‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 90 sur 199 · L.\ THÉOIUK DU CIEL · texte numérisé non relu

L.\ THÉOIUK DU CIEL

que, de parvenir à des notions exactes. Il est réduit à imaginer que, dans le mélange des particules dont la chute forme le corps central, il s'en trouve d'une extraordinaire légèreté, dont l'impulsion est faible et qui ne participent pas au mouvement de révolution des plus denses. « Comme ces parties les plus légères et les plus subtiles sont en même temps les plus actives pour entretenir le feu, nous voyons que, grâce à leur adjonction, le corps central du svsténie acquiert le privilège de devenir un globe enfiammé. ). Kant njoute ces remarques, intéressantes pour son époque : que le mélange des matières denses à des corps légers enilammés augmente l'éclat de la lumière ; qu'il doit y avoir de l'air à la surface du soleil, et des soleils, parce que le feu ne brûle pas sans air; et il se représente ces grands corps, à peu près comme nous le faisons aujourd'hui, comme servant de tliéàtre à des actions physiques d'une intensité terrible (1).

Ces considérations physiques ne peuvent man(iuer de conduire à l'idée du refroidissement et de l'extinction finale des corps incandescents : « Un temps viendra où le soleil s'éteindra... Des ténèbres éternelles occuperont la place de l'astre qui est aujourd'hui le centre de la lumière et de la vie du monde. Les efforts intermittents de son feu intérieur pour Ju-iser ht croûte qui l'ensevelit pourront faire renaître le soleil à plusieurs reprises avant sa complète disparition, et (1) Théorie du ciel, addition au chaji. Vil, p. 211 sq.

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pourront ainsi fournir une explication de l'extinction et de la réapparition des étoiles variables. » Voyons maintenant se généraliser chez Kant l'idée de l'instabilité des productions delà nature, et le problème se poser des renouvellements et de la fin dernière des choses : « La tendance inévitable qui entraîne peu à peu à sa ruine tout système de mondes arrivé à sa perfection peut éti'e comptée parmi les raisons (jui démontrent que l'univers doit être en certaines parties fécond en mondes nouveaux, afin de remplacer ainsi les vides qui se sont faits en d'autres lieux... Les mondes et les svstèmes de mondes passent et sont engloutis dans l'abîme de l'éternité ; mais la création est toujours à l'œuvre pour faire naitre de nouvelles formations dans d'autres régions du ciel, et remplacer avec avantage celles qui ont disparu... f> Kant imagine ({ue la destruction se propage comme a fait la formation, du centre à rinlinie périph''rie : il nous peint l'indifférence de la nature, égale à sa fécondité, et Dieu occupé à faire toujours et toujours du neuf; il nous engage à laisser « nos yeux s'habituer à ces épouvantables catastrophes, comme aux voies habitnelles de la l>rovidence, et les regarder même avec une sorte de complaisance. Rien ne convient mieux à la fécondité delà nature... »

Dans ce qui suit, Kant se rapproche des vues plus familières aux doctrines d'évolution universelle. Envisageant, au lieu d'une marche indéiinie de création, qui ne laisserait que des ruines derrière elle, une

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succession périodique de compositions et de décompositions des mondes.il expose une théorie à laquelle il ne manque plus pour s'identiOer avec celle de PL Spencer, que la connaissance formelle de la loi scientifique de la production de la chaleur par le choc des masses en mouvement.

« N'est-il pas permis de croire que la nature, (jui a l)u une première fois faire sortir du chaos l'ordonnance régulière de systèmes si habilement construits, doit pouvoir la faire aussi aisément renaître du second chaos où l'a plongée la destruction du mouvement, et régénérer de nouvelles conibiuaisons? Il n'est pas besoin de beaucoup rélléchir pour accpiiescer à cette manière de voir, si l'on considère qu'après que rimi)uissance finale des mouvements de révolution dans l'univers a i)rêcipité les i^lanètes et les comètes en masse sur le soleil, rincandescence de cet astre a dû recevoir un accroissement prodigieux du mélange de ces masses si nombreuses et si grandes... Ce feu, ainsi remis en une eifroyablc activité par ce nouvel aliment, non seulement résoudra sans doute de nouveau toute la matière en ses derniers éléments, mais la dilatera et la dis})ersera avec une [)uissance d'expansion proportionnée à sa chaleur, et avec une vitesse que n'alfaiblira aucune résistance du milieu, dans le même espace immense qu'elle avait occupé avant la première construction de la nature. Puis, après que la vivacité du IVu central se sera calmée par cette dillusion de la masse incandescente, la ma-

