonner sur ce sujet ». C'est que les illusions familières aux philosophes des écoles qui prétendent ramener les phénomènes supé-
(1) Lamarck, PliUosophie zoûlogique, "2° \>", Introduction cl cliuii. I ol H.
rieurs aux phénomènes inférieurs par l'emploi des catégories de cause ou de substance ne vont pas en quelque sorte au plus profond de leur propre esprit, et leurs thèses de matérialité pure n'épuisent pas pour eux le concept de l'univers. Il arrive que le matérialiste Cabanis est, dans son œuvre posthume, un panthéiste stoïcien, que le matérialiste Broussais laisse un testament déiste, et que le matérialiste Auguste Comte, en sa seconde manière, élève des autels à quelques universaux de la vieille scolastique, Orand-Llre Grand-MiUeu, et à quelques dieux plus concrets de l'antiquité, dont le premier s'intitule Grand-
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On fait dire à Laplace, parlant de Dieu, qu'il s-est passé de cette hypothèse. Laplace, astronome et mathématicien, a pu et dû se passer en effet, dans Tordre de ses théories, de tout ce «lue le nom de Dieu enferme pour l'esprit humain. Mais cette abstention devient une gageure difhcile à tenir pour le savant qui s'applique à la nature vivante, et rencontre aussitôt sur ses pas le pro- ■ blême de l'existence de lois «lui semblent intelligentes, d-autant plus (lu'il accorde à ces lois une ;ius grande universalité et un caractère de finalité portant sur le tout des choses. Ainsi La^Tiarck rejette de sa genèse tout principe propre d ordre intellectuel ou passionnel, si bien que sa psychologie, car il en compose une, prétend classer
les facultés comme des produits de raiTangement et du jeu de la matière. Cela fait, son bon sens est forcé de couler en bloc et sans autre explication un Deus ex machina quelconque avec la matière des lois dont il a vidé le cosmos. Et Lamarck n'est pas conduit parla foi religieuse profonde de Charles Bonnet, auteur avant lui d'une espèce de mécanique de l'esprit et des passions, et premier inventeur d'une échelle des êtres. Non. il n'émet de son aveu que de simples opinions, douteuses, dit-il, comme tout raisonnement personnel est douteux, et qu'il n'a aucun droit de nous imposer. Il nous dit simplement, avec une remarquable absence de passion pour ou contre, et un non moins remarquable instinct de confuse logique, (jue « regarder la nature comme éternelle, et conséifuemnient comme ayant existé de tout temps, c'est pour lui une idée abstraite, sans base, sans limite, et dont sa raison ne saurait se contenter »; que dès lors il se plaii,.,. nous avons tout à l'heure cité le curieux passage (1).
A son tour, Geoffroy, adversaire de la finalité naturelle et partisan de l'action des milieux, a naïvement recours à Dieu pour établir un type originaire de l'organisation et les agents externes propres à la modifier. D'autres, aujourd'hui plus
(1) Voir t. I, p. ;>jO de la PJtilosophie zooloijiipic, édiliuii Gh. .Mai'tius, 187ô\
nombreux, attribuent au cosmos en soi la vie et le développement que l'histoire naturelle démontre dans ses parties. Ils admettent un être total éternel avec un devenir nécessaire, quelquefois avec une intelligence régulatrice adéquate à lui-môme, ce qui est doublement inintelligible, et formulent ainsi pour leur usage particulier, sans trop craindre de se contredire, un panthéisme dont ils se satisfont.
Je conclus de là que la vie, son principe ];>ropre et les fins pour lesquelles elle se manifeste, ne doivent pas s'éliminer des théories de la nature. Si Ton veut éviter aux sciences naturelles la ressource fâcheuse du recours à des philosophies discréditées, et en tout cas incompatibles avec les procédés scientifiques, il faut envisager dans l'objet de la recherche les propriétés irréductibles (jue le substantialisme et le causalisme physico -chimique ont voulu vainement en exclure. Les questions universelles de cause et de fin ne resteront pas moins essentiellement posées à la critique. D'autres problèmes encore bien généraux, et qui sont tout ensemble de son ressort et de celui de l'investigation naturaliste, appelée à fournir les données, figureront longtemps encore aux confins de la science, soustraits, si possible, aux anciens systèmes, soumis à l'analyse, à l'induction et au contrôle des principes suprêmes de la rationalité. De ce nombre sont prin-
LA THEORIE DU CIEL
cipalement les lois d'unité ou de multiplicité des espèces, de leur enchaînement dans le temps, et du progrès des êtres organisés, soit continu, soit à des époques successives de la nature.
Observations et développements.
Kant et Horsclioll. — La th<''oiio du ciel.
