‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 88 sur 199 · A TllÉOiUE DU CIEL · texte numérisé non relu

A TllÉOiUE DU CIEL

M. Faye, qui a soumis à une discussion niathémati(iue approfondie les théories cosmogonic^ues et spécialement le système des tourbillons (1), a fait à la question du sens du mouvement une intéressante application du principe logique (2) de la raison sulïisante : en admettant, dit-il, (^uc Kant eût pu donner, dans son système, une raison pour rétablissement mécanique d'une circulation générale en un certnin sens, il ne pouvait en assigner aucune, — vu Tindifférence des causes à l'origine, à cet égard, — pour que cette circulation fût de droite à gauche, comme elle l'est en effet, plutôt (|ue de gauche à droite, tandis qu'il est inliniment probable que les actions en pareil cas se partagent de manière à conduire à des révolutions et à des rotations les unes dans un sens, les autres dans l'autre. Laplace a évité cette difliculté en prenant pour sa donnée le fait même d'où l'objection se tire, à savoir la révolution de Fastre unique et de son atmosphère, antérieurement au détachement de la matière des planètes par l'action de la force centrifuge sur les paitios de cette atmosphère situées aux limites successives qu'a pu lui

(1) Faye, De V origine du monde. Théories cosmogoniques des anciens et des modernes (18S'j), p. \->Z,

('^) Je dis logique pour dislin<^nier ce principe utile et d'un usa^^e irréprochable dans les sciences inatliéniatiques d'avec le postulat déterministe de même dénomination dans la doctrine de Leibniz. On en trouvera renoncé correct et la justilication chez plus d'un j^^éomêtre. i Voyez Essais de critique genéraley Logique, t. II, p. I9C).

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LA THÉORIE DU CIEL

donner le refroidissement. Dès lors que Kant avait entendu remonter plus haut que la révolution d'un astre central, il aurait eu besoin de la donnée d'une révolution d'ordre général à joindre à la donnée d'une matière première; en d'autres termes, il devait, dit très justement M. Faye, recourir aux tourbillons, à la physique de Descartes. Mais Kant était sous riniluence de la réaction ncwtonienne de son siècle. Je n'ai pas à pousser plus loin l'exposition et la critique du système kantien de la formation des planètes. Mais les vues de Kant se sont élevées en généralité, bien plus haut que le système solaire. C'est là qu'il faut maintenant le suivre.

On se rend compte de Tapparence que présente la voie lactée sur la sphère céleste, du point de vue où nous sommes placés dans l'univers, en. regardant les étoiles dont elle se compose comme comprises dans l'intervalle de deux plans parallèles, à peu près de la manière dont sont disposées aussi, dans notre petit monde solaire, en compagnie du soleil, les planètes que nous voyons également former pour notre perspective un grand cercle, appelé le zodiaque, où notre terre elle-même est située. Nous voyons des astres lumineux autour de nous dans toutes les directions, mais ils sont principalement condensés dans cette zone de la voie lactée où le système solaire a sa place non loin du milieu.

Raisonnant d'après cette vue qui est toute géométrique et indubitable, nous pouvons imaginer ce qui

arriverait si, au lieu d'être situés comme il vient d'être dit, notre point de vue était transporté hors de la zone lactée et dans un très grand éloignement de cette zone, à une distance incomparablement plus grande que ses propres dimensions. Nous la verrions sous l'apparence d'un disque semblable à l'une de ces nébuleuses qu'on aperçoit dans le ciel à l'aide du télescope. Rien n'empêche dès lors de suj^poser que ces dernières soient constituées comme la voie lactée, c'est-à-dire qu'elles forment des univers stellaires semblables à notre univers et réduits par leur extrême éloignement aux apparences que nous leur voyons du point où nous sommes (1).

Tous les mondes et « systèmes de mondes » ont, selon Kant, la même origine mécanique dont il a rendu compte au sujet du système solaire, et sont ordonnés et réglés par les mêmes lois. « Mais où Uniront ces systèmes? se demande-t-il. Où s'arrêtera la création elle-même? Il est bien clair que, pour se la figurer en rapport avec la puissance de l'être infini, il faut la supposer sans limite... 11 serait déraisonnable de mettre la divinité en action pour ne lui faire employer qu'une partie infiniment petite de sa force créatrice... L'éternité ne suffit pas à contenir les manifestations de PEtre suprême, si elle n'est pas unie avec l'infini de l'espace... Si des savants, se fondant sur la soi-disant impossibiHté de l'existence

(1) Kant, llicorie du ciel, l'« partie, p. 139 de la traduction do M. C. Wolf, et 'Z' partie, cliap. VII. p. 105.

KÀNT ET HERSGHELL:

d'une quantité sans nombre ni limite, ne peuvent s'accommoder à cette idée, je leur poserai seulement en passant cette question : La suite future de l'éternité ne contiondra-t-elle pas en elle-même une série véritablement inUnie de variétés et de changements? Et cette série indétinie n'est-elle pas à la fois et dés maintenant tout entière présente à l'intelligence divine ? Or, s'il est possible à Dieu de faire que ce contenu de l'inlini qui existe tout à la fois dans son intelligence, se développe elfectivement en une série de faites successifs, pourquoi n'aurait-il pas développé aussi le contenu d'un autre inlini dans un encliaînement sans fin par rapport à l'espace, et n'aurait-il pas rendu sans limite le contour du monde ? »

L'argument est remarquable en ce que l'existence de l'inlini'actuel y est déduite de la connaissance divine actuelle de tous les faits futurs appelés à se produire en nne succession indéfinie, et l'on voit avec quelle force et quelle netteté d'expression Kant professait dans sa jeunesse la doctrine infinitiste. Je ne doute pas qu'il n'y soit resté attaché toute sa vie dans le fond, en dépit de sa construction des prétendues antinomies.

Deux questions se posent, en cette conception de l'univers, lo Les mondes infinis sont-ils liés entre eux de manière à composer un système nni(iue de tous leurs systèmes ; :>o se sont-ils formés simultanément et partout, ou vont-ils s^étendant et se développant en une création continuellement agrandie?

LA THÉORIE DU CIEL

Kant répond affirmativement à la première question et, dans sa réponse, les contradictions inhérentes à la thèse de l'infini actuel s'accusent sous de nouvelles formes. Kant imagine « un centre général d'attraction de toute la nature. C'est autour de ce centre, dit-il que, selon toute vraisemblance, la nature a dû faire ses premières formations et que les systèmes sont ramassés en plus grand nombre, tandis qu'au loin ils vont se perdre de plus en plus rares dans l'infini de l'espace... Il a fallu d'abord qu'au sein de la matière élémentaire diffusée dans une étendue inUnie, se soit trouvé un point quelconque où cet élément se soit amoncelé avec la plus forte densité, pour que la création prépondérante qui en est sortie ait pu servir de point d'appui central au reste de l'Univers. Il est bien vrai que dans un espace infini, aucun point ne l)eut de préférence être appelé centre. Mais, si l'on admet une certaine loi de densité de la matière élémentaire, d'après laquelle celle-ci, aussitôt après sa création, s'amoncelle considérablement plus dense en un certain lieu, et se raréfie, au contraire, de plus en plus, à mesure qu'elle s'en écarte, un tel point peut avoir le privilège de s'appeler le centre, et il le deviendra effectivement par la formation en ce même point d'une masse centrale, douée d'une attraction prépondérante, vers la<|U('lle gravitera tout le l'este de la matière élémentaire (îugagé dans des formations particulières. Et ainsi, aussi loin que l'évolution de la nature peut s'étendre, dans la sphère

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