KANT ET herschkll:

tière reprendra, sous l'action réunie de l'attraction et de la force de répulsion, avec la même régularité, les anciennes créations et les mouvements systématiques relatifs, et ainsi reformera un nouveau monde. Et lorsque chaque système particulier de planètes est ainsi tombé en ruines, puis s'est régénéré par ses propres forces ; lorsque ce jeu s'est reproduit un certain nombre de fois ; alors enlin arrivera îine période qui ruinera et rassemblera en un chaos unique le grand système dont les étoiles sont les membres. Mieux encore que la chute de planètes froides sur le soleil, la réunion d'une quantité innombrable de foyers incandescents, tels que sont ces soleils enllammés, avec la série de leurs planètes, réduira en vapeur la matière de leurs niasses par l'inconcevable chaleur qu'elle produira, la dispersera dans l'ancien espace de leur sphère de formation, et y produira les matériaux de nouvelles créations, (jui, faronnées par les mêmes lois mécani(iues, peupleront de nouveau Tespace désert de mondes et de systèmes de mondes. Si l'on suit, à travers l'infini des temps et des espaces, ce phénix de la nature, qui ne se brûle que pour revivre de ses cendres: si Ton voit comment, dans la région même où elle a vieilli, et où elle est morte, la nature renaît inépuisable, en même temps qu'à l'autre limite de la création, dans l'espiioc dr hi matière brute et informe, elle progresse incessummeut, élargissunt toujours le plan de la manifestation divine et remidissant de ses merveilles l'éternité aussi bien que lY^space, l'es-

LA TIIÉOHIE DU CIEL

prit qui embrasse tout cet ensemble s'abime dans l'admiration (1). »

II ne faut pas omettre de dire que le philosophe termine l'exposition de cette théorie en parlant de l'âme immortelle, que ne saurait satisfaire la contemplation d'un objet si caduc, quoique si grandiose, et qui aspire à connaître Dieu sous un aspect moins écrasant. Il promet à l'Ame délivrée delà dépendance des choses finies, la jouissance de la virile félicité dans son union avec Vctre infini. Il lui promet aussi, réunie à la source de toute perfection, un spectacle de la nature, qui, vue de ce centre, lui montrera de toutes parts une éclatante stahilité, une éclatante harmonie. Maison peut se demander avec (luelle lunette l'àme alors observera ce travail de Sisyphe de la nature, pour être capable de voir de la stabilité dans tant de morts et de catastroplies, et de l'harmonie dans un système général où rien n'est produit que p3ur être détruit; et cela pendant toute l'éternité.

Revenons à la formation et à la distribution des

(I) Théorie du ciel, chap. VU, p. :>()7--2')0. — Knnt, à l'inverse do ce qu'exige aiijourd'luii la llieraiodynaiiii(juo, proportionne les eiTol.s calorifiques, dans le choc des corps, à la Iccfcrctc des rnoAières, et ne songe poiiU aux forces vives. .Te n'ai pas cru nécessaire de coniprendro dans ma cilation les passades où se tr»»nv(' celle cn'cnr. A cela [U'ès, et [)Oui- ne considérer que la teneur .^ênéralu des hypothèses, on Voit conil)ien la théorie i\(^^ ^énèralions et destructions cosniiijues 'possibles est sernhlalde cliez Kant à celle qui est généralement reçue en aslrononiie spécuhilive.