Kant est le véritable et premier auteur de l'iiypotlièse générale dont l'hypothèse de Laplace sur la formation du système solaire peut passer pour un cas très particulier (1). 11 avait 31 ans, — c'était un quart de siècle avant la Critique de la raison pure. — quand il écrivit, entre autres opuscules de physique, de géographie et de mécanique, ce livre étonnant et plein de génie, cette Histoire générale de la nature et théorie du ciel^ ou Essai sur la constitution et Vorigine rnécaniqice de l'univers d'après
(1) La première idée do cette liypothùsc fut suggérée à Kant, il nous l'apprend lui-même, par une tentative imparfaite de AVriglit (do Durliam) pour découvrir une organisation systématique des étoiles fixes {An original theory of the universe, 1750). Le géomètre allemand J.-II. Lambert s'appropria et publia sous son nom les idées de Kant, peu d'années après leur publication anonyme, et ce dernier, encore très jeune, se tint pour fort honoré de cet emprunt, n'éleva aucune réclamation et resta longtemps ignoré comme auteur d'un ouvrage qui dénotait un génie extraordinaire pour les conceptions d'ordre universel.
K\NT ET IIEUSGIIELL.
les principes de Newton, i\v\ï est la première en date des grandes spéculations aujourd'hui comprises sous le titre de doctrine delà nébuleuse et servant de fondement aux systèmes d'évolution universelle. En elîet, l'hypothèse de Kant s'étend à la création tout entière, exclusivement considérée au point de vue de la matière et du mouvement, sous l'empire de deux forces primitives, (jui sont celles-là mêmes dont fait nsage l'évolutionisme de notre épo(iue, et ({ne Kant lui-même a regardées dans ses Principes rnctaphij' slques de la science de la nature (Chap. II, déf. 2 et la suite) comme « les denx seules forces motrices de la matière qui puissent être conçues », et par lesquelles s'expliquent ses propriétés générales. Ce sont Tattraction nniverselle, et la répulsion aux petites distances, qui est la cause de l'impénétrabilité et de Texpansion.
Avant d'examiner au moyen de quelles lois mécaniques Kant tire le monde d'un chaos initial, et comment il en distribue les parties, prenons une question plus restreinte, et renfermons-nous dans les bornes du système solaire, partie extrêmement petite du système total, mais dont la formation est l'œuvre des mêmes lois. Tous les matériaux composant les sphères actuelles, soleil, planètes et satellites, étaient, selon Kant, au commencement des choses, résolus en leurs substances élémentaires et remplissaient tout l'espace du système dans lequel ces sphères se meuvent à présent. Cette résolution de la
LA THÉORIE BU CIEL
matière en ses éléments est une idée étrangère à l'hypothèse de Laplace, qui d'ailleurs n'a sans doute pas connu l'ouvrage de Kant (1), et qui, prenant les choses de moins loin, s'est ])orné à supposer qu' « en vertu d'une clialeur excessive, l'atmospliére du soleil s'est primitivement étendue au delà des orbes de toutes les planètes, et qu^elle s'est resserrée successivement jusqu'à ses limites actuelles. . L'emploi d'une matière diffuse, au lieu d'un corps central déjà constitué et de sa révolution déjà acquise en un cei'tain sens avec toute son atmosphère, créait à Kant des diflicultés qu'il n'a pu tenter de résoudre que par des suppositions ou vagues ou même peu concordantes avec les lois de la dynamique. 11 part d'un état chaoti(iue de la nature, comme « le plus simple qui ait pu succéder au néant », d'un état « aussi brute, aussi informe que possible », dans lequel il suppose néanmoins, à la difterence de la cosmogonie cartésienne des tourbillons, lo « une tendance à se façonner en une organisation parfaite par une évolution natul'elle .), pour rêi)ondre, dit-il, à l'idée éternelle de l'intelligence divine; 2o une « variété des genres d'éléments... variété sans aucun doute intlnie, car la nature se montre partout sans limites » ; 3o des différences de densité spécihcjue et de force d'attraction,
(1) Lapluco dit expressément que BufTou est le seul auteur à sa connaissance, qui, depuis la découverte du vrai système du monde, ait essayé de remonter à l'origine des planètes {Exposition du sf/stcme du monde, note VII« et dornièrej.
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KAXT ET HKRSCHELL;
et, par suite, une distribution inégale des éléments dans l'espace. L'espace se trouvant plein de matière dans ces conditions, Kant dispose des forces attractives et répulsives, dont nous avons parlé plus haut, pour faire sortir son monde du chaos. La tâche paraît moins ardue qu'elle ne l'est pour les évolutionistes qui prennent un point de déport dans le pur homogène d'où ils ont à tirer l'hétérogène et le mouvement. Kant peut bien dire : « Dans un espace ainsi rempli, le repos ne dure qu'un instant » ; on peut même lui objecter que le mouvement a dû commencer plus tôt pour produire cet état lui-même (1). Malgré ces avantages relatifs, il a été impossible à Kant de montrer d'une manière précise et plausible pour quelles raisons il est résulté, comme il le dit, de la chute inégale de ces corps d'inégale densité, des déviations latérales capables d'aboutir, en même temps que se formaient de grandes agglomérations s'phériques, dont le soleil est la principale, à une circulation commune, et à des mouvements rotatoires, en un même sens, de ce soleil et de toutes ces autres sphères qui sont devenues nos planètes et leurs satellites. Ni la séparation des corps célestes ni les propriétés identiques de leurs mouvements séparés ne reçoivent d'explication réelle.
(1) Kant, Théorie du ciel, 2« partie, chap. I". — Je me sers do la traduction qu'a donnée intégralement de cet ouvrage M. C. Wolf, dans son livre : Les hypothèses cosmogoniques, Examen des théories scientifiques modernes (1881)).