KANT ET HEKSGHELL;

mondes dans Tespace. Les célèbres observations du grand astronome W. Herschell, le Jaugeage du ciel par le télescope ont condrmé les vues de Kant sur la forme réelle, — indépendante des effets de projection des étoiles, — de la région de la voie lactée, considérée comme un système dont le système solaire est une très petite partie, et qui, lui-même, est analogue aux nébuleuses que leur extrême éloignement réduit à l'apparence de taches lumineuses sur la splière céleste (1). Mais les découvertes et les hypothèses d'Herschell ne s'étendent pas si loin que la théorie kantienne du ciel. Certaines nébuleuses ont offert à l'observateur des apparences qui ne permettaient pas de les regarder comme résolubles en étoiles actuellement formées, quelle que put devenir la puissance des instruments dont on disposerait. Leurs formes sont d'ailleurs très variées, et leur aspect, en plusieurs cas, indi(iue l'existence de différents centres d'attraction dans leur enceinte; des solutions de continuité y marquent une tendance plus ou moins avancée vers la formation de noyaux distincts. Ilerschell, partant delà, transporte par hypothèse dans le temps, comme

(1) Comment, s'est demandé Arago (Annuaire des longitudes, année 18i*2), counnent est-il arrivé que, 0 ans après la publication de l'ouvrage do Kant, ce Lambert n'ait fait aucune mention des vues qui y sont développées ^ Comment 29 ans pUis tard, llerschell abordant les mêmes proldémes ne trouva-t-il jamais sous sa phime le nom du phil(jsophn do Kœnigsberg ou du géomètre de Mulhouse? Ce sont deux questions que je ne saurais résoudre. >>

LA THÉOHTE DU CIEL

un ordre de phénomènes successifs (lui embrasseraient l'histoire d'une nébuleuse, depuis son état diffus jusqu'à la composition d'un système stellaire, tous ces états que les diverses nébuleuses soumises à notre observation nous présentent réalisés dans l'espace au moment où nous sommes. Rien, dans les ai>parences célestes, ne nous porte à la supposition d'une échelle d'éloignement des nébuleuses par rapport à nous, selon que l'aaivre de leur concentration serait moins avancée; rien à la supposition de la fin, soit par épuisement du mouvement, soit par conllagration, d'un système organisé comme le nôtre (si ce n'est l'idée générale de la dispersion des forces, et que ce qui a commencé doit finir, et la possibilité de la réunion en un seul corps des masses gravitantes) ; rien enfin à l'hypothèse que la matière, ramenée à l'état de dissociation de ses éléments et à leur extrême diilusion dans l'espace, par l'effet de la chalcui', dût avoir la propriété de reformer d'elle-même un monde semblable au monde détruit. En admettant qu'on eût des principes clairs, au lieu de vagues abstractions, sur ce que peut hx 2n(re matière sous l'empire des jmres forces physico-chimiques, ces liypothèses d'évolution et de dissolution spontanées, faites pour plaire à une vue exclusivement matérialiste des choses, — ce (jui n'était i)ourtant i)as Tiutention de Kant, — sont vaines au fond, et, en particulier, pour ce qui concerne la lin do notre j)ropre monde astro- )iomique. Car les dernières prévisions sur la dissolu-

KANT ET HEUSCHELL;

tion, encore si éloignée, crun système emporté dans les profondeurs du ciel sont empêchées de conclure, faute de rien connaître des rapports où, dans la suite des temps, ce système se trouvera avec un autre vers lequel il est entraîné.

Cette observation nous amène à reconnaître une lacune dans la théorie deKant. Vaste comme elle est, et nous offrant le tableau des mondes commençants. Unissants et renaissants, en même temps que leur génération se propage àl'intini, elle prétend leur donner un centre commun et les relier tous par la gravitation, et cependant elle ne fait pas entrer en compte dans leur histoire les mouvements des systèmes les uns par rapport aux autres, et les effets possibles et l'issue dernière de ces mouvements. Il n'y a point d'unité, point d'harmonie totale, dans cette évolution du ciel, qui a bien un commencement, mais qui n'a pas de fin. Au reste, un développement à l'infini rend impossible une véritable vue d'ensemble, les idées d'infini et de tout réalisable étant contradictoires Tune à l'autre. Si l'on s'attachait moins aux déclarations expresses de Kant sur la création qu'à la logique et à raflinité profonde des idées, il faudrait dire que son univers ne doit pas avoir eu plus de commencement qu'il n'aura suivant lui de lin. Le procès à l'infini en arrière aussi bien qu'en avant, dans le temps, et d'accord avec l'extension infinie actuelle dans l'espace, est la loi du monde que l'auteur de la Critique de la raison piire^ vingt-cinq

L llYl^OTIlEi-'E I)E LAPLACE.

ans après avoir écrit sa Théorie du ciel^ (pialifie de monde des pliênoniènes^ induit, dit- il, de fexpérience, et auquel il ne trouve rien à objecter, si ce n'est l'existence imaginaire d'un monde des noumèî^65 qui échapperait au dilemme du Uni et de l'infini, parce qu'il serait situé hors du temps et de l'espace.

L'hypothèse de Laplacc. — Le système dos tourbillons.

Kant, en son hypothèse générale sur la formation du système solaire, ne s'appuie nullement, nous l'avons vu, sur la contraction d'un corps nébuleux originaire, soumis aux lois du refroidissement, et il se montre, comme cela devait être de son temps, assez en peine d'expliquer l'état d'incandescence d'un corps central formé par de pures actions mécaniques sous Tinfluence de l'attraction newtonienne. Des idées obscures et vagues lui tiennent lieu de la loi thermodynamique inconnue. Mais, par une singularité des plus curieuses, l'idée d'employer le refroidissement, la contraction et les effets variables de la force centrifuge sur des corps en circulation à différentes distances d'un centre, cette idée, qui est l'hypothèse même de Laplace appliquée à l'atmosphère du Soleil, s'est présentée à Kant pour l'explication de l'anneau de Saturne. Il a supposé pour cela la haute température de l'atmosphère de Saturne, ce

LHYP0THÈ8K DK LAPLACE.

L HYPOTHÈSE DE LAPLAGE.

qu'il n'avait pas fait pour la matière diifuse de Tensemble du système à son origine :

« Que l'on veuille bien m'accorder seulement ceci : à l'origine, sous l'influence de la chaleur, 1 atmosphère de Saturne s'est développée bien au delà de ses limites actuelles; plus tard, elle s'est 3'efroidie, et les particules atmosphériques qui s'étaient élevées ont commencé à retomber sur la planète. Cela posé, le reste suit avec une rigueur toute mécanique. Les particules de cette atmosphère, en s'élevant, ont emporté avec elles la vitesse de rotation qu'elles possé- . daient primitivement selon la place ({u'elles occupaient sur la planète. Elles ont donc dû, d'après la règle des forces centrales, décrire librement des cercles autour du centre. Mais il s'en est trouvé dont la vitesse était insuffisante pour que la force centrifuge fit exactement équilibre A leur pesanteur; celles-là ont du s'entrechoquer, se ralentir, et finalement retomber sur la planète, tandis que les autres, à vitesses plus grandes, continuaient à se mouvoir librement sur leurs orbites circulaires. Celles-ci devaient nécessairement traverser à chaque révolution le plan de l'équateur de la planète, et s'y ramasser de manière à former une sorte de limbe dans le prolongement de ce plan. Ce plan formé ainsi de particules se mouvant librement autour de la planète ne pouvait être qu'un anneau constitué principalement par les molécules équatoriales, puisque celles-ci possédaient, en s'élevant, la plus grande vitesse.

« Et comme il n'y a, entre toutes les distances au centre, qu'une seule distance pour laquelle cette vitesse équatoriale soit compatible avec le mouvement libre dans un cercle, on pourra décrire dans le plan de ce limbe une circonférence concentrique à Saturne, au dedans de laquelle toutes les particules devront retomber sur la planète. Les autres particules, comprises entre cette circonférence et le bord extérieur du limbe, sous forme d'anneau, continueront à circuler autour de la planète sans jamais retomber sur elle (1). !>

Kant remarque après cela que le même genre d'explication conviendrait à la formation des satellites de Saturne et de ceux des autres planètes aussi. 11 fut découragé de suivre cette voie par l'insuccès de quelques tentatives qu'il fit de pousser la théorie jusqu'à des déterminations numériques qu'il aurait fallu trouver d'accord avec les mesures connues des phénomènes. S'il eût généralisé le procédé en l'étendant à la formation des planètes elles-mêmes, c'est à l'hypothèse intégrale de Laplace qu'il serait arrivé ; mais cette dernière, après avoir joui d'une grande

(1) Ce morceau, et la suite, que j'omets, pour éviter les explications mathématiques trop spéciales, sont tirées d'un ouvrage où les savants ne devaient pas naturellement cherclier des découvertes en astronomie ; Unique démonstration 'possible de Vexistence de Dieu (17l>3). J'emprunte la traduction de M. Faye. Je me reprocherais de ne pas mentionner à ce propos un passage d'un intérêt tout dilTérent. dans lequel Kant signale en termes humoristiques à « ceux

L HYPOTHESE DE LAPLAGE.

faveur, après avoir été assez longtemps regardée comme n'encourant, d'après l'état actuel des phénomènes, que des objections en quelque sorte vénielles et qu'on pouvait espérer de lever, parait définitivement impropre à rendre compte de toutes les particularités du système solaire. Son fondement principal, assurément très sérieux, consistait en ce que les mouvements, tant orbitaux que de rotation, de toutes les planètes et de leurs satellites ont lieu dans un même sens, qui est celui de la rotation de Tastre central sur lui-même ; d'où une immense probabilité qu'ils sont dus à une même cause. Mais il est résulté d'observations postérieures que les révolutions des satellites d'Uranus et la rotation de cette planète ellemême sont de sens inverse de celles des parties du système plus rapprochées du soleil ; et Neptune, découvert plus tard, et son satellite se sont trouvés dans le même cas. D'autres anomalies encore ont été reconnues qui paraissent incompatibles non pas avec la supposition d'un mouvement originaire commun, qui a pu avoir ses inégalités, mais avec la possibilité

qui se croient obligés de faire concorder tout le texte des Livres saints avec les lois ordinaires de la nature » la possibilité de supposer que la Terre avait, à l'origine du genre humain, l'avantage de posséder un anneau comme Saturne. Les particules, sans doute aqueuses, de cet anneau rompu par le choc d'une comète auraient été la cause instrumentale du déluge. L'arc-en-ciel, signe et souvenir inolTensit' de la catastrophe, serait devenu pour les honnnos l'aimable symbole de leur retour en grâce.

LE SYSTÈME DES TOURBILLONS

de prendre ce mouvement dans le fait tout simple de la révolution de l'atmosphère solaire (1).

Le retour des théories au système cartésien des tourbillons, développé, complété et précisé, mais non fondamentalement altéré, par l'introduction du principe de la thermodynamique et du concept général de Vénergie mécanique, apparaît désormais comme la ressource des astronomes et des physiciens pour expliquer la formation du système solaire, considéré lui-même comme un cas particulier de la formation des mondes dans l'espace où se déploient les nébuleuses. Il est vrai que la loi newtoniennc de la gravitation est un élément essentiel de ces théories, comme il l'était de l'hypothèse de Laplace ; mais on sait (lue cette loi peut et doit, pour la science, être exclusivement envisagée au point de vue positif de sa définition mathématique; et, prise en ce sens, ni Descartes, attaché en physique au mécanisme le plus rigoureux, ni Leibniz qui a traité avec mépris l'attraction des newtoniens, cette « qualité occulte »,

(1) Disons toutefois que, dans l'opinion de M. Woll\ auteur d'un hvre intéressant sur les systèmes de cosmogonie modernes, et de la traduction du Traité du ciel de Kant, dont les pliilosopjies lui sont redevables, la théorie de Laplace peut encore se défendre. Des travaux récents de mécanique céle:ste, et ceux d'Edouard Roche notamment, permettraient de répondre aux oJjjections les plus importantes. M. Faye et l'auteur d'un bel ouvrage de philosophie des sciences, Stallo {La matière et la physique moderne, chap. XV, p. 'Zll sq.) regardent le cas comme tout à fait désespéré.

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